Pierre Brochand n'est pas un franchouillard replié sur l'Hexagone. Au contraire, sa carrière de haut fonctionnaire l'a amené à parcourir le monde, à des moments et dans des pays soumis à des basculements historiques, des « points chauds» : Saïgon de 1971 à 1975, USA de 1979 à 1982, ambassadeur en Hongrie en 1989, puis en Israël en 1993. Il est ensuite directeur de la DGSE de 2002 à 2008. C'est dire l'acuité de son regard sur la vie du monde et l'importance de son expérience en matière de sécurité nationale. Or, à la veille de cette présidentielle, il n'hésite pas à mettre lui aussi sur la table la question de l'immigration. Il l'a d'abord fait en juillet 2019, lors d’un colloque de la fondation Res Publica sur le thème : « Pour une véritable politique de l’immigration », où il disait sa crainte d'une guerre civile due à l'immigration incontrôlée. Il renouvelle son analyse dans un entretien avec Eugénie Bastié publié dans Le Figaro, la semaine dernière. À deux mois du premier tour, un salutaire retour au réel.

Pour lui, l'immigration que connaît la France depuis plus d'un demi-siècle est « un événement hors catégorie, sans précédent dans notre Histoire ». Et il en énumère les caractéristiques : « volume massif des flux, vocation de peuplement, absence de régulation politique et économique, majorité de civilisation extra-européenne et musulmane, esprit de revanche post-colonial, réticence à la mixité, préférence pour l’endogamie, cristallisation en diasporas, taux de fécondité supérieur à celui du peuple d’accueil, et surtout - novation inouïe - évolution non convergente au fil des générations ». Des mots techniques et précis pour détailler les réalités que l'on peut mettre sous le titre « Grand Remplacement ».

L'intérêt de son éclairage est triple. Son recul de diplomate Huron en action pendant des décennies sur tous les continents jette sur le reste du monde une lumière crue, loin des visions iréniques de l'Autre : d'une part, extra-européen est traversé par la xénophobie ; d'autre part, « toutes les sociétés “multi” sont vouées à des déchirements plus ou moins profonds ». Les autres, ce n'est peut-être pas l'enfer, mais ce n'est certainement pas la paix automatique.

Ensuite, cette même capacité à replacer l'immigration dans un contexte géopolitique lui permet d'avoir une vision sans concession de l'islam au niveau mondial, et donc français, constatant « que l’arc musulman ne compte aucune démocratie mais concentre au moins 80 % des crises “chaudes” de la planète » et « que ses formes de contestation (jihadisme, salafisme, islamisme) se retrouvent à l’identique sur notre sol ».

Enfin, dernier enseignement de notre diplomate : le dessous des cartes n'est guère reluisant non plus chez nos dirigeants : « En conversant avec nombre de personnalités politiques dans la quiétude des salons d’ambassade, j’ai pu mesurer le fossé qui séparait leurs propos publics des jugements, moins amènes, qu’ils émettaient en privé, sur les effets de l’immigration dans leurs fiefs électoraux. » Et il regrette que « le programme de l’actuel chef de l’État, candidat à sa réélection, continue d’ignorer superbement le sujet ».

Pierre Brochand appelle donc à un renversement complet de notre politique en matière d'immigration. Sa conclusion est pessimiste et il prévoit pour nos enfants « un effondrement insoupçonné de leur qualité de vie (l’implosion) », associé à « de terribles affrontements (l’explosion) ».

Néanmoins, cette intervention de Pierre Brochand, à deux semaines du premier tour, donne deux signes d'espoir. Primo, malgré le déni macronien, lors de cette présidentielle, un candidat nouveau, non issu du sérail, a fait irruption dans le débat, et précisément sur cette ligne, rassemblant plus de 10 % dans les sondages et ayant pu même prétendre au second tour à certains moments de la campagne, toujours selon les sondages. élargit ainsi le créneau qui n'était jusque-là occupé que par le seul RN. Quelle que soit l'issue de l'élection, c'est un changement politique majeur puisque ce candidat a aussi fondé un nouveau parti politique qui a vu affluer 120.000 adhérents en trois mois. Ce changement copernicien sur l'immigration ne s'arrêtera ni le 10 ni le 24 avril et le Président élu, quel qu'il soit, quel que soit son degré de déni, sera contraint de faire avec cette nouvelle donne. Secundo, la prise de position de Pierre Brochand constitue un démenti à ceux qui estiment qu'un ou une Marine Le Pen, élus, ne pourraient pas s'appuyer sur des hauts fonctionnaires pour mettre en œuvre leur politique. Pierre Brochand est un premier de cordée.

27 mars 2022

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