Editoriaux - 3 avril 2018

Port d’armes dans les lieux privés : selon l’humeur du vigile ou de son employeur

Depuis les attentats de 2015, les forces de l’ordre sont autorisées à porter leurs armes en dehors des heures de service. L’affaire semblait donc entendue. Qu’il soit en vacances, en train de danser la lambada ou au rayon surgelés d’un supermarché, le policier pouvait intervenir en cas d’incident grave, grâce au pistolet qu’il avait pris soin de garder à sa ceinture. Sauf que… pas tout à fait. Dans son édition du 2 avril, Le Figaro révèle que cette autorisation se limite aux lieux publics. Désolé, messieurs-dames, les salles de concerts, supermarchés, centres commerciaux et autres stades sont exclus de la mesure puisque lieux privés. Circulez, y a rien à voir, on dépose son arme… ou on la garde… au bon vouloir de la direction ou de l’humeur du vigile.

Toujours d’après Le Figaro, plusieurs gendarmes, policiers et même un super-flic de l’escorte rapprochée du ministre de l’Intérieur se sont vus refuser les entrées des établissements précités pour cause de révolver. Gérard Collomb en serait donc réduit à faire ses courses accompagné d’un garde du corps qui ne peut riposter que par un lancer de courgette sur l’agresseur. Ou de concombre, selon la saison… et les promotions.

“Bien sûr, qu’on peut faire changer la loi, c’est une question de volonté, mais l’amendement que j’avais proposé le 30 janvier 2017, pour conférer aux policier et gendarmes un droit à être armé en tout lieu accueillant du public a été écarté du projet relatif à la sécurité publique” affirme l’ex-député Georges Fenech. Il faut laisser sa chance à l’islamiste. D’abord, les lieux dits publics. Ensuite, les lieux privés. À plus ou moins longue échéance, équiper les caissières de lance-roquettes puis, après quelques nouvelles attaques, mettre à disposition de la clientèle des Caddie® blindés munis d’un canon de 75. Les idéologues du « vivre ensemble » n’ont pas précisé s’il s’agissait d’un « ensemble » côte à côte ou face à face. Mais nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, la question cruciale est de parvenir à réveiller Gérard Collomb. Sur ce point, les enquêteurs du Figaro ne sont parvenus à aucun résultat. Pétard de 14 Juillet, sac Carrefour qui explose, seau d’eau : rien n’y a fait.

D’après Patrice Ribeiro, patron du syndicat de police Synergie-officiers, “le ministre a promis d’étudier la question”. En cas de réveil… “Sujet bien considéré par Beauvau”, est-il précisé dans l’entourage du dormeur. Nous voilà rassurés. On considère. L’effort est considérable. Au-delà serait inhumain. À moins d’une crise de somnambulisme aiguë qui verrait le somnolent se saisir d’un stylo pour changer la loi, toute extension du port d’armes aux lieux privés ne semble pas, pour l’instant, d’actualité. La mesure est laissée au hasard des états d’âme de tel ou tel. Le plan Vigiroulette. Faites vos jeux… rien ne va plus. Du tout.

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