En ces temps où l’écologisme envahit tout l’espace public, où il est de bon ton de regarder de travers un agriculteur sur son tracteur traînant sa sulfateuse, les contraintes techniques s’imposent parfois.

Cette année, les producteurs de betteraves auront à souffrir d’une perte probable de production de 40 à 50 % en raison d’invasions de pucerons causant des jaunisses à leurs cultures, explique L’Opinion (6 août). Problème : depuis la loi Biodiversité de 2016, la famille de produits phytosanitaires adéquats, les néonicotinoïdes, était strictement interdite – protection des abeilles oblige.

Si ce critère est évidemment absolument primordial, et les agriculteurs y sont très majoritairement sensibles car au contact de la nature chaque jour, il était plus que jamais nécessaire et urgent d’aménager la réglementation. Tout dogmatisme en la matière serait absurde.

N’en déplaise à Barbara Pompili, le gouvernement semble enfin disposé à y consentir dès la rentrée en proposant des dérogations précises et encadrées. Sera-t-il trop tard pour éviter l’effondrement de la filière et ses dizaines de milliers d’emplois ?

Après tout, ce qui arrive à la betterave, la vigne l’a connu, il y a quelques années, avec la flavescence dorée. Cette maladie, véhiculée par la cicadelle, une espèce de sauterelle, est particulièrement mortelle et contagieuse pour le matériel végétal. La propagation a été freinée par l’obligation, pour tout viticulteur, de traiter ses vignes, y compris ceux en stratégie bio, au moyen d’insecticides particulièrement vigoureux. Pour la protection des abeilles, autres insectes pollinisateurs et de la faune annexe, les dates de traitements obligatoires ont été adaptées a priori aux périodes de leur présence. Néanmoins, l’utilisation indispensable de produits chimiques fait encore grincer des dents. Prospection, comptage des ceps malades devraient faire diminuer le nombre de traitements selon les zones et communes.

Là encore, le pragmatisme technique a eu raison de l’idéologie de principe.

Pour en revenir à la betterave, si la France ne consent que maintenant à procéder à des dérogations sous la pression de la filière, c’est également sur un plan économique. Nous sommes le premier producteur européen. Si nous nous privions de ce secteur performant (la filière compte 45.000 emplois, selon L’Opinion) par un refus d’assouplir la réglementation, ce serait un nouveau rude coup porté à l’emploi et à notre souveraineté alimentaire. En effet, d’autres pays européens connaissant les mêmes difficultés techniques face aux maladies n’ont, eux, pas hésité à autoriser certains traitements de façon raisonnable et encadrée. Sans notre production nationale, il faudrait alors importer les productions de ces pays pour compenser. C’est cornélien !

Comme pour l’importation de cerises étrangères traitées au diméthoate, interdit aux producteurs français, ne soyons pas une fois de plus les dindons de la farce !

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