Les agriculteurs victimes de la canicule et de l’aide légère du ministère

La Coordination Rurale juge insuffisantes les mesures annoncées par le gouvernement.
@Randy Fath-Unsplash
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La canicule qui s’est abattue, la semaine dernière, sur le pays n’a épargné personne, mais certains, parce qu’ils travaillent la terre et qu’ils sont en cela soumis aux aléas de la météo, pourraient bien en subir, longtemps encore, les conséquences, notamment le monde agricole. Mais si la vague de chaleur a surpris, cette année, par sa précocité et sa soudaineté, le problème de la sécheresse et de la gestion de l’eau n’est pas nouveau pour les agriculteurs. La Coordination rurale, qui juge insuffisantes les mesures gouvernementales annoncées par le ministère le 23 juin, « appelle donc à une réforme ambitieuse de la politique de l'eau en faveur de l'agriculture afin de préparer l'avenir, en conciliant la gestion des sécheresses estivales et l'anticipation des épisodes de fortes précipitations et d'inondations ».

Les cultures grillent sur pied

Contacté par Boulevard Voltaire, François Walraet, agriculteur dans l’Allier et secrétaire général de la Coordination rurale, raconte avoir, « chaque matin, l’impression de voir se lever une sorte d’astre céleste venu tout brûler, faire table rase ». C’est simple, raconte-t-il, « ses cultures sont en train de griller sur pied : le blé est en train de finir de griller, les grains ne seront pas correctement remplis et le maïs est en train de dessécher parce qu’on n’est pas équipé en irrigation pour faire face à de telles vagues de chaleur, à de telles températures pendant si longtemps ». Alors, explique-t-il, « ceux qui font des cultures, des céréales, arrosent ce qu'ils peuvent pour essayer de sauver les meubles et il y en a qui récoltent parce que, d'un coup, l'orge et le blé pour certains ou le colza sont arrivés à maturité et, donc, ils se sont précipités pour le récolter, sachant que compte tenu du risque incendie dans beaucoup de départements, il est interdit de récolter pendant la journée ». Ce qui pose encore un nouveau problème : si les récoltes doivent se faire entre 19 et 3 heures du matin, quid de l’inspection du travail et des salariés soumis à de tels horaires ?

Manque de politique ambitieuse de gestion de l'eau

Manque d’anticipation et réponse gouvernementale plus que légère, il faut reconnaître que personne ne s’attendait à une telle canicule si tôt dans l’année mais, explique François Walraet, la question de l’irrigation n’est pas nouvelle et chaque année, explique-t-il, c’est justement quand les agriculteurs en ont le plus besoin que les préfets prennent des arrêtés de restrictions de l’eau : « C'est une situation totalement incongrue où finalement c'est exactement quand on en a besoin qu'on nous interdit de l'utiliser et ça fait plusieurs années qu'on le dénonce. Et cette année encore, alors qu'on est en canicule et que les cultures sont en train de griller sur pied, et dès le mois de juin, commence à arriver des arrêtés de restrictions d'utilisation de l'eau. » Ce que déplore le secrétaire général de la CR, c’est le manque de politique ambitieuse de gestion de l’eau, rappelant qu’« il y a quatre mois au mois de février, on était inondé de partout, en France. De l'eau, il en est tombé à ne plus savoir qu'en faire. Et toute cette eau, elle est dans la mer, maintenant. » Ainsi, il constate avec amertume qu’« on sait pas gérer l'eau en France alors qu’on pourrait faire en sorte de ne pas avoir ces restrictions d'utilisation de l'eau pour l'irrigation agricole ».

Une question de priorité

Pour lui, c’est une question de priorité, « si on pense que l'agriculture, c'est stratégique. Si on pense que nourrir sa population, c'est important. Si on pense que c'est important de maintenir un maillon agricole qui structure aussi tout le milieu rural, il faut mettre les moyens, il faut prendre les mesures qui s'imposent et, dans un contexte de changement climatique, il faut une vraie politique ambitieuse de stockage et de gestion de l'eau, il faut avoir le courage de le faire et de mener cette politique indispensable », explique-t-il à BV, en ajoutant que si la gestion de l’eau n’est pas suffisante, elle est néanmoins essentielle pour l’avenir de l’agriculture française.

Manque de réponse rapide

D’autant que le problème de l’eau n’est pas le seul, même s’il a de graves conséquences sur les cultures et sur les animaux. Des animaux qui, d’ailleurs, souffrent eux aussi de la chaleur, auxquels il faut apporter de l’eau pour compenser l'assèchement des cours d’eau ou bien les nourrir en puisant dans les récoltes faites en prévision de l’hiver. Et cela ne règle pas tous les problèmes : « Des poulets tombent comme des mouches », raconte François Walraet, ou encore des veaux à peine nés qui meurent, faute de pouvoir réguler leur température et les problèmes sanitaires qui en découlent avec des services d’équarrissage surchargés. Là encore, « c’est pareil, il faudrait une réponse rapide [du gouvernement] », répète François Walraet : « Est-ce que dans l'urgence, on a le droit d'enterrer les animaux morts ? Est-ce qu'on a le droit de faire une espèce de fosse commune pour les mettre […] voilà, on a besoin de réponse. »

Une réunion de crise bien insuffisante

Lundi dernier, le ministère de l’Agriculture a organisé une réunion de crise mais, bien qu’ils aient fait remonter tous leurs problèmes, l’accompagnement du gouvernement est bien insuffisant, jugent la Coordination rurale et son secrétaire général : « La seule réponse qui est redescendue le lendemain, c'était qu’il y avait deux points : la suspension des contrôles administratifs dans les exploitations qui étaient en vigilance rouge canicule. Et puis demander aux préfets d'autoriser, dans leur département, la fauche des jachères pour faire du foin pour les animaux […] Sauf que prendre la décision de faucher les jachères maintenant alors que l'herbe est grillée, c'est trop tard, ça n'a plus de valeur. Il aurait fallu le faire il y a déjà plusieurs semaines. Le problème, c'est que ça fait des années que, finalement, on demande tous les ans à ce que les jachères soient autorisées à être fauchées et valorisées… »

En bref, une fois encore, l’agriculture est victime de politiques à la petite semaine. Or, comme le disait Émile de Girardin, « gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte ».

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Avec ses compétences, il devrait se présenter à l’élection présidentielle le ministre de l’agriculture ! Il serait sûr d’être élu. Regardez Macron en 2022, il avait tout raté et…

  2. Moi j’en ai assez aussi des agriculteurs. Ils se plaignent à juste raison mais dès que les incompétents au pouvoir leur font miroiter une éclaircie à l’horizon, ils rebroussent chemin donc des naïfs!

  3. Pour mon métier, j’ai habité la Corse pendant quatre ans. La Corse est une montagne au milieu de la mer, il pleut énormément d’octobre à avril. Aucune retenue d’eau ni barrage n’ont été construits depuis des lustres. Dès le mois de juin, au débarquement des « continentaux », les pinsuti friqués, l’urgence du remplissage des piscines, avec la mer à cinq minutes… faisait que l’alimentation en eau des maisons était interrompue chaque jour. Nous habitions Porto Vecchio. Je ne crois pas que ça ait changé depuis. Pour ce qui est du « continent », ce que l’on appelle canicule se nommait sécheresse du temps où l’on attachait de l’importance aux Paysans et personne ne paniquait… Le bon sens rayonnait. Il faut continuer à bétonner et à couper et brûler les arbres … Faisons confiance à « l’intelligence artificielle » puisqu’on vous le dit… Philippe Decousset

    • Philippe Decousset. Vous voudriez nous faire croire qu’à cause des satanées piscines de ces « pinzuti friqués », les pauvres jeunes filles corses sont, telles de malheureuses Cosette, obligées de parcourir de sombres chemins seau à la main pour aller puiser l’eau de la soupe dans une mare ?

  4. C’est curieux, ça, des agriculteurs victimes de la nature, si perturbée soit-elle. Le plus souvent des cours de bourse et des matières premières et particulièrement des réglementations bruxelloises

  5. Sauf que ceux qui courent à leur perte ,ce n’est pas les « sachants de salons » qui pondent depuis trop longtemps ces inepties

  6. Et nous, nous sommes en train de mourir sous les réglementations idiotes, permis et interdits, inventées par des in-con-pétants. Laissez les gens vivre et travailler! Retrouvons notre LIBERTÉ. F R E X I T ! ! !

  7. L’agriculture est victime de politiques à la petite semaine imposées par des citadins, énarques de surcroît.

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