Le site Sexemodel, « Uber » de la prostitution en ligne, enfin visé par une enquête

Depuis plus d'un an, Maître Michel Amas qui défend les mineurs victimes de proxénétisme, en demande la fermeture.
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« Actuellement, on vend nos enfants sur des sites de prostitution. » En dépit de sa tonalité dramatique, le constat que dresse Me Michel Amas auprès de Boulevard Voltaire est aussi funeste que réaliste. L’avocat spécialisé en droit de la famille, qui le martèle depuis deux ans, défendait encore récemment, devant le tribunal correctionnel d’Auxerre, le cas de Louna*, placée à l’aide sociale à l’enfance (ASE) et prise au piège, durant six mois, par un réseau de proxénétisme sévissant sur le site internet Sexemodel.

Le « Uber » de la prostitution

Peu avant que Le Point ne relate le combat judiciaire de cette adolescente – âgée de 13 ans au moment des faits – et de sa mère, le parquet de Paris ouvrait une enquête sur cette plate-forme accessible à tous, rebaptisée Meslibertines « pour donner l’impression de ce côté français très libertin », précise Me Amas.

De libertin, ce site suisse « organisé comme Uber » n’a pourtant rien, puisqu’il héberge en réalité des annonces de prostituées, parmi lesquelles des adolescentes tombées entre les griffes de proxénètes et dont un grand nombre seraient placées à l’ASE. Son fondateur, David Azzato, un Helvète domicilié à Dubaï, a déjà été condamné en France en 2011 pour proxénétisme aggravé.

Une réalité sur laquelle Michel Amas alerte pourtant depuis plus d’un an. Un certain nombre de ses clientes figurent parmi les victimes de la plate-forme dont « le pic de vente » se trouverait en France, selon l’avocat.

Des alertes laissées sans réponse

Ce dernier a, des mois durant, tout écumé : les plateaux télé, les radios, les journaux de presse écrite. Il a alerté à deux reprises le ministère de la Justice, sans obtenir de réponse, et rencontré des députés « de LFI au RN », tous prêts à se mobiliser si un texte venait à être présenté. « On ne peut pas dire que je n’ai pas été repéré par la société politique », résume l’avocat, qui s’est d’abord fait connaître pour ses « coups de gueule ».

Pour lui, « le nœud de cette inaction – car il a fallu attendre de longs mois et la saisine de la Justice par la haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, pour qu’une enquête vise enfin le fameux site –, c’est le gouvernement », qui n’aurait « aucune volonté politique d’agir contre la pédophilie ».

Une inertie des pouvoirs publics sur laquelle s’interroge également l’eurodéputée des Patriotes, Virginie Joron, qui vient de déposer une question à la Commission européenne intitulée « Prostitution de mineurs en ligne depuis la Suisse : que font Bruxelles et Paris ? » La Commission a-t-elle contacté les autorités suisses afin de sanctionner la plate-forme ? Quelles mesures et quels moyens concrets mobilise-t-elle pour empêcher l’accès au marché européen aux sites proposant des contenus pédopornographiques ?

Des solutions, mais qui pour les appliquer ?

Les appels à fermer le site Sexemodel ne datent pourtant pas d’hier et des solutions ont déjà été proposées, s’insurge Me Amas. « On a posé un projet de directive écrit où on a des propositions argumentées » : fermeture des foyers de l’ASE pour que les enfants ne soient pas livrés à eux-mêmes à l’extérieur, mise en place immédiate d’un suivi médical et psychologique pour chaque enfant placé victime de violences sexuelles et priorité donnée au placement des enfants au sein de leur famille élargie ou dans des familles d’accueil.

Sans compter l’urgente nécessité de condamner fermement les faits de nature pédocriminelle, dont le combat relève d’un « choix de civilisation », conclut l'avocat.

 

* Prénom d'emprunt utilisé par nos confrères du Point

Vos commentaires

22 commentaires

  1. Vite le contrôle d’identité pour les réseaux sociaux surtout s’ils sont de droites, patriotes et/ou catholiques.

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