Editoriaux - Société - 3 juin 2019

Quand l’enfer, c’est le foyer : 60 femmes assassinées depuis le début de l’année

Nous sommes le 3 juin. En ce jour où nous entamons la vingt-deuxième semaine de l’année, soixante femmes ont déjà été tuées, dans notre pays, par leur (souvent ex) mari, conjoint ou compagnon. Soixante en 154 jours, onze pour le seul mois de mai. Belle moyenne, si l’on peut oser l’expression. Précision terrible : trente-trois de ces malheureuses étaient mères de famille, l’une d’elles était enceinte de six mois. Mais quand on cogne, on ne compte pas…

Le journal L’Union a fait un décompte « signifiant », comme on dit chez les gens bien :

« Ces femmes laissent derrière elles au moins 71 orphelins dont 4 ont découvert leur corps et 3 ont été témoins du meurtre. 41 ont été tuées chez elles, 16 ailleurs et 3 dans un lieu inconnu. Au moins 21 d’entre elles étaient dans un contexte de séparation et/ou de violences régulières. 20 des tueurs se sont suicidés, 5 ont tenté de se suicider. 7 hommes ont été tués par leur compagne ou ex-compagne, dont 4 en probable légitime défense, un homme a été tué par son compagnon. »

Pour dénoncer ces horreurs, on a créé un nouveau mot : féminicide. Avec cette définition : le féminicide (ou fémicide, gynécide, gynocide) est le meurtre d’une ou de plusieurs femmes ou filles en raison de leur condition féminine.

Je ne sais pas s’il est opportun de parler, pour les crimes évoqués plus haut, de féminicide. C’est à la fois trop vaste et trop simple. Les crimes de Daech, comme les viols collectifs et les rapts dans les zones de guerres tribales, sont des féminicides. Quand la violence règne à l’intérieur du foyer, c’est autre chose. Parler, alors, de féminicide dispense, me semble-t-il, de se poser les bonnes questions.

Notre bien-aimée secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a applaudi de ses blanches mains l’initiative des Femen qui, pour la cause des femmes, ont exposé leurs appas dans la cour du Palais-Royal. À leur tête, l’Ukrainienne Inna Shevchenko, leader du mouvement et membre du Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes (CCEFH). À cette icône de la gauche, François Hollande – au nom de la France, bien sûr – ouvrit grand les bras et nous imposa sa bobine en guise de Marianne sur les timbres-poste… Caroline Fourest, ex-compagne de la dame Shevchenko, n’a pas que des mots gentils à son encontre.

La belle aurait, avec ses troupes, des méthodes à la dure et Caroline Fourest n’hésite pas à dénoncer « le côté bande à Baader dans leur façon de mettre l’action au-dessus de toute réflexion ». Autre détail, en passant : le casting est sévère. Il faut, pour entrer chez les Femen, avoir un corps de rêve. Pas question d’exposer ses bourrelets ou ses seins en gant de toilette à la face d’un monde où « les femmes sont victimes des diktats de la mode »…

Mme Schiappa, donc, salue « ces lanceuses d’alerte ». Énumère ce qu’elle a fait depuis 2017 pour enrayer ce fléau : « création d’une plate-forme de signalement en ligne, expérimentation du bracelet électronique pour maintenir les hommes violents éloignés, loi du 3 août 2018 qui renforce la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, inauguration à Tours d’un centre d’accueil et de prise en charge des femmes victimes de violences », etc.

Reste l’essentiel : pourquoi ? Pourquoi ce déchaînement, pourquoi « l’enfer » au foyer ? À quoi tient l’impossibilité, pour tant de gens, désormais, de se parler, de s’exprimer, de négocier ?

On a vu,des mois durant, le déchaînement des manifestants dans la rue. La casse, la violence sans retenue, la délation, les injures et les menaces sur les réseaux sociaux. C’est devenu une banalité pour certains que de promettre la mort ; et des mots aux actes…

La perte du surmoi, ce dernier rempart avant le passage à l’acte, est un mal qui se répand partout. Effet pervers des réseaux sociaux, là encore, qui nous fabriquent à la pelle des Narcisse et des frustrés. C’est sans doute de ce côté qu’il faudrait regarder…

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