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Armées - Discours - Editoriaux - Médias - Politique - Table - Tribune - 5 juillet 2017

Quand le Premier ministre monte à la tribune, le Président plonge en SNLE

J’ai, à plusieurs reprises, dans ces colonnes, et particulièrement durant les différentes campagnes, évoqué le silence feutré sur la dissuasion nucléaire nationale. Domaine extrêmement réservé, ce sujet est écarté du débat public. Question taboue, dissuasion pérennisée !

Ce début de semaine très dense, phagocyté dans les médias télévisés par le Congrès du Parlement, le discours de politique générale, la mort de Simone Veil et l’affaire Bolle, n’a permis que d’évoquer le programme du Président à L’Île Longue, ce mardi 4 juillet. Mais peu d’en rendre compte. D’ailleurs, comme d’habitude, ce qui accroche en premier lieu les journalistes, ce sont les images et, en l’occurrence, celle d’un Président hélitreuillé. Un Président suspendu à un filin : tout un symbole. Les photos diffusées par les seuls journaux en ligne, aux différents postes (non secret-défense) du sous-marin, sont évidemment celles, exclusives, de la Marine nationale, car il est évident que, pour une fois, les journalistes n’étaient pas conviés à bord…

Visite intime au cœur du vecteur le plus discret de la dissuasion, qui n’a donné lieu à aucun discours de circonstance sur les fondements contemporains de cette mission. Les commentateurs, laconiques et rares, ont rappelé qu’ a souhaité marquer son attachement à la dissuasion nucléaire, “clé de voûte de la sécurité” de la France, en embarquant à bord d’un des sous-marins atomiques de la base de l’Île Longue, près de Brest”.

Le programme du candidat Macron indiquait que les deux outils de la dissuasion seraient pérennisés et modernisés. Le Premier ministre n’a absolument pas évoqué (si j’ai bien écouté ?) ce sujet, s’en tenant à la création d’un service national et d’une nouvelle loi de programmation militaire adoptée en 2018. Espérons que les débats parlementaires sur cette loi et les budgets connexes permettront d’éclairer les citoyens sur les moyens consacrés aux forces stratégiques et les conséquences sur les budgets des forces classiques, qui ont grand besoin d’être modernisées, comme l’ont souligné les différents chefs d’états-majors, à commencer par celui des armées, le général de Villiers.

Mais on attend surtout un discours solennel du Président sur le rôle de la dissuasion, et en particulier les menaces contemporaines qu’elle prétend contenir. La reconfiguration attendue et qu’il souhaite pour la défense européenne et l’évolution du rôle de l’OTAN appellent plus que jamais cette clarification. Une question capitale n’a jamais été abordée, qui devient pourtant essentielle dans ce nouveau contexte, alors que le drapeau de l’Union flotte à tous nos édifices à côté des trois couleurs nationales : le parapluie nucléaire français protège-t-il aussi l’intégrité de nos alliés européens ?

Je doute que la Corée du Nord soit une menace directe pour notre pays ou l’Europe, mais alors quelles velléités hostiles plus prégnantes s’imposent à notre vigilance ? Le secret de nos ennemis réels doit-il être celé ou révélé ? La dissuasion, jeu de poker monstrueux, comporte une véritable volonté d’en user.

Faute d’en annihiler totalement l’effet, l’acteur ultime de la décision (le Président) doit exprimer clairement sa détermination face à la nation !

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