Retraites : Le temps est compté !

assemblée nationale
« Je demande aux Insoumis de revenir à la raison. Ne pas supprimer 1.000 mais 17.000 amendements afin qu’on puisse arriver au bout de ce texte. » En conférence de presse ce mardi, les deux députés du RN référents sur les retraites, Thomas Ménagé et Laure Lavalette, ont lancé un appel solennel aux députés de la NUPES. En effet, devant le nombre d’amendements déposés par la gauche, construisant de facto une obstruction parlementaire, le temps est compté pour parvenir à atteindre le fameux article 7 qui ouvrirait le droit de départ à la retraite à 64 ans au lieu de 62. Le temps. Allié de la NUPES qui y voit l’occasion de prendre la main sur le rythme du débat mais aussi de la majorité relative et du gouvernement qui se passeraient bien d’un vote, tant la majorité de l’Assemblée sur ce texte n’est pas acquise.

Une importante histoire de temps...

On l’a dit. Le temps est ici crucial. Dans les faits, la NUPES a retiré ses 1.000 amendements pour accélérer l’examen de l’article 2 censé entériner l’index senior afin de dissuader les entreprises de licencier les salariés âgés. Article 2 qui aura été rejeté, car les députés de l’opposition présents étaient plus nombreux que ceux de la majorité. Cela, en raison de la pratique du « coup de rideau » exécutée par le RN qui a « caché » des députés dans la buvette de l’Assemblée et qui ont fait irruption en séance au moment du vote, surprenant ainsi la majorité qui s’est retrouvée… en minorité. Révélateur d’un Hémicycle bouillonnant où chaque texte se joue à une poignée de votes.

LR : Cet ami qui vous veut du bien.

Ils étaient tout sourire. Élisabeth Borne, Éric Ciotti, Bruno Retailleau et Olivier Marleix tenaient enfin un accord sur la réforme des retraites. Pourtant très minoritaires, les anciens soutiens de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle tenaient leur rôle d’arbitre des élégances et pouvaient se vanter d’avoir adouci les angles d’une réforme brutale. Mais, au fur et à mesure des débats et de la mobilisation des oppositions, l’unité affichée des LR s’est effilochée et les voix discordantes, tout d’abord isolées au sein du groupe, se sont fait davantage entendre. Comme celle d'Aurélien Pradié. Le jeune député du Lot n’en finit plus de détonner. « L’enfant chéri devenu l’enfant gâté », pour paraphraser l’ancien député LR de Vaucluse Julien Aubert, bloque sur les carrières longues. « Après l’accord, certains sont rentrés dans leur circonscription. En revenant, ils sont passés de compromissionnaires à opposants farouches », sourit un fin connaisseur de la machine LR. C’est tout le paradoxe de l’ancien UMP : gérer une image d’opposants intransigeants sans se renier sur l’esprit d’une réforme qu’ils auraient eux-mêmes portée s’ils étaient aux affaires. « Ils jouent l’opposition aujourd’hui mais font tout pour ralentir les débats », s’agace le député RN du Gard Pierre Meurin. Une exaspération partagée par la NUPES. Mardi soir, alors que ces derniers annonçaient la suppression de 1.000 amendements pour accélérer le débat, LR et Renaissance se sont engouffrés dans l’espace. « Aujourd’hui, l’obstruction parlementaire est de votre côté », a lancé le député de la Somme François Ruffin à ses collègues de droite.

Tout le monde traîne, sauf le RN

C’est ce qui frappe au fur et à mesure que les débats traînent. Le fond de la loi semble parfois s’effacer devant les stratégies parlementaires. La NUPES conduit l’opposition dans la rue et dans l’Hémicycle mais, par son obstruction, risque d’empêcher la mise au vote de l’article 7. LR aussi joue la montre en espérant ne pas avoir à se prononcer sur le recul de l’âge du départ à la retraite, pour ne pas avoir à choisir entre sa cohérence et sa place d’opposant. Un chrono suivi par Renaissance et ses alliés qui savent qu’une majorité sur cet article est loin d’être assurée. Quant au RN, fidèle à sa stratégie de l’opposition constructive, il joue la carte du sérieux et déplore la mauvaise qualité des débats « tournés de façon à ce que personne ne puisse parler du fond », s’agace un élu. Dans les faits, l’Assemblée est une voiture bloquée dans la pente avec une NUPES pesant sur le frein à main et une majorité pas pressée de lâcher les chevaux.

Marc Eynaud
Marc Eynaud
Journaliste à BV

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Ce qui devient « tragique », c’est qu’avec la motion de censure déposée par le Rassemblement national, qui permettrait une fois pour toutes de tuer le projet macronien, il va falloir que l’union des droites et des gauches, de Zemmour à Lemaire, Ciotti, Darmanin, Renaissance et la Nupes, trouve les mots qu’il faut pour justifier leur refus de la voter et donc leur soutien inconditionnel au gouvernement de Madame Élisabeth Borne.

    Dur, dur de faire de la politique en 2023 !

  2. Ce gouvernement a trahi l’esprit de la V° République et rien que pour cela l’Assemblée doit demander la destitution. Tout le reste n’est que du vent.

  3. « pour accélérer l’examen de l’article 2 censé entériner l’index senior afin de dissuader les entreprises de licencier les salariés âgés. Article 2 qui aura été rejeté, car les députés de l’opposition présents étaient plus nombreux que ceux de la majorité. »
    Premièrement, je ne vois pas en quoi le rejet de l’article 2 est une victoire de l’opposition, notamment du RN (tout ce qui tant à inciter les entreprises à conserver ou a embaucher des seniors est une bonne chose), et deuxièmement je dis banco au RN qui regrette que le débat de fond n’est pas lieu. En effet, si un débat de fond avait réellement lieu, chacun pourrait s’apercevoir que le parti de Marine LE PEN a une position purement électoraliste sur le sujet des retraites et plus particulièrement sur l’âge de départ. À l’heure ou nous constatons que l’espérance de vie à considérablement augmenté dans notre pays, et d’ailleurs peu importe que nous vieillissions en bonne ou mauvaise santé puisque la retraite est dans tous les cas à verser, que viendra le temps où nous passerons plus de temps à la retraite qu’au travail, il est irresponsable de ne pas songer à repousser l’âge de départ à la retraite. Je comprend bien que dans le rêve vendu par tous les démagos que compte notre pays, qui est que nous pouvons aller vers un monde merveilleux, ou le travail serait ludique, dénué de toute forme d’effort et conduirait vers une retraite bien grasse, acquise le plus jeune possible, le recul de l’âge de départ à la retraite est un empêcheur de tourner en rond. Il faut avouer que le monde merveilleux du confinement où les petits français furent payés à rester chez eux pour ne rien faire et construit pour nous empêcher de réfléchir fut une contribution à cet autre monde merveilleux vendus par les démagos.

    • N’oublions pas que même s’il avait été voté, l’article 2 aurait été déclaré anticonstitutionnel… Car ne faisant pas partie d’une loi sur la retraite… Mais d’une loi sur le « financement de la sécurité sociale »….
      Encore une arnaque de la Macronie!
      Le seul moyen de s’en sortir? Retirer les articles portant sur la retraite, et voter la loi de financement. Puis organiser un grand débat sur les retraites et l’organisation du travail. Par exemple, repasser aux 40 heures par semaine financerait aisément nos retraites, ainsi que le travail des seniors, ou l’interdiction de faire travailler des sans papiers… Ou l’embauche de nombreux douaniers pour garder nos frontières… Ou l’augmentation des prélèvements retraites chez nos fonctionnaires… Etc., …

  4. Le LR ne veut pas se dédire d’être en faveur d’une réforme des retraites ; mais pourquoi ne pas en proposer une bonne, plutôt que ramasser cette « estrasse » macronienne, une vraie arnaque bien perçue dont la France ne veut pas ? Ils voteront le texte Borne, ils se suicideront, car ils auront été trop à contre le pays, depuis le référendum volé par Sarkozy sur la constitution européenne et « l’ouverture à gauche ». Ils s’en sortiront par contre très bien à voter la censure proposée par le RN, qui a le mérite de mettre tout le monde au pied du mur.

  5. « Toujours les mêmes qui manifestent ». Par cette phrase prononcée aujourd’hui Macron révèle encore son souverain mépris des Français. Oui, toujours les mêmes, peut-être ceux qui paient toujours, ceux qui se font avoir, ceux qui ont les petits métiers et à qui, en pleine crise économique, on raconte qu’on va leur réduire leur retraite, ceux qui perdent leur travail (SanMarina aujourd’hui) et qu’ils sont les classes moyennes qui dégringolent vers les habits à pas cher venus de Chine. Ainsi, au mépris s’ajoute l’ignorance. Il est grand temps de faire tomber son gouvernement.

    • « Il est grand temps de faire tomber son gouvernement. »
      Entièrement de votre avis.
      Et les députés peuvent le faire (destitution).
      Mais voilà pas un seul qui se remue dans ce sens : la soupe est trop bonne!

    • Vous appelez Alain MINC à la rescousse ? ! … Il fait partie de ceux qui veulent une mondialisation sans aucune limites ! … Ces « sachants économiques » déversent un venin qui fracasse d’abord l’être humain pour privilégier le profit à tous prix …
      Quelle est sa boussole économique pour « respecter la planète ET la VIE » ? Quel est son parcours et sa contribution à l’amélioration de ce qui fait « LA VIE » ? …
      Comment passait-il ses soirées lorsqu’il allait faire un tour au « somment de Davos » ? …
      Lorsqu’il aura disparu du paf économique, tout comme ses copains du tonneau de BHL et autres « sachants », beaucoup se sentiront moins exploités ! …
      Qu’il parte « en retraite » au plus vite … Il en a assez fait comme ça …

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