Mardi dernier, Matthieu Orphelin, député ex-LREM et proche de Nicolas Hulot, a lancé une pétition « Pour un sans » appelant les Français à boycotter la plate-forme américaine de vente en ligne au profit des petits commerçants. Rapidement suivi par Anne Hidalgo, Manon Aubry, Audrey Pulvar mais aussi par la CGT ou Greenpeace, cet « amazon-bashing » a été relayé par Bruno Le Maire qui invitait, ces jours-ci, les Français à ne pas faire leurs achats « sur un site étranger ».

On ne peut que s’étonner et admirer cette conversion au localisme et au patriotisme économique. On rappellera, simplement, qu’ils ne sont pas vraiment les premiers. Mais ne boudons pas ces ouvriers de la onzième heure, me direz-vous. Soit. Mais qu’il nous soit permis quelques remarques.

Tout d’abord, ce n’est sûrement pas Amazon, depuis mars dernier, qui a mis – ou va mettre – sur la paille les petits commerçants. C’est, évidemment, le confinement, cette stratégie sanitaire étonnante qui consiste à enfermer les personnes saines chez elles et à, méthodiquement, empêcher les petits commerçants « non essentiels » de commercer. Ainsi, on a vu circuler sur les réseaux sociaux la photo de Jean Castex en « employé du mois » d’Amazon !

Et revenons à Matthieu Orphelin, cet écologiste bon teint (qui a voté le reconfinement) : pour lui, Amazon, c’est aussi « votre petit magasin d’électroménager de votre rue qui ferme, ou la librairie qui baisse le rideau ». Amazon, responsable de la désertification des centres-villes ? C’est oublier le rôle majeur, dans la mort lente des villes de province, joué par les politiques successives d’urbanisation et d’aménagement du territoire, favorisant l’implantation, avec la bénédiction des maires et des conseils départementaux, de ces zones commerciales géantes aux portes des villes.

N’oublions pas, non plus, le rôle des amis écologistes et/ou socialistes de M. Orphelin dans cette désertification des centres-villes. Prenons l’exemple parisien. Le vélo à tout prix, l’écologie folle et punitive d’Anne Hidalgo ont rapidement ruiné nombre d’enseignes, pour certaines historiques : la piétonisation de la rue de Rivoli, aujourd’hui interdite à la circulation automobile, en a précipité la chute économique. Plus personne n’y met les pieds, Paris n’est plus une fête et c’est à reculons que l’on s’y rend.

Et ce n’est que l’exemple phare de la piétonisation forcée des centres-villes mise en place par des mairies roses ou vertes. En rendre plus difficile l’accès a eu une incidence économique négative directe : le consommateur en quête d’un produit, après avoir tourné une demi-heure en centre-ville sans trouver de place, s’en va vers les zones commerciales géantes trouver son bonheur. Là, tout est organisé. Merci les .

On a donc la furieuse impression qu’avec cette pétition, ils tentent à peu de frais de se racheter une vertu.

Et ce n’est pas fini. Bruno Le Maire, on le sait, n’était pas fan du reconfinement : les prévisions du chômage à venir (chômage qui a déjà augmenté de 600.000 personnes, de mars à novembre) sont explosives. Et concernant Amazon, en appelant implicitement à son boycott, il tente de détourner l’attention des Français. Certes, les GAFA pratiquent à outrance l’optimisation fiscale à l’échelon européen : le siège européen d’Amazon se trouve au Luxembourg, celui d’Apple en Irlande. Ils se contentent seulement d’exploiter la législation fiscale de ce gigantesque marché qu’est l’. Pendant ce temps, les TPE-PME françaises sont écrasées de taxes et d’impôts : cherchez l’erreur…

En , la réussite éclatante d’Allegro lui a permis sa récente introduction en Bourse. Cette « marketplace » créée en 1999 est en concurrence directe avec le géant américain : 21 millions de clients enregistrés, 110 millions d’offres proposées par près de 140.000 entreprises polonaises, dont beaucoup de PME. Une adaptation réussie, et nationale, à l’évolution des modes de consommation.

Et si c’était plutôt ça, le patriotisme économique ?

21 novembre 2020

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