C’était voilà une semaine, le mercredi 27 mai : une fillette de 10 ans mourait à son arrivée aux urgences dans l’hôpital de Guelma, dans l’Est algérien. Victime d’un « raqui » de 28 ans, elle portait les traces des brûlures et des coups censés chasser les djinns de son pauvre corps. En vérité, une séance de torture dont elle n’a pas réchappé.

Guelma, c’est loin, non ? C’est vrai. La Malaca des Phéniciens est une ville aux magnifiques vestiges romains, à l’est de Constantine. Voilà pour la géographie. Pour les faits, ils se déroulent aussi quotidiennement en banlieue parisienne où le « charlatanisme islamique » serait en pleine explosion. La demande d’exorcismes et autres saignées prophétiques serait même exponentielle, si l’on en croit la DGSI et la MIVILUDES.

C’est Le Parisien qui s’alarme et titre : « La prolifération de commerces proposant de l’exorcisme en banlieue inquiète la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). »

Toutes les religions n’ont pas recours à des pratiques de cet ordre. Il arrive qu’on trouve dans l’actualité de ces histoires sordides « d’extraction du mal » dans des milieux sulfureux, depuis les praticiens du vaudou jusqu’à certaines sectes. Ce qui inquiète davantage, cette fois, c’est la prolifération de cabinets pseudo-médicaux proposant, sous couvert de médecine alternative, des pratiques à visée d’exorcisme qui confinent à la barbarie.

Il est aisé de trouver le praticien. Il suffit de se rendre à la librairie-épicerie du quartier, là où l’infusion de Coran côtoie le pot de miel. Le commerçant est « connu pour fixer rendez-vous avec des râqis (exorcistes musulmans qui pratiquent la roqya) ainsi que des “imams” et des “infirmières” qui pratiquent la hijama, une médecine prophétique très en vogue dans le milieu rigoriste et inspiré de la Sunna — l’équivalent des Évangiles pour les musulmans », nous dit le quotidien. La médecine en question, un « exorcisme par le sang », consiste à « faire des saignées au scalpel sur les corps des patients puis à appliquer des ventouses sur les plaies à vif ». Il semble que les brûlures soient aussi d’un grand secours contre le mal… Prix de la séance : de 50 à 100 euros.

Ça, c’est la méthode artisanale. Il y a des lieux plus huppés, forcément, où tout cela s’appelle « ventousothérapie » et « cupping thérapie ». De couper, sans doute. Ah, le frangliche… On propose dans des hôtels des séances (onéreuses) de « Roqya-Chariya-Hijama ». Un business très rentable, à ce qu’on nous dit. En réalité, « des agissements souvent réalisés sous le couvert d’un supposé rigorisme religieux, qui tendent à se banaliser grâce à une pratique de plus en plus professionnalisée », écrit le chercheur Bilel Ainine dans le rapport qui lui a été demandé par la MIVILUDES. On y a recours pour tout, chaque accident de la vie étant réputé consécutif à un acte de sorcellerie : une maladie, un enfant en décrochage scolaire, le chômage…

« Des escrocs ont donné à des pratiques parfois ancestrales, ‘un aspect mercantile lequel, dans de nombreux cas, flirte avec le racket’ », écrit Bilel Ainine. Car les prix s’envolent en ces temps où la presse du Maghreb n’hésite pas à parler « d’âge d’or du charlatanisme ». On voit ainsi fleurir dans nos banlieues des « “cabinets” luxueux et “cliniques” à l’accueil et à la communication soignés, notamment en Île-de-France et surtout en Seine-Saint-Denis, au cœur d’immeubles situés à Saint-Ouen, Neuilly-sur-Marne, La Courneuve, Épinay-sur-Seine, Sevran, Rosny-sous-Bois… ». On y traite les « possédés » et l’on y dispense des formations à 500 ou 1.000 euros la séance, « payable en CB/PayPal ».

Pratique ancestrale, mais racket moderne…

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