« Je ne veux jamais blesser plus faible que moi, je m’attaque à plus grand que moi, à qui peut se défendre, et si Dieu est aussi fort qu’il le dit, ma Bible ne lui fera pas grand tort. » C’est en ces termes à haute teneur vivre-ensembliste que se prononçait déjà lors de la promotion de son ouvrage La Bible selon le Chat, en 2013, sur les antennes de la télévision publique belge (RTBF), organe de propagande par excellence qui ferait passer France Inter pour un média d’extrême droite.

« Je suis contre le fait de véhiculer des idées racistes, antisémites et anti-musulmanes ; comme il se doit, le rire n’est jamais au détriment de l’autre. » Tout est relatif, surtout quand cet autre en question est catho, le détriment est alors remis en perspective, ce catho dont la sempiternelle autre joue, endolorie à force d’être – trop – tendue conserve les marques indélébiles des baffes qu’on lui aura assénées au nom de la liberté d’expression. Et depuis 2015, au nom de Charlie, de son esprit, des valeurs Charlie idolâtrées par la machine progressiste. Charlie dont les dessins scatologiques, d’un goût scabreux vulgaire, sont devenus la première ligne de défense des valeurs de la République. Qui se ressemble s’assemble, oseront supputer certaines langues impies. Pis : Charlie pour défendre la France, le banni de Sainte-Hélène doit bien se retourner dans sa tombe. Sainte Jeanne d’Arc, elle, n’en sait plus rien.

Revenons-en à notre matou. « On doit pouvoir rire de tout en liberté mais on doit le faire avec responsabilité. Et dans le respect des autres, et particulièrement des gens d’une autre culture ou d’une autre religion. Je ne fais pas de dessins sur l’islam […] je dois faire très attention, je ne connais pas assez cette culture, que pour me permette de faire de l’humour. […] Je sais que l’intention des dessinateurs de était de critiquer les intégristes, les pouvoirs odieux qui découlent d’une dérive de la religion, mais les musulmans se sentent offensés par des caricatures et, donc, n’ont pas envie de dire “Je suis Charlie” parce que Charlie dessine le prophète et, pour moi, c’est un tabou absolu. » Étonnant discours venant de celui qui dénonçait le retour d’un politiquement correct qui bride une liberté d’expression fondamentale et dont l’humour ferait partie intégrante, « ce droit de liberté qui a été conquis par nos ancêtres au péril de leur vie ».

On peut comprendre que Geluck tienne à sa tête et à sa réputation d’artiste adoubé par le camp du bien progressiste et islamo-responsable. « Le Coran selon le Chat », ce n’est pas pour demain ; l’Histoire nous confirme de manière récurrente que certains adeptes du Miséricordieux ont l’offense facile, un dessin, une cuisse de jambon ou une cuisse tout court peuvent vous en déséquilibrer des plus polis. Mais certains, dans le camp islamo-lucide, reprochent au dessinateur du Chat de ne pas être assez Charlie, de « préférer dénoncer ceux qui sont menacés et justifier la violence qui les frappe au nom du “respect”, tout en désignant Charlie à la vindicte pour n’avoir pas respecté la sensibilité des musulmans ».

Notre faiblesse n’est pas le fait que nous ne sommes pas « assez Charlie » mais que nous le sommes devenus trop. Comment rester crédible face à des ennemis de la nation quand l’horizon, l’idéal s’est fait Charlie, face à des ennemis qui, selon Michel Onfray, sont dans une morale de l’honneur que nous avons perdue. Et comme le dit si bien Jean-François Touzé, « faire des dessinateurs et écrivaillons d’un journal qui, depuis sa création, n’a cessé d’œuvrer contre tous les fondamentaux de notre nation — ses institutions, son armée, ses principes, ses valeurs, ses racines chrétiennes, ses héros à la gloire immarcescible — des maîtres et des icônes des libertés nationales, c’est entériner, couronner même, la réussite du grand plan d’inversion de toute chose ». Rien à rajouter.

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