On peut tous réciter les consignes, dérouler les fameux « gestes barrières » qu’on nous martèle à longueur de temps pour mieux nous les enfoncer dans la tête. Heureusement, des voix commencent pourtant à s’élever pour dénoncer ce choix – douteux – de la communication gouvernementale. Ainsi, Le Point analyse une communication « paternaliste » : « Propos régressifs, attribution de bons et mauvais points, martelage de règles élémentaires, réprimandes… Depuis près d’un an, le sommet de l’État joue tout le répertoire du bon père de famille. »

Communication paternaliste, c’est-à-dire totalement infantilisante. J’ajouterais pédante, suffisante, exaspérante et, pour finir, dégradante, transformant la population de ce pays en autant de « mauvais garnements ». Le piquet n’est pas loin et le martinet nous attend au coin de la rue si jamais nous ne gardons pas les yeux sur la pendule et le masque sur le nez.

Certes, nous ne sommes pas les seuls à avoir sombré dans la folie inquisitorialo-sanitaire. On a, ainsi, appris qu’un malheureux guitariste belge qui envisageait, initialement, de jouer cinq représentations de 40 minutes entre 15 h 00 et 20 h 00 dans une église, devant une assemblée de quinze personnes et « dans le plus pur respect des mesures de distanciation et des gestes barrières », a été arrêté par la , ce dimanche à 15 h. Il risque une amende de 4.000 euros et ses auditeurs 250 euros chacun pour cet odieux méfait. Le pauvre a bien argué du fait que quinze personnes, c’était le quota fixé pour les messes dans l’église de Crupet, rien n’y a fait. Il ne jouait pourtant pas du trombone à coulisse et l’on ne sache pas que la guitare – d’autant qu’elle était sèche – répande des postillons dans l’atmosphère, mais la loi stupide est la loi…

Le Point est allé interroger un expert, le spécialiste du sens Denis Bertrand. L’homme est formel : quand le Premier ministre nous balance du « papy et mamie » à longueur d’injonctions, que le ministre de la Santé parle du « coquin de virus » en renfilant sa chemise après « une bonne chose de faite » (cf. la vaccination) ou s’accroupit pour parler à un patient grisonnant assis dans un hall d’hôpital, c’est le signe qu’on nous prend vraiment pour des enfants, sinon des demeurés : « Il est dans le registre de la relation parent-enfant. Outre le vocabulaire, il y a un réel problème de justesse avec sa gestuelle, que l’on adopte d’ordinaire devant un enfant, pour se mettre à son niveau. »

Pourtant, papa se fâche parfois… Ainsi, le Président qui, du haut de ses 42 ans, fustige les « 66 millions de procureurs ». joue les pères offensés : « Comme des enfants à l’égard de leurs parents, les Français n’auraient pas à remettre en doute l’autorité de l’État (“Tu ne discutes pas !”). » Et comme on donnait autrefois un bon point au gamin qui a été sage et cent lignes au vilain garnement, on laisse planer sur les Français l’ombre mauvaise de sanctions punitives. En permanence la carotte et le bâton : « Leurs “efforts” peuvent leur offrir la perspective de vacances, quand leur manque de “civisme et de responsabilité” retarde le retour à une vie normale. »

Une autre savante, Alice Soriano, docteur en psychologie cognitive, pointe les risques d’une telle « infantilisation des citoyens » : « À trop l’infantiliser, le danger est de le déresponsabiliser et d’abîmer à terme sa capacité de réflexion comme sa liberté de choix. » Comment vous dire, chère madame ? Je crains qu’il ne soit déjà trop tard, notre nation de « veaux », comme disait feu le général de Gaulle, ayant depuis longtemps déjà glissé sur cette mauvaise pente. En effet, l’infantilisation de la population par l’État maternant ne date pas de l’arrivée du SARS-Cov-2. Il y a belle lurette qu’on nous met en garde contre l’eau qui mouille, le soleil qui brûle, la neige qui tombe, le verglas qui glisse et le vent qui souffle. On a seulement poussé le curseur un peu plus loin !

15 février 2021

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