L’interpellation (trop) musclée de Michel Zecler, ce producteur de musique rap au passé judiciaire déjà chargé, ne pouvait pas mieux tomber pour les délateurs de la loi sécurité globale. En particulier pour celles et ceux qui contestaient, au nom de la liberté de la presse, les termes de son article 24 relatif à la protection renforcée des forces de l’ordre en cas de diffusion d’images les concernant.

Les policiers impliqués dans cette affaire ne se sont sans doute jamais doutés du « cadeau » qu’ils allaient faire à toute une série d’individus plus intéressés par la recherche d’images sensationnelles que par la sécurité des Français. Cette erreur, les quatre policiers concernés vont la payer doublement. D’abord, et c’est déjà le cas pour deux d’entre eux, au prix de leur liberté et de leur avenir professionnel et familial car, pour ce brigadier et ce gardien de la paix pourtant bien notés, les juges ont trouvé des places en prison. Ensuite, parce qu’ils ont donné malgré eux un argument en or à ceux pour qui la vie d’un flic vaut bien moins que celle d’un truand, d’un casseur, voire même d’un terroriste.

Car enfin, soyons clairs. La chasse à l’image contre laquelle voulait s’interposer ce fameux article 24 de la loi sécurité globale menaçait gravement le fonds de commerce de journalistes et de militants de l’ultra-gauche pour lesquels la recherche de la « bavure » policière a depuis longtemps pris le pas sur le souci d’informer ou de manifester pacifiquement. Ces derniers ont donc gagné. Les policiers et les gendarmes pourront continuer d’être livrés en pâture via des images largement diffusées dans certains médias et sur les réseaux sociaux. Belle victoire pour notre démocratie !

Le débat ne porte donc plus, désormais, sur la façon dont on pourrait améliorer la sécurité dans notre pays tout en protégeant efficacement les membres des forces de l’ordre. Il porte, maintenant, sur la façon dont La France insoumise et ses satellites malfaisants vont pouvoir, à travers leur œuvre destructrice de la police, tenter de renverser le gouvernement de la République. Et sans doute finiront-ils par y parvenir.

Il faut dire qu’en laissant péricliter les forces de sécurité en général, et la police nationale en particulier, les pouvoirs qui se sont succédé au cours de ces dernières décennies ont largement préparé ce qui est en train d’advenir. Incapables d’anticiper les évolutions majeures de la sécurité intérieure. Incapables de réorganiser la police et de lui donner les moyens de faire face à ces nouveaux enjeux sécuritaires. Incapables d’avoir une vision globale sur les missions et les services les plus à même de les assurer, nos gouvernants sont, aujourd’hui, complètement dépassés par les événements et, donc, à la merci du premier « couac » sécuritaire qui surgit. Pendant ce temps-là, à l’image de la crise sanitaire qui sévit, la crise sécuritaire se développe et s’amplifie. Mais pour elle, il n’y aura pas de vaccin.

Pourtant, des solutions existent. En premier lieu, il est urgent de revoir les missions de sécurité qui relèvent de l’État et celles qui pourraient être confiées à d’autres institutions. Les polices municipales sont, à cet égard, un atout important aujourd’hui encore largement négligé. En second lieu, il est plus que temps de réorganiser la police nationale et de la doter notamment d’un véritable corps d’encadrement lequel fait gravement défaut, en particulier lors des manifestations. Troisièmement, sans doute le moment est-il venu de repenser l’organisation territoriale des services de sécurité publique. Enfin, après des années de laisser-aller, le recrutement, la formation initiale et la formation continue des policiers doivent être repensés et adaptés aux évolutions rapides que nous vivons depuis quelques années en matière de sécurité intérieure. Le même effort qui a été fait pour la lutte antiterroriste doit être réalisé pour l’ensemble des missions de police.

Malheureusement, le Livre blanc de la sécurité intérieure récemment publié ne prend aucune de ces questions en compte. Vaste réflexion hors-sol sur l’avenir sécuritaire de notre pays, il oublie l’essentiel, ayant, une fois de plus, oublié de demander leur avis aux principaux intéressés : les Français.

4 décembre 2020

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