Editoriaux - Politique - Réflexions - 2 novembre 2019

Le macronisme, doctrine du suivisme par anticipation

Dans un récent entretien accordé à Valeurs Actuelles, le président Macron a invoqué publiquement la difficulté de gérer une « France archipel », récupérant au passage la popularité de l’ouvrage éponyme à succès de Jérôme Fourquet. Si c’est pour s’en tenir à reconnaître ce que chacun constate au quotidien, c’est un peu court et on en attend bien davantage. On peut d’ailleurs se demander quel est le sens et l’avenir d’une « nation multiple et divisée », tant la contradiction dans les termes est flagrante. Mais cet aveu d’impuissance cache une incapacité plus grave.

Laborantin politique, Emmanuel Macron, soutenu et conseillé par de puissants et discrets lobbies mondialistes, relayé par des épigones et des lucioles opportunistes de tous bords, a inauguré une nouvelle doctrine politique de “suivisme par anticipation”. Sa méthode consiste à observer ce qui se passe et à se déterminer au moment opportun sur tous sujets en fonction du vent porteur qui se lève, sans jamais avoir à trancher.

A l’inverse du principe « diviser pour régner », il s’agit là de coaguler les minorités pour s’imposer en rassembleur, tout en laissant les courants dominants se confronter, pour s’imposer comme solution alternative. Or, on ne crée pas une nation avec des minorités. Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville nous ont décrit au XIXe siècle la tyrannie de la majorité comme conséquence indésirable de la démocratie. Il nous faut maintenant affronter la tyrannie des minorités.

La fameuse expression « en même temps » que beaucoup déplorent, révèle une stratégie de communication bien rodée mais lassante car improductive, finalement contreproductive. Entre prudentes non-prises de position et prises affirmées de non-positions, selon le contexte et la détermination de ses interlocuteurs, à vouloir séduire chacun il déçoit et exaspère tout le monde. L’attitude affichée de recul et de hauteur masque mal l’absence de “plan B” de société.

Car de deux choses l’une. Soit Macron le savait déjà quand il s’est lancé dans la dernière corrida présidentielle avec un succès inattendu au terme du lynchage médiatico-judiciaire de son principal concurrent alors en tête, et alors il aurait dû préparer un projet de société en privilégiant la stabilité et la conservation des fondamentaux. Soit il ne le savait pas, coupé du monde réel dans sa bulle merveilleuse de “happy few“, et il devrait moralement reconnaître son incapacité à relever le défi. Dans les deux cas, on ne va pas le plaindre d’avoir réussi un holdup électoral en exploitant le suicide politique, orchestré, de son concurrent.

Mais la question est de savoir si Macron est capable de ressouder la nation française et de la guider vers un modèle nouveau et soutenable de société. Vide de projet sociétal, sa “politique de la culture brûlée” montre qu’il n’en a pas la vision, ni l’envergure. Or, il suffit d’une génération déracinée pour rompre le fil continu d’une civilisation pérennisée par la transmission contiguë des savoirs et des valeurs. C’est ce sur quoi comptent les islamistes, qui préparent leurs bataillons d’enfants endoctrinés à prendre la relève. L’expérience de nombreuses guerres civiles montre que la bombe démographique à retardement est un investissement sur le long terme, à fort taux de rendement garanti.

Fort de son aplomb de débutant, Macron sait par Cocteau que “le talent de l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin”. Il en applique une deuxième maxime: “Ces choses-là nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs”. Ça ne suffira pas et les urnes devront vite parler en conséquence.

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