Le catch est un sport que l'on pratique, paraît-il, de plus en plus. Un sport venu d'outre-Atlantique, dont il possède les fondamentaux qui ont fait, sur la surface du globe, le succès de la « culture » américaine : aspect spectaculaire, rodomontades bébêtes, absence totale de second degré, nulle trace de profondeur spirituelle. Le catch est aux arts martiaux ce que la nourriture américaine est à la nourriture. Tout y est faux, lourd, tape-à-l'œil, inutile. Par un curieux phénomène, c'est exactement ce qu'est devenue notre élection présidentielle. Un match de catch où les coups ne sont pas portés, où tout est réglé d'avance, où les chutes et les étranglements ne sont que de la flûte.

C'est aussi un spectacle, assez pénible à voir d'ailleurs. Un spectacle qui emprunte au catch mais avec quelque chose de plus cheap, de plus au rabais. On connaît déjà les stars de cette représentation poussive, en tournée près de chez vous tous les cinq ans, aussi pathétique et vulgaire qu'un mauvais cirque qui aurait planté son chapiteau sur un parking de centre commercial, un mardi de novembre. Approchez, venez voir, le cirque Républico !

Dans cette version Lidl de La Strada, il y a d'abord Emmanuel, le Monsieur Loyal, pourtant si mal nommé, l'illusionniste coquet, l'éborgneur aux mains de velours, charmeur de serpents et hypnotiseur de personnes âgées. Il y a Marine, la danseuse de corde, solidement bâtie et d'une surprenante souplesse, dresseuse de chats et trapéziste avec filet. Ces deux-là sont les stars. Ils ont leur propre roulotte.

Toute une cour des miracles les entoure, qui vient faire son numéro à l'appel de son nom : du côté d'Emmanuel, il y a du monde. On trouve Valérie, la femme-poisson, ventriloque de Jacques Chirac, jadis comédienne sans talent, aujourd'hui bateleuse foraine sans avenir ; Yannick, le géant vert, qui n'a jamais mis de patates que dans des compteurs mais sait jongler avec trois ou quatre pales à la fois. On voit aussi Jean-Luc, le clown. Il parle fort, il est désagréable, mais le public l'aime. Il pense que le cirque, c'est lui, mais il retourne toujours en coulisses après son petit numéro, sans parvenir à détrôner Emmanuel. Phil et Nat, les jumeaux trotskistes, sortent une fois de temps en temps, mais leurs blagues sur les patrons ont mal vieilli et le public ne les applaudit plus. Enfin, Anne, la diseuse de bonne aventure, qui ne se déplace jamais sans ses rats, vient raconter de fausses prophéties à une assistance un peu indifférente. Anne vient d'une longue lignée de romanichels, mais sa s'éteindra avec elle. J'oublie Fabien, Nicolas et les autres, mais leur numéro est sans grand intérêt.

Du côté de Marine, il n'y a qu'Éric, et encore, c'est un nouveau venu. Éric et Marine ne s'entendent pas, mais quand Marine est en danger, Éric lui prête main-forte. On se moque de son physique de suricate, mais personne n'a jamais réussi à le contredire. Il s'est fait une spécialité dans l'affrontement des fauves. Il descend directement dans la cage et, en dépit d'un abord chétif, en ressort à chaque fois la tête haute.

Éric est un nouveau venu dans le cirque. Il sait pourtant que le clou du spectacle est un numéro assez moche qui consiste à humilier Marine. Ça s'appelle « la bête immonde ». Tandis que Marine est sur un trapèze et Emmanuel sur un autre, tous les artistes, qui d'habitude font semblant de se détester, deviennent copains pour essayer de faire tomber Marine. De son œil ondoyant, Emmanuel observe les opérations et Marine se casse immanquablement la figure. Petits et grands applaudissent, et on démonte le chapiteau jusqu'à la prochaine tournée. Cette fois, pourtant, Éric a décidé de soutenir Marine. Cela suffira-t-il ? Et, au fond, ne sommes-nous pas tous lassés de ce méprisable spectacle ? Réponse dans quinze jours.

11 avril 2022

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