Assez bizarrement, l’affaire n’a fait que peu de bruit chez les démocrates indignés. Pourtant, ce vendredi dernier, l’écrivain français le plus traduit au monde était convié à discourir devant une grosse centaine de membres de l’Action française. La raison de sa présence ? Sa « curiosité pour le royalisme ».

Pour Le Point (3 juillet), l’homme est égal à lui-même : « Sans complaisance pour son auditoire maurrassien, il avoue ne pas trouver très bons les auteurs de l’Action française. Il a peu lu Maurras. Un peu Léon Daudet. Chez Brasillach, pas grand-chose à sauver, sinon les Poèmes de Fresnes. » Un avis qui en vaut bien un autre. Tout comme il est parfaitement licite d’estimer que écrit comme il s’habille : mal. Ou que son best-seller, Soumission (Flammarion), est révélateur d’une connaissance superficielle de l’islam, fondée sur des clichés, des lieux communs et autres fiches Wikipédia.

Après tout, peu importe et il est tout aussi permis de préférer les rares entretiens qu’il accorde aux médias à ses propres romans. D’un point de vue politique, il assure ainsi : « J’étais complètement solidaire des gilets jaunes, de ces gens qu’on a représentés comme des ploucs, des gueux et dont on a vu un vrai niveau de réflexion. » Bien vu. Mieux : « La gauche se sent perdue, comme les animaux blessés, elle devient méchante. Ce qui n’était pas le cas quand j’ai commencé à publier. Oui, elle se sent mourir, donc elle devient méchante. » Un peu moins bien vu, sachant qu’on n’a jamais connu cette gauche médiatique faire assaut de gentillesse, même avant la publication de ses livres.

De plus, malgré quelques exceptions médiatiques, tel Éric Zemmour en son temps, il faut bien avouer que cette même gauche médiatique se porte mieux que bien pour une mourante… Pour clore le chapitre politique, pronostique encore une élection présidentielle de 2027 avec un Jordan Bardella gagnant de justesse face au représentant de la Macronie. Que Dieu l’entende !

À propos de Dieu, cet homme qu’on devine mystique contrarié reprend un argumentaire coutumier des milieux catholiques de tradition, toujours à en croire Le Point : « La décadence, qui est le grand cadre dans lequel il écrit son œuvre, aurait débuté à la fin du Moyen Âge, avec la Renaissance, qui est, pour bien des progressistes, au contraire, le début de la grandeur. » Charles Maurras n’écrivait pas autre chose. S’il l’a « peu lu », au moins l’a-t-il bien lu.

Dans un monde à la fois de plus en plus consumériste et de plus en plus messianique, transhumanisme aidant – mais cela demeure cohérent, puisque stade ultime de la marchandisation de l’être humain –, prophétise : « Il y aura une guerre [contre l’islam, NDLR], c’est bien de le savoir à l’avance et de s’y préparer. Qui va gagner ? Je n’en sais rien. » Mieux : ça ne coûte rien de le dire. Et ce ludion de néanmoins remarquer : « Tout bonheur est d’essence religieuse. On est plus heureux, même avec des religions merdiques. » Faut-il en déduire que Michel Houellebecq serait à la fois pour et contre l’islam, même si employant à son endroit des mots d’une vulgarité ne s’imposant pas ?

En attendant cette possible guerre à venir, ce grand lecteur de Bernanos pourrait aussi méditer sur celle qui nous est de longue date menée de l’intérieur et que l’auteur de La France contre les robots définissait ainsi : « On ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute forme de vie intérieure ». Quoi qu’il en soit, saluons le courage de cet écrivain venu conférencer au sein d’un mouvement qui, pour une fois, et ce, au contraire du Rassemblement national, mérite bien son étiquette antirépublicaine.

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4 juillet 2022

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15 commentaires

  1. Pas d’accord avec Houellebecq : Brasillach ne se résume pas aux « poèmes de Fresnes ». Relire « les sept couleurs » ou « comme le temps passe » est un véritable régal !

  2. Cher Monsieur Gauthier ( suite)
    Des minimas sociaux avec son lot de chéques quotidiens et des sériés télé gratuites, des films pornos et l’avortement remboursé par la sécu, voila ce que nous promettent les démocraties avancées.
    Pas de quoi satisfaire ni les gilets les EUROPEENS qui ont encore dans leurs gênes la civilisation Chrétienne.
    Il me semble triste de dénigrer le rôle de prophète de Monsieur Houllebeck.
    Cette voix qui prêche dans le désert porte loin et profond.
    A Lerte

  3. Cher Monsieur Gauthier.
    Les démocraties avancées étant en plein marasme, entre soumission à la grande finance et totalitarisme qui se cache sous une manipulation médiatique des masses, il ne me semble pas risible de regarder les autres formes de démocraties possibles et les monarchies qui existent en EUROPE offre des alternatives à ne pas négliger.
    La Macronie et l’EUROPE offrent  » du pain et des jeux pour satisfaire le peuple ».

    Et si on essayait de chercher autre chose?
    A Lerte

  4. Bien des maux passés et actuels viennent des religions.
    Je peux témoigner qu’un athée peut avoir une vie intérieure riche, croire en une transcendance sans dieu et être heureux !

  5. Ce n’est que la Liberté d’expression d’un Ecrivain reconnu, qui fait la part entre spirituel et temporel, et qui possède l’intuition des temps à venir.

  6. D’un style particulier, avec des développements parfois sublimes, parfois navrants, cet homme n’en est pas moins passionnant, tellement loin de personnages dérisoires comme BHL…

  7. L’homme est peut-être un animal métaphysique. Le social-marxisme en supprimant Dieu le Père a créé un vide ; il n’a pas tenu compte de la dimension spirituelle de l’homme. L’Islam, qui a un contact avec le divin (chose que beaucoup de Français ont perdu), s’engouffre dans ce vide ; et il n’a pas vocation à accepter la laïcité, la permissivité de notre civilisation sans Dieu : libération sexuelle de la femme, la libre pensée, etc, tout ce qui est interprété comme décadent par l’Orient.

    1. La spiritualité sans croyance et sans dieu existe. Et le dieu de l’islam n’est que l’incarnation des plus bas instincts des hommes : domination, discriminations, vol, meurtre, esclavage, esclavage sexuel, torture, etc…

      1. La spiritualité sans croyance et sans dieu existe chez les bouddhistes en effet et même chez les athées. Mais le communisme matérialiste des Chinois l’a carrément niée au Tibet.
        Une société sans spiritualité, soumise au progressisme actuel, financier, sous-produit du marxisme, n’est pas viable, car elle ne porte en elle aucune morale, aucun idéal pour l’homme, si ce n’est celui du dieu argent.

      2. Absolument d’accord. Mais la majorité des criminels et délinquants en prison sont croyants, on y trouve près peu d’athées, même s’il y a des exceptions, il faut croire que la morale athée est plus efficace !

  8. La gauche Gamelle a encouragés l’immigration, la naturalisation et la double nationalité pour trouver de nouveaux électeurs CPF et la droite Ganelon pour le bien ^être des grades entreprises du BTP et autre CAC 40 pour baisser les salaires des FDS et les transformer en SDF.

  9. J’aime bien le terme d’essence religieuse. L’essence c’est bien un produit qui permet de mettre le feu partout ? Il est particulièrement stupide d’affirmer qu’il n’y aurait pas de vie intérieure sans croire à des balivernes issues de l’antiquité. Ceci étant l’inverse est vrai, si on croît en de telles balivernes, on peut imaginer que les athées ne sont que des rustres qui n’ont aucune idée du monde surnaturel qui nous entoure… :)

    1. Cher Monsieur, l’athéisme est une notion nouvelle issue du siècle des lumières que je préfère appeler le siècle des ténèbres (le présent le prouve et l’avenir surtout nous le prouvera.) L’athéisme est pire qu’une religion et même pire qu’une secte : il est une idéologie mortifère!

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