Pourquoi Boris Johnson, qui a gagné une bataille, est prêt pour la guerre des urnes

Que des journalistes ou des chroniqueurs fatigués puissent voir de l’atermoiement dans le parcours de BoJo depuis cet été relève de la mauvaise foi ou du discours militant anglophobe. Depuis qu’il a été nommé Premier ministre, il n’a jamais varié, ni sur le Brexit, ni sur la nécessité de provoquer de nouvelles élections. Boris Johnson, « incroyablement frustré » par ce report, est néanmoins parvenu à ses fins en usant de toutes les possibilités que lui offrait le droit constitutionnel et parlementaire britannique.

En tant que nouveau chef des Tories, Boris Johnson, nommé Premier ministre par la reine, succéda à Theresa May et trois années d’impasse. Ses opposants au Parlement lui infligeant un nouveau délai alors qu’il venait d’arracher un accord aux Européens, loin d’être velléitaire, il a aussitôt retiré du vote l’accord qui venait d’être approuvé dans son principe afin qu’il ne soit pas amendé et dénaturé.

Quant au peuple qui a voté le Brexit, il n’a pas varié non plus, il s’est juste un peu renforcé, et le grand quotidien The Daily Telegraph y reste favorable, ainsi que la plupart des tabloïds. L’autre camp non plus ne varie pas, The Times, The Gardian ou Financial Times y sont toujours opposés.

Si Jean Quatremer, de Libération, se lasse, c’est parce qu’il ne vit pas à Londres mais à Bruxelles, au milieu des eurocrates dans une ambiance fin de règne, délétère.

C’est d’ailleurs de Bruxelles, où persiste l’ombre du sourire d’un jeune correspondant talentueux du Telegraph, que nous viennent tous les propos piteux d’un personnel complètement dépité. Sa voix de stentor (“What’s the story today, Jean?”) résonne encore dans la tête du journaliste de Libé qui devait pâlir d’envie devant ce type brillant au style un peu dépenaillé, toujours à l’affût de LA bonne histoire, quitte à bidonner, qu’on surprenait lisant dans le texte un auteur grec ancien ou lançant à la cantonade une question en latin à propos d’une directive « visant à imposer les noms latins des poissons pour faciliter la politique commune de la pêche ».

Celui que son confrère traite maintenant de « bouffon » était un bon camarade, bon vivant, toujours prêt à donner un coup de main, et sera même un bon biographe de Churchill, concède-t-il. Alors, d’où vient cette haine ?

La scène primitive se passe le 16 juin 1998 à Cardiff. Le Conseil européen clôturant la présidence britannique vient de se terminer et « le Premier ministre Tony Blair donne sa conférence de presse. Le jeune rédacteur en chef adjoint du Telegraph, Boris Johnson, prend la parole et se lance dans une longue tirade qui est davantage un éditorial qu’une question. Blair, qui a fréquenté les mêmes écoles (prestigieuses) que Johnson, ironise : “Boris, vous devriez être Premier ministre !” »

La différence entre la France et l’Angleterre, c’est qu’outre-Manche, l’offre de presse est aussi large à droite qu’à gauche, qu’elle tire à 1.560.000 pour un tabloïd comme le Sun (pro-Brexit), 478.000 pour le Telegraph, 450.000 pour le Times (par comparaison, 314.000 pour Le Figaro) et que la liberté d’expression y est un acquis ancestral.

Les élections anticipées auront lieu jeudi 12 décembre. La campagne sera monstrueuse. Deux récits vont s’opposer, “Get Brexit done” contre “Don’t trust Johnson”, avec Nigel Farage en embuscade qui propose une alliance au prix d’un Brexit sans accord. « J’aimerais vous voir vous mettre ensemble », [Boris et vous] a lancé Trump au téléphone, sur radio LCB, interviewé par Nigel Farage, « je pense que ce serait formidable ».

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