Si partir en peut procurer un sain dépaysement, rentrer chez soi peut faire ressentir un choc qui ramène au pays réel d’une façon bien abrupte.

Le coronavirus nous ayant empêchés d’aller visiter l’empire du Milieu pour cause de cités interdites ou d’aller aérer nos tongs à Galaswinda, à Tataouine ou à Pétaouchnock, nombre d’entre nous sont allés promener leurs guêtres avec bonheur dans la France périphérique, la vraie, la profonde, où l’air fleure bon le foin, la bouse de vache, le fromage de brebis, et où les matins rayonnants sont agrémentés de clarines, de cloches à la volée et de chants de coqs bien matinaux. Aucune chance d’y croiser BHL, tant ce sire à triste mine abhorre la culture du biniou ou de la flammekueche, leur préférant les sons du djembé et les saveurs du poulet mafé.

Le Pays basque – et surtout l’arrière-pays – est une très proche contrée lointaine ; la de la France où rien ne gâche le paysage des marches pyrénéennes. C’est pour eux une fierté et un honneur que de tondre leurs pelouses, de ripoliner leurs volets de couleurs éternelles et d’enduire leurs façades de chaux blanche immaculée. Tout y est de bonne tenue ; les hommes et leurs paysages façonnés. Chasseurs de baleines, pêcheurs de morue et pâtres obstinés. Aux descendants des Vascons, on pardonnera volontiers l’embuscade de Roncevaux, la mort cruelle de Roland et d’Olivier ; cela remonte aux calendes carolingiennes. Il faut savoir tourner la page du parchemin. Dans une Histoire plus récente, ce territoire a su faire cohabiter avec harmonie la préservation de son identité et son appartenance indéfectible à la nation (Jean Lartéguy en est un emblème).

Pour en être convaincu, il suffit d’assister à un tournoi de pelote basque, et plus particulièrement de chistera, ce panier tressé en osier, prolongement culturel, devenu naturel, de leur main. Merveille d’intensité, d’engagement, d’adresse, de bras de fer… Suprême élégance des vêtements et des gestes et, cerise sur le gâteau basque, les points chantés dans leur langue fascinante sur un air austère de chants monacaux. À la fin de la joute et des saluts rituels, une quête auprès du public pour récompenser ces héros de la balle, cette pelota de cuir, de laine serrée et recouverte de peau de chèvre. Quand on assiste à un tel spectacle, on est beaucoup moins réticent à sacrifier au denier du culte.

Les s’achèvent. Il est temps de rentrer dans nos villes de grandes solitudes, ces nouvelles jungles urbaines peuplées de sauvageons armés de machettes, de coutelas, de battes de baseball ; ce nouveau sport à la mode venu d’outre-Atlantique. (C’est pas du Ronsard, c’est de l’amerloque, comme disait Claude Nougaro.) Ce soir, demi-finale de la coupe d’Europe des clubs champions dans une discipline qui s’appelle le « foutchebol » si vous avez la chance de maîtriser l’accent brésilien. Leipzig affronte le Qatari Club (pour ne pas dire le PSG, qui n’est ni plus très saint ni très germain). À l’opposé des joueurs de chistera, de pala ou de cesta punta, les patronymes des mercenaires du ballon rond mondialisé n’ont plus grand-chose à voir avec les terroirs de leurs clubs.

Ont-ils gagné ? Ont-ils perdu ? Comment le savoir sans avoir suivi le combat homérique de ces héros aux petits pieds ? Peu importe le vainqueur, le résultat sera toujours le même : les voitures brûlées, les dégradations et les déferlements élyséens. Il faut bien que jeunesse se passe ? J’oserais proclamer, en hommage à Polyeucte : extradition pour les tueurs de traditions.

Alors, une envie lancinante est en train de faire croître ses métastases dans mon esprit malsain. M’expatrier au Pays basque, rejoindre Vladimir Vladimirovitch à Saint-Pétersbourg ou, soyons fous, fuir au fin fond de la Patagonie pour y retrouver l’âme de Jean Raspail, de Saint-Loup et de Sylvain Tesson… car en Uruguay, au Chili, en Argentine, les peuples de tradition pratiquent encore et pratiqueront toujours l’art de la chistera !

19 août 2020

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