Quand l’Arcom et l’Éducation nationale s’inquiètent de… « la formation des opinions » !

Incroyable aveu, au détour d'un communiqué, dans une démocratie où les opinions sont censées être libres...
Capture d'écran-Public Sénat
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Un an avant l'élection présidentielle, ça grenouille pas mal, autour de la liberté d’expression, notamment à l’Arcom, l'organisme chargé de la faire respecter... Le gendarme des médias, désormais présidé par Martin Ajdari, nommé par le Président Macron en février 2025, vient de nouer un accord avec le ministère de l’Éducation nationale. Réjouissons-nous ! La France profite désormais d’une « coopération entre l’école et le régulateur dans le domaine de l’éducation aux médias et à l’information, et de la citoyenneté numérique ». Car « l’École a un rôle central à jouer pour former des citoyens éclairés, capables de comprendre, d’analyser et de questionner l’information », écrivent, dans un bel ensemble, le ministère de l’Éducation nationale et l’Arcom. Une mission de plus pour nos profs ! L'Arcom et le ministère souhaitent « renforcer l’éducation à l’esprit critique et à la citoyenneté numérique, en particulier face aux phénomènes de désinformation, de manipulation de l’information et de haine en ligne »… Très aimable. Tout dépend de ce que l’on place derrière ces mots.

Concours « pour l’égalité filles-garçons »

On saisit mieux si l’on se penche sur les partenaires de l’Arcom et du ministère dans cette tâche ultra-sensible. Ils s’appuieront notamment sur les concours de Zéro Cliché, une émanations du CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), dont la direction est confiée, depuis 2017, à un ancien conseiller de Najat Vallaud-Belkacem… Un « machin » coûteux, neutre évidemment, comme la France sait en produire par milliers, qui pompe a minima 600.000 euros par an sur le budget de l’Éducation nationale pour mener des actions vraiment indispensables à la performance scolaire des élèves dans un pays qui décroche. Qu’on en juge : Zéro Cliché organise ainsi un concours « pour l’égalité filles-garçons ». « De la maternelle au lycée, le concours permet de concevoir avec [les] élèves des productions médiatiques (articles, blogs, etc.) pour analyser les stéréotypes de genre dans la vie quotidienne », explique le CLEMI, activement soutenu par France Télévisions. Une vraie famille.

L’Arcom met donc charitablement au service des profs des fiches techniques fouillées pour aborder « la représentation de la société française et la lutte contre les discriminations » ou apprendre « comment construire un journal télévisé inclusif à partir du baromètre de la diversité produit chaque année par l'Arcom ». Pas sûr que cela aide les élèves à réussir Polytechnique, mais cela occupe les fonctionnaires... Les petits Français peinent à lire et compter, mais ils détecteront une discrimination de très, très loin.

Dans le communiqué officiel, le ministre Édouard Geffray (en photo) explique sa démarche par la nécessité, « face à la montée de la désinformation et à l’influence croissante des réseaux sociaux dans la formation des opinions », de « donner à chaque élève les clés pour comprendre, vérifier et exercer son esprit critique ». On relèvera l’enjeu, en forme d’incroyable aveu, de la « formation des opinions ». Que viennent faire l’Arcom et l’Éducation nationale dans la « formation des opinions », dans une démocratie où les opinions sont censées être libres ? Désormais, deux entités étatiques se préoccupent donc de lutter contre « l'influence croissante des réseaux sociaux dans la formation des opinions ». C’est nouveau. On serait surpris que l'État lutte contre l'influence de la télévision, de la radio ou de la presse dans la formation des opinions. Au contraire, la presse d'opinion est subventionnée pour cela, pour son rôle dans la formation des opinions.

Une obsession d'Emmanuel Macron

Et l’Arcom ne compte pas s’arrêter là : l’instance organisait, ce 24 mars, une table ronde sur les « manipulations de l’information ». Une obsession d’Emmanuel Macron, mais c'est un hasard, bien sûr. « Nous cherchons à identifier ce qui caractérise la manipulation, intentionnelle et artificielle, de l'information et la perturbation du débat démocratique qui en découle », explique Martin Ajdari.

Une pente dangereuse. Voilà trois ans pile, le 23 février 2023, l’ancien président de l’Arcom Roch-Olivier Maistre avait, face aux étudiants de Sciences Po Paris, tiré la sonnette d’alarme : « La liberté d’expression, c’est ce qui heurte, ce qui choque. Si la liberté d’expression, c’est d’être uniquement dans le politiquement correct et de déverser tous le même robinet d’eau tiède, ça ne va pas. » Une master class venue de l'Arcom qui devrait être lue avant chaque séance de travail du gendarme des médias et du ministère. Cela leur éviterait de jouer avec le feu.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

58 commentaires

  1. Bon, les enfants, la liberté d’opinion, c’est simple. Quand vous pensez comme moi, c’est bien. N’essayez même pas de penser autrement, vous auriez tort.

  2. Quand des journalistes rapportent qu’un jeune prénommé « Oscar » été condamné à 30 ans de prison pour le viol d’une jeune fille avec actes de barbarie et de torture, alors qu’il s’appelle Oumar N’diaye… Lorsque, relatant l’arrestation d’un groupe de jeunes narcotrafiquants ils les rebaptisent pour l’occasion « Alain », « Héloïse », « Matthieu », « Henri », « Éric », alors qu’ils se prénommaient en réalité Assane, Ali, Anissa, Mohamed et Elhad…, c’est de « l’information »…
    Révéler leurs vrais prénoms, c’est « de la manipulation, intentionnelle et artificielle, de l’information et la perturbation du débat démocratique »… Ca, c’est la France de Macron : « Surtout ne JAMAIS dire la vérité, tout cacher au peuple qui n’a pas besoin de savoir ». Heureusement, il y a encore aujourd’hui les réseaux sociaux, mais demain ?

  3. Il est vrai que les enseignants dans l’art de former les opinions sont des spécialistes, ils savent ce dont ils parlent. Le nombre de comités Théodule comme le CLEMI dans un pays en faillite devrait attirer le regard des dirigeants, tout comme le nombre d’assos inutiles dans une commune, cherchez le nombre d’assos dans votre commune vous serez effrayés, je l’ai fait pour une commune du 93 c’est impressionnant.

  4. C’est aux parents de former les opinioons de leurs enfants. L’éducation nationale doit redevenir l’Instruction publique.

    • Oui ! Mais les enfants passent toujours par une période de de leur adolescence où ils ont besoin de se rebeller pour grandir… Ce que Freud définissait par « tuer le père » pour s’émanciper. Quel bonheur lorsqu’ils trouvent avec leurs profs des arguments et des principes qui vont contre ceux que leurs familles souhaitent leur inculquer… Trop jeunes pour vraiment analyser ils ont l’impression d’être devenus grands, simplement parce que ces profs, de l’extérieur, étrangers à la famille, leur apportent des arguments pour dire « non » à leur père. On trouve toujours que l’herbe est plus verte chez le voisin…

  5. Les formateurs d’opinion vont s’occuper de l’opinion…On croirait un message codé !

  6. Ce qui se faisait naturellement dans le passé par l’étude, l’analyse et la critique des textes classiques sous la houlette des enseignants consciencieux nécessite aujourd’hui une approche spécifique soutenue par des organismes extérieurs militants. Une fois de plus, la démonstration parfaite de l’effondrement de l’Education Nationale.

    • Autrefois quand les profs étaient des enseignants et non des militants, ils apprenaient aux enfants à analyser. Ils présentaient une thèse, son antithèse et guidaient les jeunes pour faire la synthèse. A la correction il ne jugeaient pas, mais notaient le cheminement intellectuel qui avait amené à la conclusion. C’était la manière de raisonner qui comptait. Aujourd’hui les prof arrivent avec une thèse qu’ils enseignent et à laquelle tous les étudiants doivent adhérer sans réserve. C’est du lavage de cerveaux. Ils se contentent de leur bourrer le crâne de LEURS idées avec interdiction de penser autrement sous peine d’être mal noté.

  7. Discours rassurant pour la droite mais des actes favorables à la gauche, le en même temps Macroniste. Macron n’a qu’une obsession, museler les français. C’est un faible qui rêve de dictature.

  8. Ca veut seulement dire que l’Arcom ne porte pas son nom et que c’est bel et bien le nouveau « ministère de la vérité ». SA vérité.

  9. Que diraient-ils ces beaux messieurs d’enseigner des auteurs comme Joseph de Maistre , et wladimir Volkoff qui ont parfaitement decortique les mecaniques deleteres de la desibformation d’etat ?

  10. Les infos devraient informer,l’école devrait instruire, les politiques savent mentir. Si on mélange tout, on a ce qu’il se passe actuellement.

  11. Difficile de rééduquer les adultes, alors on s’attaque aux enfants, futur adultes, la machine a objecter les consciences, je veux dire « l’éducation nationale » se met en marche pour formater l’esprit du nouveau français. Avec l’ARCOM on a là un sacré binôme du progressisme.

  12. Le Président Macron aura finalement nommé plus de socialistes que les gouvernements socialistes eux mêmes . Le janus de l’en même temps mais avec les deux visages tournés vers la gauche, on ne se refait pas.

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