« L’exactitude est la politesse des rois », aurait dit Louis XVIII. Et, ajoutait André Maurois, « le retard, la politesse des artistes ». Lundi soir, les artistes-députés de la majorité se sont offert le luxe d’arriver en retard à la séance plénière prévue en soirée. Motif : le roi-président les avait conviés au pince-fesses traditionnel de fin de session parlementaire organisé dans les jardins du ministère des Relations avec le Parlement.

Pourquoi se gêner, me direz-vous, lorsque avec les supplétifs du MoDem et d’Agir, on a la majorité absolue à l’Assemblée nationale ! La séance a donc commencé avec un hémicycle quasi vide sur les bancs de la majorité qui, donc, buvait religieusement les paroles présidentielles. C’est ce qu’on doit appeler le respect du Parlement. Il est vrai que cette séance de vesprée bien tassée (21 h 30) abordait un sujet de rien du tout, une broutille : la loi Bioéthique. Ainsi, la majorité s’est offert un double luxe, comme on s’offre un double scotch : mettre à l’ordre du jour en cette fin de session un projet de loi qui engage notre société sans doute pour des générations, notamment avec l’autorisation de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, alors qu’il y a sans doute d’autres sujets autrement plus urgents, et, en même temps, faire poireauter l’opposition pendant qu’on grignote des petits fours dans un coquetel pour happy few. Vous me direz que ce sera toujours du temps en moins à débattre, et comme l’affaire est déjà entendue…

Et puis il était tellement important d’écouter les paroles prophétiques et galvanisantes du Président ! « Nous avons devant nous 600 jours. » Un peu moins, maintenant, parce qu’on y était déjà le 14 juillet, pour ceux qui feraient des croix sur le mur de leur chambre ou de leur cuisine. Un « J’ai besoin de vous », année de Gaulle oblige, faisant écho, en moins élégant, au célèbre « Françaises, Français, aidez-moi » lancé après le putsch des généraux en 1961. Macron a besoin des parlementaires. Reste à savoir si les Français auront envie de lui en 2022, pour rester dans les références culturelles solides. « Notre agenda est complet. » Tellement complet que tout se percute un peu. Au point qu’on est obligé de prendre sur le temps de travail parlementaire pour boire un coup. Puis, magnifique lapalissade, « Nous aurons besoin [encore !] de résultats concrets pour que ce sur quoi [Ouh, que ce « que ce sur quoi » est laid !] nous nous sommes engagés devienne réalité. » C’est un peu le principe d’un engagement. Et de poursuivre : « J’ai besoin […] de ne rien perdre de cette ambition » de 2017. On a envie de lui dire que ses besoins personnels, on s’en moque un peu. Bref, un discours qui ne casse pas trois pattes à un canard cul-de-jatte, tant sur le fond que sur la forme.

L’opposition hurle au mépris du débat parlementaire, mais on pourrait parler tout simplement de mépris pour les parlementaires en servant à ceux de la majorité un discours largement en dessous du niveau d’une allocution de sous-préfet à l’inauguration d’une salle polyvalente. Faut reconnaître que le fameux « Qu’ils viennent me chercher », à la haute époque « benallesque », avait une autre gueule. Que la gueule…

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