Audio - Editoriaux - Entretiens - 29 janvier 2019

Pierre Chasseray : “80 km/h : Édouard Philippe s’en félicite alors qu’entre 2013 et aujourd’hui, on n’a rien gagné !”

Édouard Philippe se félicite de la baisse du nombre de victimes grâce à la limitation des 80 km/h. Pour Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes, ce gouvernement triture les chiffres et tape “à côté” avec ce type de mesures. Une autre prévention est possible. Explications au micro de Boulevard Voltaire.

Édouard Philippe s’est félicité qu’il y ait moins de morts sur les routes cette année. Il n’a pas hésité à pointer l’efficacité de la limitation à 80 km/h. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve dramatique de voir un Premier ministre qui se gargarise d’avoir, soi-disant, obtenu des résultats alors qu’on est ni plus ni moins au même niveau qu’en 2013. En cinq ans, on a eu la privatisation des radars supplémentaires, une baisse de la limitation de vitesse et, au final, on observe une tendance de stabilité du nombre des victimes de la route. Finalement, c’est même assez triste.
C’est la première fois qu’on n’enregistre aucune avancée en cinq ans. Se féliciter de chiffres historiques alors qu’ils ne le sont pas, je trouve cela particulièrement affligeant.
Cette volonté ministérielle de toujours vouloir s’approprier une réussite, quitte à faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas, c’est un peu gênant.

Les radars fixes ont été dégradés et sont donc inutilisables. Il est donc difficile de savoir si cette baisse de la vitesse est liée à l’absence de radars ou à la limitation à 80 km/h…

Le gouvernement se prend les pieds dans le tapis. Il annonce une année historique pile l’année où il n’y a plus un seul radar en état de fonctionnement sur les routes. C’est assez étrange…
S’il prend le parti de communiquer en faveur du 80 km/h, quitte à triturer les chiffres, il avoue que les radars n’ont aucune d’utilité. C’est assez dramatique pour la sécurité routière.
De l’autre côté, si on regarde véritablement à la loupe la vérité sur les chiffres, on note une légère baisse depuis un an et demi, qui ralentit au cours du 2e semestre 2018, au moment de l’apparition du 80 km/h. Le gouvernement est pris dans les chiffres. C’est pour cela qu’il veut les triturer.
Entre 2013 et aujourd’hui, on n’a rien gagné. Voilà la seule réalité qu’on ne peut pas contester.

Comment expliquer qu’entre 2013 et 2019, il n’y a eu aucune évolution notable ?

La France a tous les outils dans le domaine de la sécurité routière. On a le marteau, les clous et la planche de bois. Le seul problème, c’est qu’on tape à côté.
On obtiendra les mêmes résultats qu’à l’étranger le jour où on fera une vraie sécurité routière avec des mesures qui sauvent. Je veux parler de la prévention, de la sensibilisation et de la formation autour des axes accidentogènes. Il faut agir sur l’alcoolémie, l’usage des stupéfiants au volant, l’état des routes, le téléphone portable au volant. 16 % des tués le sont aux abords des intersections sur refus de priorité. Enfin, on n’entend jamais parler des distances de sécurité alors que c’est une réelle nécessité.
Le Premier ministre est fier de son chiffre de sécurité routière et salue son propre courage. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. On peut, toutefois, comparer les chiffres de la France avec le reste de l’Europe. La France est le 14e pays européen en matière de sécurité routière.
Cela ne veut pas dire qu’on est moyen. Cela veut dire qu’on est mauvais. Je ne vois donc pas comment on peut se féliciter en direct, sur toutes les chaînes d’information, de chiffres qui sont mauvais. S’ils sont mauvais, regardons ce qu’on fait de moins que les autres pays étrangers. En revanche, il y a bien quelque chose qu’on fait en plus : matraquer les tout petits excès de vitesse et baisser la limitation de vitesse autorisée. Peut-être que nous ne sommes pas sur le bon enjeu.

La prévention est certainement moins rentable que la verbalisation…

Taper sur quelqu’un est une sanction. Cette sanction est éphémère. Lorsque, au contraire, on parvient à convaincre sur une situation accidentogène, on a un résultat durable et définitif.
Il est évident que lancer des campagnes de sensibilisation autour du risque alcool, stupéfiant, téléphone portable et distances de sécurité coûte de l’argent. En revanche, le radar, lui, rapporte. Cela fait sept mois qu’ils sont désactivés sur le territoire national. La rentabilité est donc, pour l’instant, de zéro pour l’État. Malheureusement, ils vont devoir apprendre à se passer d’une manne financière annuelle qui approchait le milliard deux cents millions d’euros. C’est juste délirant !

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