[POINT DE VUE] Lecornu à Mayotte : l’hypocrisie de la Macronie 

Après Édouard Philippe, Sébastien Lecornu : le cortège habituel de promesses que l’on sait d’avance ne pas tenir.
Base navale de Dzaoudzi, ce 26 août : S. Lecornu participe à une réunion sur la lutte contre l'immigration clandestine. © Marine Gachet / AFP
Base navale de Dzaoudzi, ce 26 août : S. Lecornu participe à une réunion sur la lutte contre l'immigration clandestine. © Marine Gachet / AFP

Le passage par Mayotte reste un classique de campagne présidentielle. Édouard Philippe vient d’y faire son petit tour et Sébastien Lecornu s’y rend, dans la foulée, ces 26 et 27 août.

Deux figures du système, deux versions du même discours : le cortège habituel de promesses que l’on sait d’avance ne pas tenir. Les engagements de la République face au problème numéro un de Mayotte – l’immigration illégale – n’ont jamais été respectés. Car pour freiner ce fléau qui pourrit le quotidien des Mahorais, il faudrait renoncer au sacro-saint « État de droit », dans sa forme actuelle, qui est au cœur du macronisme.

Il faudrait cesser de feindre que l’on peut endiguer cette immigration avec le droit d’asile actuel et la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. C’est sans doute pour cela que cette population musulmane et pauvre à plus de 95 % accorde plutôt sa confiance à Marine Le Pen, qui a obtenu 59 % des voix au second tour de la présidentielle de 2022.

Voici ce que pourrait être un programme politique qui change vraiment la donne.

Réformer les demandes d'asile

Outre l’immigration traditionnelle en provenance des Comores, des filières se sont développées depuis l’Afrique continentale, notamment la Somalie, le Burundi, la République démocratique du Congo (jusqu’à Kinshasa) et le Cameroun. Il faudrait, une fois pour toutes, décider que plus aucune demande d’asile en France ne sera traitée à partir de Mayotte, que plus aucun Africain du continent ne sera transféré vers la métropole – comme ce fut encore le cas, en février 2024, sous le Premier ministre Gabriel Attal.

Il serait souhaitable de conclure des accords avec des pays disposés à les accueillir, comme le Rwanda, avant de les rapatrier chez eux.

Ensuite, il faudrait autoriser la gendarmerie à pénétrer dans les habitations précaires appelées bangas pour contrôler le séjour des migrants. Aussi incroyable que cela puisse paraître, au nom de l’État de droit, elle a interdiction de le faire ! [Sans réquisition judiciaire spécifique ou accord des occupants, NDLR.] Elle est contrainte d’effectuer des barrages routiers rapidement signalés aux personnes en situation irrégulière. Les gendarmes jouent véritablement au chat et à la souris, et la souris gagne presque toujours. Les bangas doivent pouvoir être détruits lorsqu’ils sont construits sans droit ni titre sur des terres appartenant aux Mahorais.

Les Mahorais d'abord

Troisième élément : donner une priorité à l’accès aux services sociaux aux Mahorais. Les enfants de migrants n’auraient plus automatiquement une place dans les écoles, où ils contribuent à abaisser dramatiquement le niveau scolaire des enfants mahorais. Les illégaux n’auraient plus, non plus, accès gratuitement aux services médicaux, à l’exception des urgences. En « compensation », la France pourrait financer un centre de santé sur chacune des trois îles comoriennes ou soutenir des ONG à cette fin.

Bien plus que la nationalité – perspective à long terme dont l’accès a d’ailleurs été rendu plus strict par la loi du 12 mai 2025, qui exige désormais que les deux parents aient résidé régulièrement au moins un an sur le territoire au moment de la naissance –, l’accès aux services sociaux et à un emploi même précaire constituent aujourd’hui le principal incitant à l’immigration.

Une autre mesure consisterait à interdire les mariages entre hommes mahorais et femmes comoriennes ou malgaches lorsqu’il s’agit, comme c’est très souvent le cas, de mariages de complaisance arrangés moyennant finances. Quiconque serait pris à favoriser l’immigration illégale ou à délivrer une fausse attestation de résidence à un illégal (un classique) serait privé d’allocations sociales, y compris les allocations chômage.

Enfin, il faudrait cesser de subventionner les ONG et les avocats qui aident les migrants et qui font exactement l’inverse de ce que préconisent les autorités pour lutter contre l’immigration illégale. D’un côté, l’État annonce des mesures de fermeté ; de l’autre, il continue de subventionner des associations dont le but exclusif est d’empêcher ces mesures d’être mises en œuvre.

Il n’est pas certain que cet ensemble de mesures soit suffisant, vu l’écart de niveau de vie (de l’ordre de un à dix) entre les Comores et Mayotte. Mais, au moins, elles auraient quelques chances de fonctionner, ce qui n’est pas le cas des mesures publicitaires annoncées par l’aristocratie de la Macronie. Les Mahorais ne sont plus dupes depuis longtemps.

Picture of Alain Destexhe
Alain Destexhe
Médecin et sénateur honoraire belge. Son dernier livre paru : "Mayotte : comment l'immigration détruit une société" (Texquis, 2025).

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Les Comores revendiquent la souveraineté sur ce territoire ,
    Il existe 14 résolutions des Nations Unies sur « la question de l’île comorienne de Mayotte » entre le 21 octobre 1976 et le 28 novembre 1994, réaffirmant la souveraineté de la République fédérale islamique des Comores sur l’île de Mayotte et enjoignant a la France de rendre l’ile… Résolution dont elle se moque totalement… Elle occupe l’île d’une matière totalement illégale en contradiction avec le droit international, après un référendum organisé par Sarkozy qui en a fait unilatéralement le101è département Français pour essayer de grappiller quelques voix aux élections présidentielles.

  2. L’État de droit peut se définir comme un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit.
    Reste à déterminer qui fait le droit , en démocratie ce sont les représentants du peuple qui fabriquent le droit en votant des lois .
    Mais on a pu observer depuis plusieurs années que cette fabrique du droit était sévèrement encadrée par des juges nationaux et européens , les premiers se soumettant aux seconds .
    Et ces juges qui finissent par fabriquer le droit au nom de leurs « grands principes », qu’ils inventent au grés de leur idéologie politique de gauche, ne sont pas des élus du peuple .
    Se pose donc la question de l’existence ou non de la démocratie , les juges « grands prêtres » n’ayant de comptes à rendre à personne .

  3. Il faut commencer par bien définir la notion du droit et le l’Etat. J’ai explique mais je recommence. Etat de droit, est incongru, ça ne veut rien dire. Etat de droits est déjà plus disons, parlant, car tout le monde dit avoir le droit, et l’autre n’a pas le droit, les clandestins ont des droits, la police n’a pas le droit ( c’est encore dit dans l’article)etc. etc. c’est tous les jours ainsi. Or, l’Etat n’est pas une affaire de droits, mais une situation liée à l’existence d’un Droit, avec majuscule, un Droit écrit tout simplement, pour éviter l’avoir tout le monde qui a le droit, c’est à dire le droit du plus fort. Le Droit fait donc l’Etat. Et j’ai signalé que les Etats n’ont pas toujours un Droit sympathique, les ouvrages sur l’Etat national-socialiste le prouvent bien, au point que les lois écrites de cet « Etat » ont été condamnées en 1945-48 par la Justice. Mais en attendant, ces lois honteuses ont été respectées par des millions de ressortissants allemands…cqfd. L’Etat de Droit est bien simplement un Etat et un Droit écrit, sans émotion ni amour propre. C’est froidement pour la société en général. Les « droits » c’est pour l’avantage de tout-un-chacun, personnel et sur le terrain, pas au niveau général.

  4. La France a commis une erreur abominable quand ils ont donné l’indépendance aux Comores en conservant l’une de leurs îles! Mayotte est comorienne et les habitants ne sont pas des Français de souche, Pigasse a raison sur ce point.

    • Bizarre, mais les Comores n’ont pas l’air de revendiquer Mayotte. Tiens, au fait, quand il s’agit de Ceuta on a les puissances étrangères qui s’en occupent entre Washington et Rabbat. Personne ne dit que Mayotte c’est en Afrique et donc…

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Eliot Deval encense le travail de BV !
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois