Editoriaux - Santé - Social - 10 décembre 2019

« Pacte pour la refondation des urgences » : les médecins généralistes en colère eux aussi !

La contestation n’est pas que dans la rue. À l’appel des syndicats médicaux, les médecins libéraux devraient fermer leur cabinet les samedis matin à partir du 14 décembre pour une durée indéterminée afin de protester contre les mesures qu’envisage de prendre le ministre de la , qui désire s’appuyer sur eux pour soulager les services hospitaliers sans pour autant leur donner les moyens d’assumer ce surcroît de travail.

De nombreux cabinets de médecins généralistes étaient déjà fermés le samedi matin, cette consigne syndicale sera donc sûrement largement suivie !

Il y a environ trois mois, le ministre de la Santé a présenté un Pacte pour la refondation des urgences pour que les petites urgences soient traitées par les cabinets des médecins libéraux en ville afin d’améliorer la prise en charge de tous ces soins non programmés.

Ce Pacte pour la refondation des urgences se décline en 12 mesures. Mais, mises à part quelques mesures concrètes, comme intégrer la télémédecine dans tous les SAMU, les autres mesures énoncées relèvent davantage de vœux pieux que d’amorces de solutions concrètes.

La mesure phare de cette « réforme » consiste à mettre en place, dans tous les territoires, un service distant universel appelé Service d’accès aux soins pour répondre, à toute heure, à la demande de soins des Français (joignable en ligne ou par téléphone 24h/24), sorte de super 15 qui devra, selon ses concepteurs, désengorger les services d’urgences en orientant les patients vers une consultation en ville si leur état de santé le permet.

L’intention est louable, mais cela n’est possible que si les structures d’accueil existent ! Ce qui n’est pas le cas.

La mesure numéro 2 de ce Pacte de refondation des urgences qui veut précisément « renforcer l’offre de consultation médicale sans rendez-vous en cabinet, maison ou centre de santé » ne pourra être efficace que si on donne aux professionnels de santé les moyens d’agir dans ce sens.

Mais, comme le soulignent les syndicats médicaux, « cette responsabilité nouvelle est d’autant plus difficile à assumer que les médecins généralistes sont de moins en moins nombreux et que la répartition territoriale n’est pas homogène » car les conditions de la réussite de ce plan ne sont pas seulement financières et il ne suffira pas de proposer des primes aux médecins qui accepteraient d’être disponibles sur certains créneaux horaires pour espérer résoudre le problème. Leur nombre ayant déjà considérablement diminué, ils sont tous « surbookés ».

Les soins non programmés et les petites urgences qui ne nécessitent pas l’infrastructure hospitalière ne pourront véritablement être pris en charge en dehors de l’hôpital que par des structures dédiées à ce type de consultations, comme l’ont déjà réalisées « SOS Médecins » ou d’autres associations dans certaines villes. Mais ce qui semble évident pour tous les acteurs du terrain ne l’est pas pour ceux qui ont en charge d’élaborer notre futur !

Hélas, il ne semble pas que ce type de réalisation concrète soit dans les objectifs du gouvernement, qui préfère rester sur des déclarations d’intention, ou dans le flou artistique, comme par exemple la dernière mesure de ce pacte qui veut « fluidifier l’aval des urgences grâce a l’engagement de tous en faveur de l’accueil des hospitalisations non programmées » (sic).

À l’évidence, les rédacteurs et les rapporteurs de ce projet vivent dans une bulle, bien loin de la réalité quotidienne des malades et des médecins.

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