Pour les sénateurs, « y’a bon » le glyphosate…

C’est joli, Majorque. Un bout d’Espagne à nos portes. Ici, des usines à touristes, côte bétonnée de cages à lapins, embouteillages (même au printemps) et marchands du temple qui déversent à la tonne de la bimbeloterie chinoise pour les croisiéristes : un bateau qui entre au port, ce sont 4.000 acheteurs qui s’égayent dans les rues. À fuir. Là, les villas dans la campagne, au pied des vieilles pierres ocre des églises fortifiées et des enceintes crénelées où l’on croit encore deviner le bruit de la bataille…

Et puis, il y a la plaine, la grande plaine agricole entre les deux barres rocheuses qui, de part et d’autre de l’île, plongent dans la Méditerranée. On y traverse des villes faites de coopératives agricoles et de banques du même métal. Là, les rues sont pavoisées de banderoles pour les prochaines élections européennes, avec partout cette incitation : votez ! Subvention, quand tu nous tiens…

C’est un paysage hors du temps que ces terres hérissées de moulins. On pense à Don Quichotte… De vieilles tours, une au bout de chaque champ contre le muret de pierres sèches, qui avec ses ailes, qui coiffée du bras articulé de la modernité : ce sont des pompes à eau. La nappe phréatique est juste là, à portée de puisards et de godets.

Le paradis ? Peut-être… à moins que vous ne vous risquiez à boire l’eau du robinet. Turista garantie. Car si Cervantes a fait de Sancho Panza un obsédé de la nourriture, c’est l’eau qui pose là-bas problème, non qu’elle manque mais parce qu’elle est irrémédiablement polluée.

Ce petit récit de voyage n’a qu’une vertu : la saisissante illustration de notre schizophrénie.

Apothéose du « et en même temps » : le tourisme de masse ET ses déchets ; l’agriculture intensive ET sa chimie outrancière ; les écolos ET l’économie du business agricole…

Le drame est qu’on ne peut plus aborder ces sujets sans sombrer dans la polémique et le manichéisme : pour ou contre le glyphosate, Monsanto au poteau, les écolos au milieu.

Vous y comprenez quelque chose ? Moi non. Je ne suis pas chimiste, pas agrochimiste, pas scientifique, pas experte, pas politique non plus, en tout cas, pas élue et donc pas tentée par le clientélisme des uns ou des autres. Il n’empêche : la guerre du glyphosate fait rage autour de nous et il y a fort à parier que le rapport d’information qui sera publié, jeudi, par le Sénat va encore faire monter la pression.

Pierre Médevielle, sénateur UDI de Haute-Garonne qui est, avec Cédric Villani, le vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), s’apprête en effet à rendre publiques les conclusions de son enquête sur le glyphosate. Et c’est sûr qu’elles vont déplaire.

Les parlementaires concluent, en effet, que cet herbicide, le plus répandu au monde, classé en mars 2015 « cancérogène probable » par l’OMS, ne le serait pas tant que ça. En fait, on n’en sait rien, disent-ils, balayant du coup le vieil adage qui voudrait que, dans le doute, on s’abstienne. Autre argument, très spécieux celui-là : il y a pire. « Des substances utilisées aujourd’hui en viticulture me gênent beaucoup plus que le glyphosate. On a sur elles des études de toxicologie bien précises, et qui sont beaucoup plus dangereuses », confie ainsi le sénateur Médevielle à La Dépêche. Enfin, dit-il, « un pays qui ne fait plus confiance à ses scientifiques est un pays qui n’avance plus. Nous sommes aujourd’hui dans un climat d’hystérie collective qui voudrait que l’on supprime tous les pesticides. Mais attention, […] si l’on vide la trousse à pharmacie, on revient aux grandes famines du Moyen Âge. »

Donc, nous dit le sénateur, il faut choisir entre s’empoisonner ou mourir de faim.

Si j’ai un avis sur Monsanto, je n’en ai pas sur le glyphosate. J’ai juste le cœur serré de ne plus entendre chanter les oiseaux, je regrette tous ces insectes qui bourdonnaient pendant les siestes de mon enfance et les papillons qui voletaient au jardin. La campagne est devenue bien triste…

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