La ne serait certainement pas la France sans cette administration dont le fonctionnement semble parfois relever de la pure pataphysique. Il n’y a pas si longtemps, il fut ainsi proposé que les fliquettes soient raccompagnées chez elles par d’autres flics, pour plus de sûreté ; sans qu’on nous dise qui assurerait la sécurité des pandores en question.

Dans un semblable registre, Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, après avoir été secrétaire d’État aux Affaires européennes, en remplacement de l’inénarrable Nathalie Loiseau, tête de liste fantasque aux dernières élections européennes, annonce-t-elle la nomination de « sous-préfets à la relance ».

De quoi t’est-ce qu’en fait il s’agit donc ? D’un dispositif ambitieux, il va sans dire – car autrement, ce serait moins drôle –, visant à accompagner le plan de relance économique de cent milliards d’euros censé être mis en place au début de l’année prochaine. La mission des sous-préfets en question ? « Ils devront remonter tous les blocages administratifs, de procédures, de dispositifs très compliqués. »

Une âme simple aurait plutôt été tentée de simplifier ce vistemboir ; celle, autrement plus déliée d’Amélie de Montchalin, préfère manifestement en accompagner la complexité. Bref, poursuit-elle : « Ces hauts fonctionnaires seront surtout chargés de débloquer, de s’assurer que quand on décide à Paris, il se passe quelque chose sur le terrain. […] Il faut que ce plan d’investissements, de transformation, devienne concret. » Pour « débloquer », force est d’avouer que ça débloque velu…

De plus, serait-ce à dire que les préfets déjà en poste ne « font pas le job », tel qu’on dit maintenant ? Faudrait-il encore en conclure que cent milliards d’euros, ce ne serait pas du « concret » et que cette manne pourrait atterrir dans d’autres poches que celles où elle était préalablement destinée ? C’est à croire.

À propos de « transformation » de la « fonction publique » et d’une possible réforme de l’ENA, Amélie de Montchalin, décidément d’humeur pédagogue, affirme encore : « On aura toujours besoin d’une école de fonctionnaires. » Ça, c’est envoyé. Et la même d’ajouter : « Pour beaucoup de Français, l’ENA, c’est devenu le symbole, le nom de l’entre-soi, d’une caste. Ça, il faut le supprimer. » Mais supprimer quoi ? Le symbole ? L’entre-soi ? La caste ?

Plus précisément, voici quelle serait sa feuille de route : « La haute fonction publique doit plus ressembler à la France. Il faut qu’elle soit plus diverse socialement, territorialement, avec plus d’équilibre homme-femmes, des carrières, des parcours plus divers. » Bizarre, grande est l’impression d’avoir déjà entendu tout cela quelque part…

En l’occurrence, Amélie de Montchalin parle d’or, étant passée, comme tant d’autres de ce qu’il faut bien appeler sa « caste », de l’ à LREM. Née d’un père cadre supérieur ayant travaillé à l’international pour Elf-Aquitaine, Danone™ et Coca-Cola™, c’est une ancienne du lycée Hoche de Versailles, de HEC et de la Harvard Kennedy School - l’itinéraire est éloquent. On dira même, pour demeurer poli, que cela ne sent pas exactement la d’en bas, que ce soit celle des gilets jaunes ou des cités.

Et toujours à propos « d’entre-soi », on notera que son époux officie en tant que consultant auprès de groupes internationaux, dont la fameuse officine Boston Consulting Group, spécialisée dans la stratégie économique et surtout connue pour sa proximité avec la Maison-Blanche et les services secrets américains. Son recrutement est, d’ailleurs, des plus sélects. La preuve, le général Pierre de Villiers, lui aussi pas à une contradiction près, en est l’un des employés les plus emblématiques.

Alors, Amélie de Montchalin préposée à la lutte contre la consanguinité des élites ? Un peu comme si JoeyStarr ouvrait une école de maintien.

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31 août 2020

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