Le député LR de la Manche revient, pour Boulevard Voltaire, sur ce premier mois de mandat dans un Hémicycle agité par une gauche parfois caricaturale.

Marc Eynaud : De manière générale, comment se passe cet examen de loi « pouvoir d’achat » ? Les LR ne sont plus un des premiers groupes d’opposition de cette Assemblée nationale. Est-ce que cela change quelque chose ?

 

Philippe Gosselin : Oui, cela change beaucoup de choses. D’abord, nous ne sommes plus le premier groupe et je le regrette bien évidemment, mais je regrette surtout de ne pas être le groupe de la majorité. Il ne m’a pas échappé qu’il y avait eu quelques bouleversements.

Pour être très sérieux, non seulement il y a une opposition diverse, mais en plus, il y a trois piliers dans cette opposition. Un bloc NUPES, un bloc RN et le bloc LR, sans doute plus petit.

Au-delà de cette pluralité des oppositions, on a aussi, sans qu’il s’agisse de cohabitation, une majorité présidentielle et gouvernementale qui est en réalité minoritaire.

Lorsque l’on fait la conjonction des deux, à la fois pluralité d’opposition et relativité de la majorité, nous voyons bien que le paysage politique est très différent. Je ne vous apprends rien, mais c’est pour planter le décor qui explique la suite.

 

M. E. : Lorsque nous avons vu cette majorité relative arriver, tous les regards se sont portés vers vous. Quelle est la position des LR ?

P. G. : Notre boussole n’est pas de voter tel ou tel amendement et d’être en soutien au gouvernement. Notre boussole est d’être utile à la France et à nos concitoyens. Sur le sujet pouvoir d’achat, on a, nous Républicains, par nos votes, infléchi la position du gouvernement. Nous avons amené le gouvernement, non pas sur son programme nécessairement, mais aussi sur le nôtre. Nous avons amené aussi le gouvernement à revoir sa position qui a été incompréhensible et inadmissible pendant cinq ans. Notamment sur la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé et sur les carburants. Finalement, nous avons été entendus.

 

M. E. : Comment voyez-vous ces deux oppositions ? Avez-vous le sentiment que l’Hémicycle fonctionne ? Est-ce une bonne nouvelle de se dire que le parlementarisme revient au cœur de la Ve République ?

P. G. : Pour le moment, le Parlement est un peu embolisé et ralenti dans son fonctionnement et dans l’examen des textes. Honnêtement, dans la nuit de lundi à mardi, nous avons levé à deux heures du matin. Cette nuit, ce sera quatre ou cinq heures. La semaine dernière, nous avons voté à 5 h 45. Tout cela n’est pas très raisonnable. Si j’étais citoyen de base, je m’inquiéterais quand même de la qualité des textes à cette heure-là, de la vigilance et des limites humaines. Ne pas dormir pendant des semaines, sauf deux à trois heures par nuit, ce n’est pas acceptable et cela ne peut pas durer.

Pour le moment, le fonctionnement du Parlement me paraît plutôt assuré, mais il y a des risques très sérieux d’embolie. On a une opposition de La France insoumise qui confond peut-être travée et tranchée et qui veut nous ramener un siècle en arrière dans des guerres d’opposition qui ont fait beaucoup de victimes, même s’il y a eu la victoire et l’armistice au bout. En revanche, avec la NUPES, je n’attends pas d’armistice.

Par moment, il y a aussi de la provocation, mais cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est le mode de fonctionnement pérenne. On a des oppositions dans leur diversité et une majorité relative. Un certain nombre de moyens qui étaient à disposition du gouvernement n’existent plus. Il faut ajouter que certains sont anti-système de la Ve République et du fonctionnement actuel du Parlement.

Je termine sur une touche plus optimiste et, je l’espère, réaliste. Peut-être faut-il redonner davantage de pouvoir au Parlement et aux parlementaires. À ce moment-là, il faut aussi que l’on accepte de dire que lorsqu’un parlementaire de telle ou telle étiquette arrive à faire voter son amendement ou l’amendement de son groupe, il n’est pas nécessairement le suppôt de la majorité. Il a fait objectivement et honnêtement son travail de parlementaire.

 

M. E. : Dans ce cas de figure, nous avons vu le RN arriver en premier groupe de l’opposition, avec 89 députés. Dans ces conditions, les LR considèrent-ils encore comme tabou le fait de travailler avec le RN dans le cadre d’une proposition de loi ?

P. G. : Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là. Je constate qu’il n’y a pas eu d’obstruction. Les RN, comme d’autres, occupent des postes au sein de l’Assemblée nationale. Je rappelle, pour la petite histoire, qu’il y a deux vice-présidences RN avec d’autres, puisqu’il y a six vice-présidences. Les RN sont là dans les commissions. Évidemment, je ne conteste aucunement la légitimité de mes collègues. Ils sont élus. Le suffrage universel s’est exprimé.

Maintenant, il peut y avoir avec eux comme avec d’autres des convergences sur tel ou tel amendement. Aujourd’hui, et je pense que cela va durer, chaque groupe est plutôt à essayer de mettre en avant son projet, son programme et éventuellement ses propositions de loi pour sa fameuse niche parlementaire, sachant qu’il va y en avoir une seule par an. Chacun est quand même à ce stade, et compte tenu du travail parlementaire, un peu plus dans son couloir tel le sportif sur la ligne de départ.

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27 juillet 2022

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