Editoriaux - Union Européenne - 14 avril 2019

Participation du Royaume-Uni aux européennes : occasion d’une recomposition ?

Depuis la décision du Conseil européen d’accorder à l’unanimité (comme le prévoit l’article 50 du traité sur l’Union européenne) un report du Brexit, le Royaume-Uni devrait participer aux prochaines élections européennes en mai prochain. Cette situation ne serait pas arrivée si Emmanuel Macron avait daigné opposer le veto français, endossant ainsi le costume du général de Gaulle, mais le dogme du couple franco-allemand demeure visiblement encore trop puissant.

Après le deuxième report du Brexit, on peut légitimement s’interroger sur les causes de ce fiasco. Tout d’abord, il est à savoir que cette issue décidée par le peuple britannique via le référendum du 23 juin 2016 va à l’encontre de la volonté de la classe politique, Theresa May ayant elle-même soutenue le Remain. Dans ces conditions, difficile de préparer un projet auquel on est opposé (les deux tiers des Tories étant favorables au maintien dans l’Union européenne). Il porte à croire que des législatives anticipées n’auraient guère d’influence sur le déroulement des négociations et un hypothétique accord. Pour remédier au blocage actuel, la solution réside dans une recomposition de la vie politique britannique entre europhiles et eurosceptiques. Néanmoins, cette opération semble vouée à l’échec en raison du mode de scrutin majoritaire à un tour favorisant un bipartisme absolu, les deux grands partis comptant parmi les plus anciens d’Europe (le parti conservateur fut fondé en 1834 et le Labour en 1900).

Et c’est là qu’intervient l’intérêt de l’organisation d’élections européennes au Royaume-Uni. En effet, ces dernières auront lieu à la proportionnelle intégrale. Or, ce mode de scrutin apparaît idéal pour permettre une recomposition politique en plein Brexit et, ainsi, favoriser l’émergence de partis tiers. Nigel Farage, chantre du souverainisme britannique (qui a quitté l’UKIP en 2018), a déjà annoncé qu’il conduirait sa liste intitulée Brexit Party, celle-ci étant pour l’heure créditée de 15 % des intentions de vote (sondage YouGov) tandis que le mouvement UKIP (qui a entrepris un virage identitaire) culmine à 14 %. Vous l’aurez compris, ces deux formations totalisant 29 % des suffrages constitueraient le premier groupe du Royaume-Uni, contre respectivement 24 % et seulement 16 % pour le Labour et les Tories. Ces derniers réaliseraient ainsi le pire score depuis la création du parti, payant ainsi cher leurs trahisons.

Chez les électeurs du Leave, la liste Brexit Party réaliserait 31 % des intentions de vote, contre 27 pour l’UKIP et… 18 % pour les Tories. Ces derniers étant totalement dépassés sur leur droite. Le camp européen trouvant également son bonheur du côté de la liste Lib Dems, ces derniers incarnant la seule frange réellement attachée à l’idée européenne au sein de la classe politique britannique. Mais un nouveau venu devrait faire son apparition via la liste Change UK, portée par les 11 députés (8 travaillistes et 3 conservateurs) ayant décidé de quitter leur parti respectif le 20 février dernier, appelant de leurs vœux à un deuxième référendum. Ce parti pourrait être identifié à un « En Marche ! » britannique. Celui-ci n’ayant guère de perspectives dans le cadre du scrutin majoritaire (une tentative ayant déjà échoué en 1981), il pourrait émerger grâce aux européennes.

Ainsi, la polarisation de la vie politique britannique se porterait autour de mouvements pro et anti-UE, sortant ainsi de l’ambiguïté perpétrée par les deux grandes formations actuelles. Si cette recomposition voyait le jour, elle serait historique (la dernière étant apparue il y a près d’un siècle à l’occasion de la question irlandaise) et, ainsi, le report du Brexit et les trahisons de May n’auraient pas été vains.

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