Le RN, « russophobe » ou « russophile » ? Le manichéisme politico-médiatique s’effrite

Le bras-droit de Vladimir Poutine qualifie le RN de "russophobe". Certains en perdent leur latin.
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Dénoncer le conflit en Ukraine à travers son coût financier et devenir le suppôt de Vladimir Poutine ? Déplorer les « actions hostiles » de Moscou et incarner la « russophobie » ? Le RN contraint de trouver un équilibre ténu.

Le bras droit de Vladimir Poutine n’a pas apprécié la position des dirigeants du Rassemblement national. « Apparemment, le parti de Le Pen est désormais un parti européen ordinaire : russophobie et soutien aux nazis de Kiev », a dénoncé, ce 21 septembre, l’ancien président russe Dmitri Medvedev, désormais vice-président du Conseil de sécurité de son pays. Une réaction qui fait suite au long communiqué publié conjointement par Marine Le Pen et Jordan Bardella à la suite de la réunion des chefs de partis politiques autour du président de la République. Les deux protagonistes qualifient « d’acte hostile » la prise de contrôle des actifs d’Auchan par la Russie. « Par ailleurs, depuis plusieurs semaines, les actes d’hostilité commis en Europe par des agents opérant pour le compte de la Russie se sont multipliés et aggravés », écrivent-ils dans un texte dont le ton a surpris. « Nous ne tolérerons jamais qu’une puissance étrangère, en l’occurrence la Russie, puisse espérer dicter directement ou indirectement la politique de notre pays par l’intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique. »

Ingérence étrangère

Marine Le Pen et Jordan Bardella appellent de leurs vœux à la fois une politique de « fermeté » ainsi que la « recherche d’une issue diplomatique à la guerre ». Une politique non « contradictoire » qui vise à « préserver la sécurité des Français, défendre la souveraineté de notre pays et empêcher que l’Europe ne soit entraînée dans une escalade incontrôlée ».

Certains, au RN, s’étonnent que la déclaration de Dmitri Medvedev n’ait pas été condamnée par la classe politique. Pour l’eurodéputé RN Pierre-Romain Thionnet, il s’agit là de « la plus grosse ingérence russe dans la campagne présidentielle qui, à ce jour, a donc pour cible Marine Le Pen ». Le parlementaire estime que cet épisode doit mettre fin au discours de ceux qui « persisteront à vouloir considérer le RN comme "poutiniste" ou ses dirigeants comme les "petites mains du Kremlin" ». Désormais, « nos adversaires ne pourront plus se répandre de la même manière malhonnête auprès de diverses ambassades ou think tanks, notamment pour mentir sur nos positions afin de faire peur et dresser un barrage contre nous », estime ce proche de Jordan Bardella.

« Nous préférons la paix à la guerre »

Après la polémique déclenchée au début du mois de septembre par Louis Aliot, qui avait affirmé vouloir « couper les robinets à l’Ukraine », le Rassemblement national avait dû justifier sa position. « Nous sommes aux côtés de l'Ukraine, mais pas au prix de la vie financière de la France », avait précisé, le lendemain, le porte-parole du RN Laurent Jacobelli. La présence, ce 21 septembre, du député de Moselle en Ukraine, au titre de rapporteur de la mission parlementaire sur l’avenir de l’industrie de défense terrestre en Europe, est interprétée comme un revirement et un soutien soudainement inconditionnel du RN à l’Ukraine. Le parti de Marine Le Pen se défend d’un parti pris, quel qu’il soit.

Tout en souhaitant « continuer de soutenir l’Ukraine », le RN demande une « conférence internationale pour la paix », a rappelé, sur France Info, le député mariniste Thomas Ménagé. « On ne peut pas continuer à apporter de l’argent indéfiniment sans chercher une issue pacifique », a-t-il précisé. Le RN honorera « les engagements qui ont été pris » vis-à-vis de l’Ukraine, a souligné, ce 20 septembre, Louis Aliot. « Quand nous arriverons aux affaires, nous demanderons des éclaircissements et de la transparence [sur les financements] », a-t-il noté, lors du Grand Jury RTL. « Nous préférons la paix à la guerre », a encore justifié le vice-président du RN. In fine, beaucoup en perdent leur latin : le RN est-il russophobe ou russophile ? Équilibre gaullien, répond-il.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

134 commentaires

  1. A force de pointer les ingérences russes, nous oublions nos ingérences en Russie. Si la Russie bloque les actifs d’Auchan, que faisons- nous en bloquant les avoirs russes dans l’Union-Européenne ? Bien évidemment, il y a la guerre en Ukraine. Toutefois, les préambules de cette guerre ne ressemblent pas à ceux des années trente entre l’Allemagne et la Tchécoslovaquie, l’Autriche et la Pologne. Certes la Russie peut apparaitre menaçante mais entre elle et l’Ukraine, il s’agissait et il s’agit encore d’une question d’ordre intérieur. l’Union Européenne nous a entrainés vers l’abîme.

  2. Bien que l’on puisse ne pas adhérer aux thèses du Rassemblement National, la lecture des commentaires ci-dessous suscite la sidération. Il est frappant de constater avec quelle complaisance certains cèdent à la stratégie de division du gouvernement, dont l’objectif manifeste est d’affaiblir la seule force d’opposition en mesure de l’emporter. L’analyse de M. Sévillia met parfaitement en lumière la position délicate dans laquelle l’exécutif tente d’enfermer le RN, en le qualifiant de fasciste et de pro-russe. Face à de telles accusations, quelle autre posture le parti pourrait-il adopter ? Une proclamation d’amitié envers Vladimir Poutine provoquerait une déflagration politique majeure. Le RN se verrait immédiatement neutralisé, subissant le même sort d’invisibilisation que des figures comme X. Moreau ou J. Baud. À ce titre, le sort des mouvements prônant le Frexit, aujourd’hui totalement inaudibles, est particulièrement édifiant. Si le RN avait opté pour une communication ambiguë ou favorable au Kremlin, son espace politique aurait été instantanément annihilé.

  3. Pour être élu a la présidence le RN a tout renie jusqu’a adhérer aux agissements des banderistes nationalistes Ukrainiens issus des théories nazi. Des euros et des armes toujours des euros et des armes, croire que le RN ne s’informe que sur LCI et chez Macron. Pour le coup c’est véritablement un parti d’extrême droite……

  4. Le fait de passer comme russo-phobe coupe l’herbe sous le pied de futur accusations d’ingérences russe dans la campagne présidencielle si le RN est èlu. Se rappeler la Roumanie où les élections ont été annulées pour de prétendues ingérences russe.

    • à Stofrajacquouille
      Comparaison n’est pas raison. La Roumanie n’est pas la France, même pour la Commission européenne. De même, l’Allemagne n’est pas la France. On doit nuancer, d’autant plus que la Roumanie est voisine de l’Ukraine.

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