Editoriaux - Politique - Tribune - 3 juin 2019

Droite, gauche : le clivage a disparu pour toujours

Ce clivage avait été depuis longtemps remplacé par une autre opposition entre libéralisme euro-mondialiste d’un côté, démocratie de proximité et intérêt national de l’autre. La pensée unique avait accouché d’un parti unique de fait : l’UMPS . Puis Macron, raflant la mise, s’en est emparé, a abattu les cloisons et élaboré, de bric et de broc, un parti unique unifié : LREM.

Les partis des sept présidents de la Ve République viennent, lors du dernier vote aux élections européennes, de cumuler à eux deux un total de… 17,84 %. Le parti de Chirac et Sarkozy finit sa vie politique à 8,48 %. Encore est-il le lieu de divisions et haines qui viennent de provoquer la démission de son chef, rendu responsable du naufrage. Il y a quelques jours, un hebdomadaire se cramponnait à l’idée que la très parisienne « droite Trocadéro était de retour » (elle avait pourtant bien mal réussi à Fillon). On avait fait du gentil Bellamy le « porteur de l’espoir de cette droite », du « retour en force du conservatisme ». Las, un prof de philo n’est pas un philosophe, ni a fortiori un leader politique. En réalité, il avait été choisi comme le moins clivant dénominateur commun entre Pécresse et Wauquiez.

L’intérêt de ce scrutin est double : il met en lumière la totale disparition de la summa divisio droite/gauche et des partis qui la traduisaient depuis 200 ans. La France n’est pas la seule à vivre ce séisme socio-politique : le Royaume-Uni, l’Italie, bien sûr ; mais même l’Espagne et l’Allemagne voient apparaître ces nouveaux clivages. Car le monde a beaucoup changé, et les demandes des peuples avec. Or, les deux partis défunts ont trahi leurs idéaux et raisons d’être d’origine : gauche et droite se sont désintéressées des Français, des causes de leur appauvrissement (l’euro-mondialisme), de leur humiliation (immenses fortunes indécentes d’un côté, immigration de masse de l’autre). Les vulgaires intérêts personnels et l’influence de la finance ont fait le reste. On voit déjà, chez les vaincus, des révérences, des préliminaires de futures allégeances. Emmanuel Macron est vu comme un « Machiavel » qui aurait « réussi son opération » : son « assurance-vie, le duel avec Marine Le Pen ». Cette « droite Trocadéro » (qui, donc, a élucubré ça ?) aurait « explosé entre Macron et Le Pen ». Et (car il faut bien tenter de vivre) le « parti les Républicains ne serait pas détruit pour autant »… Il lui resterait son « maillage local ». C’est vite oublier que, à chaque élection, le RN renforce le sien et que les aigreurs des clans vont tellement se radicaliser sur le radeau de la Méduse LR que les municipales les verront sans doute à nouveau s’entre-dévorer.

Le péché originel de LR remonte – en vérité – à la trahison de Chirac lors de Maastricht. S’il eût fait preuve, alors, de profondeur, de sens politique, de patriotisme, le « non » balayait à 65 % cette entreprise fédéraliste, prémices du mondialisme débridé du traité de l’OMC, signé un an après. Le regretté Séguin et l’estimable Chevènement manquèrent de « fermeté d’âme » – comme disaient les classiques – en ne créant pas le grand parti social/souverainiste que la France attendait. Puis il y eut la forfaiture de Sarkozy et du PS, en 2008, lorsque le Congrès viola la souveraineté populaire et adopta le traité de Lisbonne, fac simile de la « Constitution européenne » rejetée par les Français à 55 %.

Désormais, le RN fonctionnera comme un trou noir absorbant les électrons libres et même les petites planètes. Mme Le Pen a eu l’intelligence de faire oublier (en partie) sa piteuse débandade lors du débat présidentiel et de pousser en avant une jeune garde aux convictions et talents indéniables, au discours construit et de bon sens. Saura-t-elle les fédérer, voire s’effacer ? Les élus du RN au Parlement européen sauront-ils exister et le faire savoir aux Français en participant aux opérations politiques menées par la force « nationiste », la première au Parlement de Strasbourg, avec ses 207 députés ? Les Français attendent que l’on réponde à leurs attentes, en sortant de la folle hypocrisie des politiques migratoires, en défendant leur agriculture et leur industrie – et donc les emplois et les systèmes sociaux – contre la mondialisation, la Chine de Raffarin Enfin, ils voudront que l’on mette fin à l’injustice et l’apatridie fiscales couvées par Juncker. De nouvelles majorités se feront, au cas par cas, les 207 « nationistes » votant parfois avec la gauche radicale (cela c’est déjà souvent produit), parfois avec un PPE très affaibli.

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