Il y a 25 ans, le 22 septembre 1996, le pape Jean-Paul II célébrait le jubilé des 1.500 ans du baptême de Clovis à Reims par l’évêque Rémi. C’est presque l’heure de fêter le petit jubilé d’un grand jubilé ! « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? […] France, Fille de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? » Comment ne pas repenser à cette  homélie si fondamentale, si percutante, prononcée au Bourget, le 1er juin 1980 ?

La France naît d’une histoire chrétienne. Clovis, ou en langue germanique Hlodwig, a fait honneur à son nom qui associe la gloire et le combat. Il est né prince d’un peuple, les Francs saliens, qui dirigeait une petite principauté en actuelle Flandre, vassale de l’Empire romain d’Occident en plein délitement. Il a hérité du pouvoir à 15 ans, en 481, et pendant trente ans, il a agrandi son royaume du Pays basque à la Rhénanie, dessinant une première ébauche de ce que deviendra la France plus tard. Son règne est sans doute le candidat le plus cohérent, le plus plausible pour l’acte fondateur de notre nation qui tire son nom de celui de son peuple. Nonobstant ce qu’en pensent les idéologues de gauche. Après la bataille de Tolbiac, il s’est converti au catholicisme de son épouse Clotilde. Il fut baptisé par l’évêque de Reims, Rémi. Puis il s’est lancé dans la conquête de la grande Aquitaine et a mis un coup d’arrêt à l’expansionnisme des hérétiques ariens wisigoths.

Dans son homélie à Reims, le pape Jean-Paul II rappelait que ce baptême était d’abord le signe de la conversion d’un homme libre né païen et qui, sous l’influence de son entourage, devint chrétien. Il indiquait aussi la vocation collective du baptisé qui rejoint l’Église. Celle qui doit être « le sel de la terre » et « la lumière du monde ». La grande richesse de ce que la France a apporté à l’Église n’occulte pas, bien sûr, ses trahisons, ses périodes sombres d’apostasie. Mais cet héritage n’est pas une rente, il doit être un tremplin pour, aujourd’hui encore, continuer d’être la lumière de ce monde si différent de celui de la fin du Ve siècle.

Un esprit un brin cynique dirait qu’en nous rappelant notre statut de Français fils aînés de l’Église, le pape nous encourageait dans notre penchant si français de donner des leçons à la Terre entière quand nous aurions tant besoin d’être humbles. Mais est-il arrogant de penser que le génie français, s’il existe, s’il faut l’appeler ainsi, c’est une vocation universelle d’illuminer le monde, non pas avec des lumières, mais avec la Lumière ? Certes, il n’y a pas de monopole en la matière, et la Lumière n’a pas plus de passeport que les virus.

La vacuité galopante de nos paroisses, de nos séminaires, de nos couvents, de nos monastères répond à notre place. Le relativisme ambiant, avec son matérialisme arrogant et son transhumanisme décomplexé, semble triompher, même si des poches de s’opposent. Elles sont trop faibles, trop poreuses, noyées dans cet air du temps, mais elles existent. Elles tentent, cahin-caha, de répondre présent aux promesses de ce baptême qui fait de chaque baptisé un prêtre (un médiateur entre Dieu et les hommes), un prophète (un homme qui relaie la parole de Dieu) et un roi (un homme au service des hommes).

Avant de redevenir une lumière pour le monde, il conviendrait peut-être de modérer les ambitions à l’aune du champ des possibles : d’abord la conversion de la seule France qui est menacée, encore une fois, d’apostasie. Plus encore que les dont seuls les imbéciles nieront l’existence, il y a la vocation chrétienne de la France que ne saurait abolir ni la République, ni la modernité, ni les acculturations de Wall Street, des américaines ou de La Mecque. Encore faut-il répondre à cette vocation. Alors, merci, saint Jean-Paul II, pour ces feuilles de route toujours actuelles.

21 septembre 2021

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