Editoriaux - Histoire - Politique - 24 avril 2017

Premier tour de l’élection présidentielle : quel verdict ?

Les urnes ont rendu leur sentence. Les deux qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle seront donc, dans l’ordre, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Avec 23,9 % des suffrages exprimés, pour un peu plus de 8.500.000 voix, le candidat d’En Marche ! est arrivé en tête. Quant à Marine Le Pen, elle bat le record de voix en faveur du Front national. Ils sont quelque 21,4 % des Français à l’avoir plébiscitée, ce qui correspond à environ 7.650.000 personnes (nombre de voix que je vous donnais dans un article de la semaine dernière). Aux places d’honneur, dans un mouchoir de poche, se trouvent François Fillon (19,9 %) et Jean-Luc Mélenchon (19,6 %). Les derniers sondages étaient donc très proches de la vérité. Bye bye Filteris ! Quels enseignements tirer de ce scrutin aussi inédit que particulièrement indécis pendant de longues semaines ?

D’abord, attardons-nous sur le sacrifié de l’élection : Benoît Hamon. Je n’avais pas parié sur un tel effondrement (6,3 %), imaginant le socialiste diversitaire cinquième, autour de 8 à 10 % des suffrages. En Corse, Hamon est battu par… Jean Lassalle ! Délirant. Ce premier tour aura donc été l’occasion d’un enterrement de première classe, celui du Parti socialiste du Programme commun et du congrès d’Épinay. Une formation politique qui aura tenu bon pendant plus de quarante ans, avant de sombrer corps et âme et de retourner à des niveaux jamais atteints depuis la candidature de Gaston Defferre. Le Parti socialiste a été laminé, explosé façon puzzle entre une deuxième gauche socio-libérale incarnée par Emmanuel Macron et une première gauche assumant un socialisme chimiquement pur portée par Jean-Luc Mélenchon. Est-ce à dire qu’il ne pourra jamais rebondir et que François Hollande l’a assassiné, à l’image du sort peu enviable que connut le Parti radical il y a de cela plusieurs décennies ? Réponse aux législatives. Les Français sont capricieux et pourraient continuer à voter socialiste aux élections locales, enfermant Mélenchon dans une logique nationale. Une affaire à suivre…

La droite est absente du second tour pour la première fois de l’histoire de la Ve République. Un échec majeur dont elle devra tirer les conséquences. J’ai parfois lu dans les colonnes des journaux de droite que le centre n’existait pas. Pourtant, François Fillon a réalisé le score des Républicains, dépouillés du centre, aux élections européennes de 2014. La droite strictement conservatrice vaut précisément 20 % dans ce pays, et ça ne date pas d’hier. Cette explication est néanmoins insuffisante. La présence de Nicolas Dupont-Aignan n’aura, par exemple, pas aidé François Fillon, lui ôtant quelques précieux points. Ce dernier, englué dans les affaires pendant trois mois, n’a pas été un bon candidat. Il n’a pas su faire l’unité dans sa famille politique. Après sa défaite, il s’est d’ailleurs empressé de soutenir Emmanuel Macron, plongeant une partie importante de ses militants dans le désarroi. Qui s’en est étonné ? Pas moi, en tout cas.

Assiste-t-on à un mouvement dit « dégagiste », comme le prétendent certains éditorialistes attirés par les expressions nouvelles ? Oui et non. Clairement, les Français ont expulsé méthodiquement tous ceux qui ont dirigé le pays pendant les dix dernières années : Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, François Hollande ou encore Manuel Valls. Mais peut-on dire d’Emmanuel Macron qu’il soit une réelle nouveauté ? Je ne le crois pas. Pas plus que Jean-Luc Mélenchon, à ce propos. Si on regarde bien les cartes électorales, on constate que les grands équilibres politiques du pays ont été peu bouleversés. Comme le disait Balzac : « La France est un pays qui adore changer de gouvernement à condition que ce soit toujours le même. »

En effet, Emmanuel Macron enregistre ses meilleurs résultats dans les places fortes centristes et démocrates-chrétiennes de l’Ouest et dans le pré carré sociétaliste parisien. François Fillon conserve l’électorat du RPR, sans l’UDF. Marine Le Pen marche fort là où le Front national a réalisé ses meilleurs scores historiques. De son côté, Jean-Luc Mélenchon peut s’enorgueillir d’excellents résultats dans les anciens bastions de la première gauche et du PCF (voir, à ce sujet, les sommets marseillais, toulousains et montpelliérains des « Insoumis »). Les Français veulent voir de nouvelles têtes mais répondent depuis toujours, peu ou prou, aux mêmes inconscients politiques et idéologiques.

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