Dans mon établissement, jeudi dernier, nous étions plus de 80 % à faire grève. Mais cette initiale du 5 décembre a vu même des établissements d’ordinaire moins grévistes afficher un taux très élevé. Et, même parmi les non-grévistes (dont certains ne peuvent pas se permettre de perdre une journée de salaire), l’opposition à la réforme par points est bien réelle.

En 2003, en 2010, je n’ai pas fait contre les précédentes réformes, les estimant indispensables en raison de la pyramide des âges et de l’équité avec les salariés du privé. Les efforts, les milliards d’euros d’économie induits par l’allongement de la durée de cotisation, puis le report à 62 ans de l’âge de départ et le système redoutable de la décote, nous les avons faits et nous savons que nos pensions ne ressembleront vraiment pas à celles de nos aînés. Et je passe sur la suppression regrettable des droits des mères de nombreuse.

C’est pourquoi nous ne pouvons accepter que l’État vienne nous dire aujourd’hui : non, on efface tout, on recommence, on met les compteurs à zéro, et on compte… en points ! Une façon de faire sauter le dernier « avantage » laissé aux fonctionnaires : le calcul sur les six derniers mois de salaire. Et donc un laminage supplémentaire de nos pensions, désormais évaluées dans cette nouvelle monnaie de singe inventée par notre banquier-président : le point.

Certes, les régimes spéciaux de la SNCF et de la RATP auraient dû être réformés depuis longtemps, mais faire passer aujourd’hui le régime des fonctionnaires pour l’un de ces régimes spéciaux « privilégiés » relève de la malhonnêteté intellectuelle. Pour rester poli.

Hier, les révélations sur la double vie de M. Delevoye sont venues jeter un trouble supplémentaire : sujet à des amnésies ponctuelles au moment de remplir sa déclaration avant de devenir ministre pour une activité bénévole dans de l’assurance, il a aussi oublié de démissionner, après sa nomination, d’un poste – rémunéré à hauteur de 5.300 € nets par mois pendant deux ans, selon Capital, qui a bien lu sa déclaration – de président d’honneur d’un think tank nommé Parallaxe.

À cette heure, on attend encore une troisième démission de Jean-Paul Delevoye. L’ultime.

Mais outre M. Delevoye, deux autres personnalités de la Macronie devraient finir de convaincre les indécis des bienfaits de cette réforme.

Coté rue, l’inénarrable Alexandre Benalla, toujours là où on ne l’attend pas : « La réforme des retraites, c’est suppression des privilèges, et système plus égalitaire, mais certains refusent de lâcher leurs avantages, et la redistribution, ceux qui contestent cette réforme sont égoïstes et sectaires ! » Alexandre Benalla, les passe-droits et les privilèges, ça lui parle. D’ici qu’il redescende dans la rue pour calmer ces « égoïstes » et ces sectaires…

Et puis, côté salon, le député européen macroniste Bernard Guetta, pour sa petite chronique diplomatique de que je n’écoute plus depuis vingt ans, a reçu pendant vingt-sept ans un salaire net annuel de 94.500 euros, selon la déclaration d’intérêts qu’il a dû récemment transmettre à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en raison de son élection comme député européen. Précisons que ce n’était qu’un salaire d’appoint. Euh, ça lui vaudra combien de points, à Bernard Guetta, les cotisations sur ses petites bafouilles matinales ?

Vous parliez d’un régime très spécial de privilégiés ?

10 décembre 2019

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