[POINT DE VUE] Piratage de données de la DGFiP : faire confiance à l’État ?

C'est toute votre vie qui peut devenir un enfer.

Vous ne gagnez jamais au Loto ou à l'EuroMillions, ce n'est pas grave, vous pouvez vous consoler en faisant partie de ceux qui viennent de recevoir le courriel de la Direction générale des finances publiques faisant suite au piratage de ses données intitulé : « Consultation illégitime de vos informations fiscales ». Une belle performance des communicants maison. Pour preuve ce mail reçu par une victime...

« Concerné par cet acte de malveillance »

« Mercredi 12 août 2026, un acteur malveillant a revendiqué avoir eu accès, en juin et juillet derniers, à des données du système d'information de la DGFiP, en utilisant les identifiants usurpés d'un agent de la DGFiP combinés à ceux d'un tiers habilité par la DGFiP. » Phrase qui livre trois informations aussi capitales que liminaires.

De prime abord, on pourrait croire à un farceur désireux de répandre une « fake news ». Ou qu'un agent de la DGFiP a été naïf, imprudent ou complice, et on espère qu'il sera identifié et sanctionné (probablement par une mutation-promotion, habituelle dans ce monde-là). Et, enfin, qu'un tiers parfaitement inconnu de vous – dont on se demande où il est basé – est derrière le rideau quand vous discutez de vos petites affaires avec le fisc. Mais rassurez-vous, il est « habilité ». Pour longtemps encore ?

Heureux élu, « vous recevez ce message car vous êtes concerné(e) par cet acte de malveillance ». Poursuivons. « Quelles sont les données susceptibles d'avoir été consultées ? » Seulement consultées, pas siphonnées, pas vendues ? Et pourquoi seulement « susceptibles d'avoir été consultées », puisqu'on vient de vous dire que vous ÉTIEZ concernés ?

Mais n'ergotons pas. Ces données sont « votre identifiant fiscal, votre état civil, vos coordonnées (postales, téléphoniques et électroniques), votre situation fiscale (situation de famille, nombre de personnes à charge, nombre de parts, revenu fiscal de référence, taux de prélèvement à la source) et la liste des messages que vous avez échangés avec la DGFiP par la messagerie d’impots.gouv.fr ».

Etre vigilant... et ?

Tranquillisez-vous, « vos déclarations et vos avis d’impôts n’ont pas été consultés ». Le hacker ne pourra donc pas savoir que vous avez cotisé à l'Association des gratteurs de chiens du VIe arrondissement, mais il connaîtra vos revenu fiscal de référence et taux de prélèvement à la source, sans doute plus captivants pour les acheteurs d'informations...

Comment savoir si vous avez été victime ? C'est simple : « Il est aussi recommandé d’être vigilant(e) et de consulter régulièrement les mouvements sur vos comptes bancaires ». Effectivement, le moyen est imparable, et ce n'était que votre première chance au grattage.

Parce qu'au tirage, c'est toute votre vie qui peut devenir un enfer : « Plus marginalement [j'adore !], vous pourriez faire l’objet de tentatives d’usurpation d’identité, pour lesquelles les acteurs malveillants devraient également être en possession de la copie de vos papiers d’identité ou se les procurer par un autre moyen. » Et là, le « malveillant » (qu'en termes galants ces choses-là sont dites...) peut commettre tous les délits en votre nom et vous mettrez des années à convaincre qu'il n'est pas vous !

Avec l'État, il faut avoir la même foi qu'envers le serpent Kaa du Livre de la jungle : « Aie confiance, crois en moi. »

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Richard Hanlet
Médecin en retraite, expert honoraire près la Cour d'appel de Versailles

Vos commentaires

48 commentaires

  1. Il en existe des solutions de double authentification
    Trust Builder
    Microsoft Authenticator
    L’utilisation d’une empreinte digitale
    La reconnaissance faciale
    Voire une combinaison de cela, en plus de l’identifiant et du mot de passe.
    Il n’y avait pas de VPN non plus, hors site ?…

  2. Sans oublier FICOBA en février 2026…

    Le fichier national des comptes bancaires (FICOBA) a été la cible d’un piratage massif ayant exposé les données de 1,2 million de comptes bancaires. L’intrusion a été détectée en février 2026 par la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) après qu’un cybercriminel a réussi à usurper les identifiants de connexion d’un fonctionnaire. Cette fuite représente moins de 1 % de l’ensemble des données centralisées par le fichier.

    Ça commence à faire beaucoup trop…

  3. Quelquechose m’échappe. Moi j’ai déjà reçu le 10 mars une lettre suite à un piratage de la DGFiP. Données « consultées » : état civil, adresse, coordonnées bancaires ! Le conseil, effectivement : surveiller ses comptes ! En juin et juillet ce sont donc de nouvelles attaques. Donc rien n’a été fait de mars à juin.

  4. On ne fait plus confiance à l’état et ça depuis de nombreuses années! Pour nous taxer ils savent faire mais pour reverser un peu d’argent, c’est la croix et la bannière. Nos présidents me font penser à des présidents de pays étrangers miraculeusement élus en France pour ne pas servir la France et les français… l’État est mort, il faut tout rebâtir et on ne comptera que sur le RN pour le faire et les autres partis aux oubliettes de l’histoire!

  5. Vu à la une du Canard enchaîné un jeu de mots que j’ai apprécié : « Macron redresse le moral des fonctionnaires du fisc : C’est moi qui ai fait les pires ratages ! » C’est bien trouvé sans doute pcq c’est tellement vrai.

  6. Faire confiance en l’Etat ? La question m’aurait été posée avant 2020, j’aurais sans doute dit que oui, encore un peu. Depuis le covid, je n’ai plus confiance en grand monde, surtout pas en l’Etat et pas plus en mes concitoyens. Plus les français en demanderont à l’Etat, plus ce dernier les pillera. Je pense que peu de gens l’on comprit. Il est vrai qu’il est plus facile de quémander à l’Etat que de se remettre en question quant à la valeur travail qui, en France, à très mauvaise cote. Alors le niveau de vie continuera à baisser et l’épargne avec.

  7. Rendre obligatoire l’utilisation de la carte d’identité biométrique a puce.
    La seule qui permet de lier une identité a une empreinte digitale.
    En utilisant une application sur un smartphone ou un logiciel associé a un lecteur d’empreintes.
    Quand aux impôts, on voit l’amateurisme.
    Des agents qui utilisent un identifiant et un mot de passe.
    Un processus désuet.
    Alors qu’il y a des méthodes plus robustes

  8. Avec un peu de chance on peut avoir le carton plein, faire partie des données du SIA piratées, de celles de la DGFIP, celles du Ministère de l’Intérieur, celles de la Caf et celles de sa mutuelle .
    Au 25 aout 2026, il y a eu 968 sites piratés en France, dont ceux de l’Etat pour lesquels nous versons des milliards afin d’assurer notre sécurité.
    Consultez frenchbreaches, c’est édifiant
    Après avoir noyé le poisson en jet-ski, nous avons droit aujourd’hui à sa passion pour Dragon Ball Z.

  9. J’ai écrit à mon centre des impôts pour demander entre autres: 1) la fermeture de mon espace et le retour au papier 2) qui m’aidera pour régler les conséquences d’une usurpation d’identité. Réponse: « Bonjour, Nous sommes désolé (sic) pour cet incident. Des mesures de protection de vos données sont en cours de traitement. Cordialement » Un peu léger!

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