Il me souvient d’avoir connu un proviseur qui réprimandait, à l’entrée du lycée, les garçons qui avaient les cheveux trop longs ou les filles qui portaient une jupe trop courte. Ce n’était pas un vieux ringard, bien au contraire, mais il se ferait aujourd’hui taper sur les doigts. On apprend qu’un lycéen d’Albi s’est vu reprocher de venir en cours maquillé et avec des talons. Et ce n’était pas le jour de Mardi gras. Discrimination insupportable !

L’intéressé l’a fait savoir sur les : « Je n’ai plus le droit de me maquiller, sinon bye bye lycée. » En signe de solidarité, plusieurs de ses condisciples sont venus en cours, également maquillés. Interrogé par L’Obs, le proviseur a donné sa version de l’affaire : suite au signalement de la mère d’une collégienne, qui l’avait croisé à la cantine, le jeune lycéen « a en effet été contacté par le CPE, mais tout simplement pour discuter de ce qui s’était passé. Personne ne l’a jamais menacé de quitter le lycée s’il continuait à se maquiller. [Cet élève] a été accepté dans ce lycée comme il est, et il le sera toujours. »

On comprend la prudence du chef d’établissement : il ne veut sans doute pas créer un scandale, qui se retournerait contre lui, ni susciter l’indignation du , voire une sanction disciplinaire pour traitement discriminatoire. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : pourquoi empêcherait-on un garçon de se maquiller à outrance et de porter talons s’il en ressent le besoin ? Ce serait une atteinte à sa personne et à sa liberté. Si, encore, il s’était déguisé, on pourrait lui dire que ce n’est pas le lieu. Mais, apparemment, il ne s’agit pas d’un déguisement mais de l’expression d’une nature qui se recherche.

Loin de nous l’idée de critiquer l’action du ministère de l’Éducation nationale en matière de lutte contre l’homophobie et la transphobie : la violence, sous toutes ses formes, doit être bannie des établissements scolaires. Mais le Code de l’éducation énonce aussi que l’école doit offrir à tous les conditions d’un climat scolaire serein et un cadre protecteur aux élèves et aux personnels. Les élèves qui pourraient être choqués de voir un garçon prendre volontairement des allures de fille n’ont-ils d’autre recours que de changer d’établissement ? Ou faut-il les rééduquer ?

On conçoit que cet adolescent – à supposer qu’il soit sincère et ne fasse pas du militantisme – éprouve le besoin d’exprimer sa personnalité. Mais, comme l’écrivait Jean Zay, en 1936 – visant, à l’époque, les ligues d’extrême –, « faire de l’école un asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas » suppose que les opinions politiques s’y expriment avec mesure pour ne pas heurter ou violenter les consciences. Ne devrait-il pas en être de même pour les opinions sociétales ?

Pour garantir le respect de tous les élèves, il faut que chacun accepte, à l’intérieur d’une enceinte scolaire, de faire preuve d’une certaine mesure dans la de ce qu’il est et des valeurs auxquelles il croit. C’est vrai dans le domaine politique, religieux et sociétal. Mais, aujourd’hui, on n’a pas le droit d’évoquer ce sujet, encore moins de mettre en cause les conceptions sociétales en vogue sans risquer de se faire accuser de “ convergence idéologique” avec les « terroristes » !

22 février 2019

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