Editoriaux - 14 septembre 2019

Retour aux 90 km/h… dans le désert du Kalahari !

Prototype d’oukase décidé par trois ronds-de-cuir grisâtres dans une administration parisienne, il n’était pas besoin d’être sorti major de Sciences Po pour comprendre qu’avec l’augmentation des taxes sur les carburants, la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes empruntées quotidiennement « en régions » par des millions de braves gens serait « la goutte d’eau qui met le feu aux poudres » des gilets jaunes.

Pour tenter de calmer le mouvement, le gouvernement annonça donc que, dans sa grande mansuétude, il était prêt à mélanger une alouette girondine à son pâté de cheval jacobin, en accordant généreusement aux présidents de départements la possibilité de revenir ici ou là aux 90 km/h.

Non sans les prévenir qu’ils seraient tenus pour responsables d’une éventuelle remontée des accidents ; dans un monde où le parapluie tient lieu de boussole, il y avait déjà de quoi refroidir les frondeurs.

Aujourd’hui, le Conseil national de la Sécurité routière, chargé de lister les conditions dans lesquelles il serait possible de déroger aux 80 km/h, affiche son fort goût pour l’homéopathie. Hors de question si le tronçon comporte des arrêts de bus ou d’autocars, ou est traversé par des chemins de grande randonnée ou des « véloroutes » : il faut préserver les « mobilités douces ou lentes ». De même s’il y a des riverains ou des accès possibles par des engins agricoles. (Des routes de campagne où on ne verrait jamais d’engins agricoles, prière de nous les signaler…) Prévoir, aussi, un budget pour matérialiser l’interdiction de dépasser (et de tourner à gauche) par deux bandes blanches (avec alerte sonore, s’il vous plaît) si les deux sens de circulation ne sont pas physiquement séparés. Un autre pour créer des accotements revêtus de 1,50 m de large avec, ici aussi, alerte sonore en rive. Enfin, un troisième pour éradiquer les « obstacles latéraux » (en clair, les arbres) sur quatre mètres.

Et pour faire bon poids, le Conseil d’État a validé, cet été, le décret instaurant le 80 km/h en 2018, ce qui met fin à tout recours juridique. La haute juridiction introduit son avis par le motif qu’« il ressort des pièces du dossier que […] plus de 30 % des accidents mortels sont dus à la vitesse excessive ». Des gendarmes de ma connaissance me disaient que, lorsqu’ils n’arrivent pas à diagnostiquer les causes d’un accident, ils cochent quasi systématiquement la case « vitesse excessive »…

Au total, les possibilités de retour aux 90 km/h font penser à la pancarte qu’on peut voir encore dans certains bistrots : « La maison ne fait crédit qu’aux personnes de 90 ans accompagnées de papa et maman… »

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