Il semble que quelque chose se dessine afin de se mettre d’urgence à penser l’après-OTAN et que les nations européennes aient entrepris un début de réflexion sur leur défense collective.

À la conférence de Munich, le 16 février dernier, deux ministres de la Défense, l’Allemande Ursula von der Leyen et la Française Florence Parly, sont intervenus pour recommander une augmentation des budgets militaires, la mise en commun de programmes d’armement et des opérations communes. L’Allemande a insisté sur la nécessité d’une « culture stratégique commune ». Elle s’est réjouie du projet de coopération structurée permanente (CSP) lancé l’année dernière. L’Europe doit être capable de « peser plus militairement, d’être plus autonome et de porter plus de responsabilités propres au sein de l’OTAN ». Donc, pour les Allemands, le principe de l’OTAN est conservé.

Pour le ministre des Armées français, « lorsque nous serons menacés dans notre voisinage immédiat, au sud notamment, nous devrons être capables de faire face, y compris lorsque les États-Unis ou l’Alliance souhaiteront être moins impliqués ». Une bien pusillanime autonomie et une divergence radicale, quoique feutrée, avec l’Allemagne : « L’Europe a besoin de suffisamment de capacités militaires pour mener à bien une telle mission sans que les États-Unis n’aient à retirer de leurs propres missions des pétroliers et d’autres équipements. »

Mais les carriéristes de l’OTAN ont bien l’intention de préserver leur rente de situation, et ni d’écouter le président Trump, ni d’entendre les gouvernements européens : lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, les 14 et 15 février à Bruxelles, les délégués américains se sont enquis de l’initiative lancée par vingt-cinq pays de l’Union européenne en décembre 2017 (coopération structurée européenne), qui doit leur permettre de développer conjointement des capacités de défense et d’investir dans des projets communs. En réalité, la préoccupation n’est pas d’ordre stratégique mais industrielle, car la CSP pourrait protéger l’industrie européenne de défense au détriment de l’industrie de défense américaine. Crainte excessive, car le président Trump a déjà anticipé cette objection en projetant de réduire les frais improductifs de l’ubiquité de l’armée américaine au bénéfice de la recherche industrielle militaire.

Au demeurant, il serait absurde pour la France d’accepter ou favoriser quelque partenariat stratégique que ce soit avec l’Allemagne, puissance économique de premier ordre, mais nain militaire, géopolitique, et diplomatique. Et, désormais, politique. Intervenant à son tour, le samedi 17 février, le Premier ministre britannique a appuyé sur l’urgence de négocier une coopération sécuritaire privilégiée avec l’Union européenne après le Brexit, faute de quoi la des Européens se trouverait menacée : « Ce n’est pas une époque où nous pouvons permettre que notre coopération soit inhibée, que la de nos citoyens soit mise en danger par une concurrence entre partenaires, des rigidités institutionnelles et des idéologies bien ancrées. » Pour elle, « les Européens ne peuvent pas reporter cette discussion » et doivent « urgemment mettre en place un traité pour protéger tous les citoyens européens ». Celui-ci devra établir des mécanismes pour organiser le respect de la souveraineté de chacun, et prévoir que les juridictions européennes seront compétentes dans certains cas et les Britanniques dans d’autres. Elle englobe donc – semble-t-il – les questions de et justice intérieure et celles de la coopération de défense. « Nous devons faire ce qui est le plus utile, le plus pragmatique, pour assurer notre sécurité collective. » Ainsi, déjà, vendredi dernier, les directeurs des services de renseignement extérieur britanniques (MI6), français (DGSE) et allemands (BND) s’étaient présentés ensemble – fait exceptionnel – pour rassurer : le Brexit n’entamera pas leur coopération.

La France a, à présent, un intérêt supérieur national à mettre en œuvre toute son intelligence politique pour penser le futur de sa coopération stratégique et militaire avec le Royaume-Uni et avec les États-Unis de Trump, mais aussi avec la Russie du dernier mandat de Poutine, en mars. Tant au plan de l’après-Brexit, de l’après-OMC qui s’annonce et de l’après-OTAN qui s’esquisse.

21 février 2018

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