[POINT DE VUE] Festival d’Avignon, la routine avant-gardiste

@FramaKa/Wikimedia commons
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Pendant que notre pays vivait un nouveau prélude aux heures les plus sombres de notre Histoire, le festival a débuté au milieu des appels des marquis culturels des Scènes et Centres dramatiques nationaux à faire barrage à l’extrême droite, laquelle mettrait en péril une liberté de création réduite à une philosophie scénique de tous les poncifs à la mode.

Le festival 2024 s’est ouvert avec un traditionnel spectacle de routine avant-gardiste subventionnée, populaire sans peuple, mais applaudi par le bobo maso-culturel ou théâtral, militant engagé bébête, et qui croit être monté au sommet de l’art dit contemporain quand il s’est abreuvé de fadaises pendant deux heures.

 

Sempiternelle « apoilisation » à la mode soirée des César

Cette année, il s’agissait du spectacle d’une metteuse en scène espagnole européenne, performeuse, auteure, comédienne, éveilleuse des consciences, émotionifère et provocatrice, Angélica Liddell, connue pour des spectacles qui dérangent (qui ? On ne sait pas). Angélica propose un spectacle intitulé Dämon, en espagnol, français, suédois, surtitré en français, et proclame partout que « l’art n’a pas de limites ».

Ce qui est déjà, à notre sens, une erreur grossière ou un aphorisme d’ignorant, le propre de l’art étant précisément d’avoir des limites, au moins formelles, avec lesquelles il faut lutter, sinon c’est du chaos verbal, verbeux, gestuel et metteur-scénique. Et les limites, il est vrai que la créatrice en question avait tout fait pour les reculer, et aussi celles de la bêtise. Inspiré de Bergman, lorsqu’il tourna un film sur sa propre mort, le spectacle est censé faire défiler nos démons et l’on y retrouve, évidemment, la sempiternelle « apoilisation » à la mode soirée des César, les actrices/acteurs se touchant même les parties génitales (peut-être une introduction à un cours de phénoménologie sexualo-scénique), comme le tout aussi traditionnel questionnement sur ce qu’on voudra, pourvu qu’on se pose des questions et qu’on échafaude des problématiques.

Ici sur la mort, pire que la mort, la mort en ce théâtre, la mort sûre et sûrement, le Liebestod, comme le nom d’un autre de ses spectacles où l’on pouvait même assister à une automutilation de l’actrice, si bien que des secouristes étaient prévus au cas où des spectateurs se trouvent mal !

Dans cet univers de la routine avant-gardiste, toutes ces facéties frimeuses d’un art qui n’y arrive pas procèdent d’une destruction de tout ce qui pourrait nous tenir en équilibre au-dessus du vide, comme le danseur de Nietzsche sur son fil ; là, on tombe et on n’en sort plus. On espère tout de même que l’an prochain, et pour reculer encore les limites, le Festival d’Avignon ne proposera pas un viol collectif scénique, une émasculation théâtrale ou une scène de cannibalisme militant. Ledit avant-gardisme est une des formes sans doute les plus grotesques d’une perversité donnant à penser qu’on est devant ou avant et qu’on progresse, mais l’art n’est pas progressiste, il est hors de l’illusion du temps. Si vous en avez plus qu’assez de ce festival pseudo-populaire et de ses outrances gommeuses, allez voir les films de Laurel et Hardy ou de Louis de Funès. Vous verrez, ça dit bien des choses et, en plus, on rigole !

Jean-Pierre Pélaez
Jean-Pierre Pélaez
Auteur dramatique

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Ne nous dites pas que c’est pire encore que du temps d’Olivier Py ! Très difficile, mais donc possible…c’est le « snoboboart » qui n’a pas de limites et non l’Art.

  2. Je suis à sept kilomètres mais je fuis Avignon durant cette période tellement c’est minable et surtout dangereux. Quant aux spectacles ; beaucoup de nullitées crades pour peu d’agréables.

  3. L’anti-éthique comme l’anti-esthétique sont des commandements fondamentaux du capitalisme des « Grands Marchands » pour paraître « de gauche » et faire de gros profits. Toute une classe « d’intellectuels-artistes » profite de cette politique en se donnant des airs de révolutionnaires. En réalité ils mangent au même râtelier.

  4. Allez, calmez-vous, Jean-Pierre, vous savez bien qu’on n’y va pas, au festival d’Avignon, ou on n’y va plus… Moi, j’y retournerai quand vous y produirez « Le Tartuffe nouveau « , « Les singes savants » ou « La soumission des femmes », pour faire rigoler Mathilde PANOT, que j’inviterai exprès!

  5. Les mises en scēne modernes ne pouvant rivaliser avec les décors et les richesses des costumes ni ens font évoluer les pièces classiques dans leurs élucubrations chimériques destinées à épater le bourgeois. S’ensuit des épisodes scatologiques ou sexuels totalement incongrus où la beauté des vers ou du simple langage se trouve en porte à faux et ne fait qu’accentue r les différences d’époque. Faute de pouvoir faire mieux on rivalise dans la laideur.

  6. Vivement la fin de la préférence nationale qui n’existe, en France, que pour la culture. Si les artistes devaient vivre de leur travail, peut-être que l’art et la culture ne seraient pas dans l’état de déliquescence nauséeux dans lequel il se trouve. Surtout, une bonne floppée de pseudo artistes, aussi autoproclamés que politisés, seraient obligés de découvrir ce qu’est le travail et vivre de leur travail

  7. Dans les secteurs, quelles qu’ils soient subventionné par les deniers publics, il devrait être strictement interdit toutes allusions a un secteur qu’il soit, politique ou autre, une neutralité de rigueur sans quoi une sanction efficace s’impose.

  8. Excellent résumé et ces soi disant personnages , artistes ils ne sont pas , nous donnent des consignes de vote . Il est clair que tout ce qui les interresse ce sont les subventions , argent gaspillé , qu’ils ne sont pas sûr d’avoir avec un gouvernement normal .

  9. Tous ces artistes « sans limite » seront bien contraint de s’en fixer le jour où les subventions seront supprimées.

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