RATP, SNCF… amendes colossales ou laxisme total ? Ça dépend du profil de l’usager

Alors qu’il rapportait chez lui la télévision qu’il venait d’acheter, un “usager“ s’est vu infliger une amende de 150 euros.
argent

C’est une nouvelle affaire d’amende qui défraye la chronique. Alors qu’il rapportait chez lui la télévision qu’il venait d’acheter, un usager s’est vu infliger une amende de 150 euros. C’était dimanche à 16 heures, à la station Concorde. Le carton qu’il transportait avec un ami (150 x 90 x 15 cm) était paraît-il « dangereux ou incommodant ».

Cet acte de bravoure des contrôleurs rappelle bien sûr la mésaventure de la jeune Salomé qui, le dimanche 4 mai 2025 à 17 heures, avait, elle aussi, écopé d’une amende de 150 euros parce qu’elle transportait la plante qu’elle venait de s’offrir. Son oiseau de paradis était en trop bonne forme (1m30). Verbalisée également pour transport d’un «objet dangereux ou incommodant ». La RATP, un peu gênée par l’ampleur que prenait cette histoire, avait daigné faire marche arrière et rembourser l’amende perçue. Grand seigneur, le médiateur concédait qu’il aurait fallu prendre en compte « le contexte » : Salomé n’était pas encore montée dans la rame,

Plus récalcitrant, l’homme à la télé a refusé de payer. Son amende est majorée à 200 euros. Précision utile : ces deux dangereux contrevenants étaient en possession d’un titre de transport valide, comme on dit chez ces gens-là. Certains, alors, demandent sur les réseaux : « Quelle solution il reste pour transporter quelque chose à Paris, quand on n’a pas de voiture (comme 70% des Parisiens environ), et qu'on n’a pas les moyens et/ou la place de se payer un vélo cargo ? ». Bonne question, à quoi d’autres répondent par cette blague qui circule à Paris les (nombreux) jours de grève : RATP, c’est Rentre Avec Tes Pieds.

Transports en commun ou voyages en absurdie ?

Comme l’écrit un internaute, c’est «à croire que, le dimanche, les contrôleurs se font une compétition de la plus conne des amendes ». Hélas, si la RATP fait preuve d’une imagination débordante, elle peut se faire doubler par la SNCF. Souvenons-nous de ces deux jeunes pèlerins verbalisés, l'un pour avoir chanté de retour de Chartres, l'autre pour avoir transporté une tringle trop longue de 20 centimètres.

Un dimanche encore, le 24 mai dernier – date fatidique ? – une femme a écopé d’une amende de 150 euros, majorée à 200 euros car elle a refusé le paiement immédiat, cela pour avoir ouvert une issue de secours d’un train bloqué sans climatisation et à l’arrêt. C’est le premier épisode caniculaire de la saison. Le TGV Paris-Nice, un train dont on ne compte plus les retards perpétuels, est arrêté depuis plus d’une heure. Dans la voiture sans climatisation, les voyageurs, dont des enfants en bas âge, sont au bord du malaise. Une femme active alors la procédure d’urgence et ouvre les issues de secours afin de permettre aux gens de respirer. Les contrôleurs les referment, verbalisent la dame, puis… rouvrent les issues cinq minutes plus tard.

Devant le tollé, la SNCF a reculé, comme la RATP : « Nous avons échangé avec la cliente, au regard du contexte et de la situation à bord, la verbalisation a été annulée ». Toutefois, elle précise : « l’ouverture des portes ou issues de secours en dehors du cadre prévu reste strictement interdite. » Le voyageur est donc prié de suffoquer dans la légalité.

Dura lex sed lex, mais pas pour tout le monde

A bien y regarder, on s’aperçoit que le corps des contrôleurs est à l’image de la justice française : il choisit contre qui sévir. On serait même tenté de dire qu’il choisit ses victimes, celles sur qui sa vindicte va aisément s’abattre. Moi-même, je le confesse, je suis une cible privilégiée. Durant des décennies passées à Paris jusqu’aux lignes du réseau Mistral (géré par la RATP), à Toulon, j’ai systématiquement été contrôlée dans mes trajets, au point que c’est devenu un sujet de plaisanterie pour l’entourage. Mon profil caucasien et surtout mon 1m53 sont inquiétants, je le concède. Davantage que les centaines de racailles que j’ai vues sauter par-dessus les tourniquets et nous bousculer pour passer ; davantage que les jeunes et leurs énormes trottinettes électriques dont le guidon est à hauteur de mâchoire ; davantage que les gros chiens sans muselière, les fous, les avinés, les bagarreurs et les violeurs en puissance, les exhibitionnistes et les frotteurs, tous ceux qui n’ont pas de titre de transport et pas non plus de papiers d’identité à présenter. Tous ceux qui sont réputés insolvables et ne paieront jamais une amende si d’aventure on leur en met une.

Finalement, il s’agit moins d’être « fort avec les faibles et faible avec les forts » qu’intraitable avec les honnêtes gens. Ceux qu’un règlement abscons, et souvent même inconnu des personnels comme dans toutes les histoires ci-dessus, permet de piéger. Dans notre société anomique, où l’hypertrophie des réglementations les rend impossibles à maîtriser, Nicolas et Nicolette restent les vaches à lait. Ce sont eux, encore et toujours, qui paient pour les autres.

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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

49 commentaires

  1. N’oublions pas qu’un certain Jean Castex, nommé par notre illustre président, est aux commandes de la SNCF. Il fut formé à l’ordre et au respect des règles à géométrie variable selon l’idéologie de la Macronie. Les racailles et les black blocs le savent eux.

  2. Un peu surprenant votre article. Les contrôleurs RATP appliquent les règles et vous le leur reprochez. 1,50 m de long quand même la télé, à quand l’armoire normande ou bien, moins encombrant, la bouteille de gaz ? En plus, si je lis votre histoire jusqu’à la fin, et compte tenu que c’est fou le nombre de gens (de couleur) qui se plaignent d’un contrôle au faciès, les contrôleurs font donc bien leur travail en contrôlant tout le monde (du moins ceux qui font leur travail). Mais il y a un point où vous avez raison, les règlements sont tellement compliqués qu’ils ne sont pas connus des voyageurs. Alors, agissez pour qu’à l’entrée des transports publics, il y ait un panneau avec les pictogrammes des seules choses autorisées

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