Le maire de Vichy juge pesante l’expression « régime de Vichy »

La mémoire historique impose parfois comme un fardeau aux territoires qui furent le théâtre d'événements majeurs.
W. Bulach, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
W. Bulach, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

À la suite de l'épreuve d'histoire du brevet des collèges de juin 2026, le maire LR de Vichy, Frédéric Aguilera, a adressé une lettre ouverte au ministre de l'Éducation nationale. Il y déplore l'utilisation de l'expression « régime de Vichy » dans le sujet d'examen et estime qu'il conviendrait de privilégier l'appellation officielle d'« État français ».

Selon lui, cette formulation permettrait de mieux faire comprendre aux élèves que le régime instauré par le maréchal Philippe Pétain avait rompu avec la République. Pourtant, remplacer l'expression « régime de Vichy » ne modifierait en rien la réalité historique. Si cette formule s'est imposée dans les travaux des historiens depuis des décennies, ce n'est pas par hasard. Pétain fit de Vichy le siège de son gouvernement dès juillet 1940. Les principaux ministères, les administrations centrales et les organes du pouvoir y furent installés. Pendant près de quatre années, jusqu'en août 1944, la ville fut la capitale politique de l'État français. Le nom de la ville ne désigne donc pas seulement un espace géographique, mais incarne aussi, dans l'historiographie internationale, le régime qui s'y installa. Vouloir effacer cette association en changeant les mots risque davantage d'entretenir le flou et une illusion que d'éclairer les élèves sur les mécanismes ayant conduit à l'effondrement de la République.

Cette tentation de modifier les termes pour rendre une réalité plus acceptable est, semble-t-il, en train de devenir un effet de mode. En effet, dans les discussions sur la légalisation de l'euthanasie en France, certains préféraient parler d'« aide à mourir », considérant cette expression plus consensuelle, plus agréable. Pourtant, quel que soit le vocabulaire, les faits demeurent identiques.

Des noms de villes devenus des symboles

L'Histoire regorge également d'exemples où un lieu a fini par désigner une idée sans que ses habitants ne puissent réellement s'en affranchir, comprenant peut-être que tel est le lourd fardeau de l'Histoire et de la vérité. Limoges a donné son nom au verbe « limoger », apparu en 1914 lorsque le général Joseph Joffre éloigna plusieurs officiers jugés incompétents vers la région de Limoges. Aujourd'hui, encore, « limoger » signifie écarter brutalement une personne de ses fonctions. Bagdad est également fréquemment utilisée dans le langage courant comme image du désordre ou du chaos, héritage des guerres qui ont ravagé la ville pendant plusieurs décennies. Munich évoque encore « l'esprit munichois », expression née après les accords du 30 septembre 1938 et devenue synonyme de renoncement et de faiblesse politique face à une menace. Quant au « coup de Jarnac », il désigne aujourd'hui, par glissement de sens, un coup jugé déloyal ou perfide.

Même certaines cités disparues survivent dans nos conversations et malgré la négativité attachée à leurs noms. Ainsi va la liberté d'expression et de langage. Capharnaüm désigne désormais, et sans doute pour longtemps, un lieu en désordre, en référence à l'ancienne ville mentionnée dans les Évangiles. Sodome et Gomorrhe sont devenues, elles aussi, les symboles de la dépravation, de la destruction dans la tradition biblique, mais également de certaines pratiques (vous aurez compris lesquelles) longtemps condamnées.

Assumer l'Histoire

La mémoire historique impose parfois comme un fardeau aux territoires qui furent le théâtre d'événements majeurs. Bien d'autres villes françaises n'aimeraient sans doute pas voir leur nom éternellement associé à des défaites ou à des drames, comme Courtrai en 1302, Poitiers en 1356, Azincourt en 1415, Les Lucs-sur-Boulogne en 1794, Sedan en 1870 ou Dunkerque en 1940. Peut-être même que saint Barthélemy n'aimerait pas que son nom soit rattaché à un massacre, ni le Gévaudan aux meurtres en série d'une bête sanguinaire, mais c'est ainsi, tel est le poids de l’Histoire. L'essentiel est ailleurs. Il y a sans doute bien d'autres combats politiques à mener avant de venir pinailler sur des termes historiques. Il faut avancer, comprendre, en faisant preuve de suffisamment de recul pour admettre que le présent n'est pas le passé. Que la honte, le crime, le deuil et la tristesse d'hier ne constituent pas la morale éternelle d’une ville.

Ainsi, expliquer que le régime s'appelait officiellement l'État français est nécessaire, tout comme continuer à parler du « régime de Vichy », car cette expression renvoie à une réalité historique solidement établie. Les deux appellations ne s'opposent pas. Elles se complètent et permettent, ensemble, de mieux comprendre notre Histoire.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

27 commentaires

  1. Puisque vous évoquez Limoges comme nom de ville , on pourra lire ou relire « voyage à Limoges » de J de La Fontaine ….Il était déjà limogé

  2. La cure de Vichy traite les troubles liés aux reflux gastro-oesophagiens ou duodénogastriques, les gastrites, les dyspepsies, les migraines digestives, les …
    Régime à recommander et le maire devrait en faire la pub au lieu de dénigrer.

  3. C’est évident, aujourd’hui les habitants sont toujours dans l’inconscient collectif des successeurs de Petain et de son régime. Peut être même que pour d’autres la ville est séparée du reste du pays. Pourquoi ne pas dire par exemple  » Vichy capitale de temps de guerre. »

  4. Marre des repentants! C’est l’Histoire et on l’honore telle quelle sans la déformer. Il faut lui rappeler que la renommée de sa ville est due en grande partie à cette période. Pour ma part j’y tiens, comme ceux qui sont nés sous l’occupation, je suis malgré moi un enfant de Vichy et rien à voir avec ceux appelés fils de boches.

  5. La ville de Vichy fut choisie par le gouvernement français de l’époque parce qu’elle était la seule ville de la France non occupée dont les hôtels étaient équipés de standards internationaux.
    Ceci dit, son ancien Maire, Claude Mahuret, eut, pendant la « crise covid », des discours que n’aurait pas renié la propagande allemande de cette époque. Contagion?

  6. Il pourrait ajouter « effervescent » pour faire passer la pilule de l’histoire, et relire les écrits historiques de cette triste période pour se dire que toute la France était vichyssoise et que les ilots de résistances réels ne devinrent des grumeaux qu’après le débarquement de Normandie ! Qu’il se console, Vichy reste néanmoins une très belle ville et un agréable séjour…Ce pourrait être pire !

    • Non, pas d’accord, toute la France était aussi perdue, déroutée et aussi déboussolée que ses dirigeants. Ces dirigeants qui s’égaillaient à travers le territoire comme des fourmis dont on a perturbé le cours de leur chemin. Il se portés vers le maréchal parce qu’il se déclara le Guide suprême, comme un grand-père ouvre sa capeline pour abriter les enfants de la pluie. Ce peuple, à l’exception de malins, gredins et collaborateurs, marcha en aveugles entre les aléas matériels, la rareté alimentaire et les menaces de l’occupant. Un peuple met autant de temps à changer de posture qu’un paquebot qui vire de cap. Ce peuple comprit, très vite, que l’espoir réapparaissait lorsque Charles De Gaulle mit les pieds sur le sol de France. Observez comment les choses se déroulent en France depuis les turpitudes macroniennes.

      • Je ne suis pas du tout certain que l’effet de Gaulle posant son pied à Bayeux eut été aussi décisif pour changer l’esprit retors et avachi des français qui s’étaient pliés et accoutumés à l’occupation, puisqu’ils s’en sortaient par moultes combines dans leur quotidien. Le 20 et 21 avril 1944, Pétain était encore ovationné unanimement par la majorité des parisiens ! L’effet débarquement en Normandie et l’avancée des forces militaires alliées furent certainement plus significatifs pour changer le mode de pensée des français, surtout celui des profiteurs qui commençaient à avoir chaud aux fesses, et de Gaulle, qu’on le veuille ou non, surfa sur la vague, habilement ! D’ailleurs, si le débarquement avait été un échec, le gouvernement de Vichy aurait été reconduit. Tout comme les français reconduisirent l’ennemi déclaré de la France qu’est l’actuel président, par fainéantise intellectuelle, par conformisme, lâcheté, ignorance ou tout simplement bétise, mais cette fois ci, le Titanic qu’est devenu la France sous la conduite de son saboteur en chef et des musiciens du front républicain, toutes tendances confondues, ne va pas esquiver l’iceberg, pas de manoeuvres possibles pour ce navire France, car, il n’y a plus de de Gaulle pour épouser la vague populaire, et avec habilité, mais combien de manœuvres (lire ses Memoires de guerre), la reconduire, d’ailleurs il n’y a même pas de vague, sinon une montée d’ eaux turpides, boueuses et fongiques dans ce marécage économique de culturel dans lequel s’embourbe toute la classe politique dans ce qu’est devenue la France. Cordialement !

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