C’est un serpent de mer qui agite depuis des lustres les milieux européens : la bataille du siège du Parlement européen que se disputent Strasbourg et Bruxelles. Une bataille qui ressemble de plus en plus à une défiance grandissante envers la capitale alsacienne où les députés européens – coronavirus oblige – n’ont pas remis les pieds depuis plus d’an alors que les traités prévoient explicitement que le siège du Parlement européen est à Strasbourg et qu’ils devraient s’y réunir au moins une fois par mois

C’est ce que ne manquera pas de rappeler Emmanuel Macron à Strasbourg, ce dimanche 9 mai, à l’occasion de la Journée de l’Europe, en participant à la conférence sur l’avenir de l’Europe au Parlement européen. Il doit y prononcer un discours à 14 h 00 après une rencontre avec le président du Parlement européen, David Sassoli, auquel il réaffirmera l’engagement de la France pour Strasbourg : le chef de l’État doit en effet signer le même jour, à la préfecture du Bas-Rhin, le contrat triennal entre l’État et les collectivités locales, un contrat de 190 millions qui devrait permettre de conforter la place de Strasbourg comme capitale européenne et siège du Parlement européen, symbole de la réconciliation franco-allemande et de la paix en Europe

Si ce n’est que le Parlement européen à Strasbourg est un peu la danseuse des institutions européennes, véritable tonneau des Danaïdes pour la ville comme pour les finances publiques. La transhumance mensuelle entre Bruxelles et Strasbourg de milliers d’élus, fonctionnaires, journalistes et autres traducteurs coûte cher. En outre, l’hémicycle strasbourgeois reste inoccupé 317 jours par an pour un coût de fonctionnement de près de 20 millions d’euros par an. Enfin, la desserte aérienne de Strasbourg demeure celle d’un aéroport de province… Jusqu’à quand entretiendra-t-on à Strasbourg l’illusion d’une hypothétique capitale européenne qui ne s’en donnerait pas les moyens ?

Alors, danseuse des institutions européennes, écrivions-nous un peu plus haut ? Certes, mais derrière l’offensive menée contre Strasbourg se profile, en réalité, l’emprise sournoise que la Commission de Bruxelles cherche à étendre depuis toujours sur le Parlement, seule instance européenne issue de la légitimé du suffrage populaire.

Au fil des traités européens, de Rome à Lisbonne, le Parlement de Strasbourg s’est en effet octroyé de nouveaux pouvoirs qui vont au-delà de la simple chambre d’enregistrement initiale. Strasbourg peut obliger la Commission de Bruxelles à se soumettre à une responsabilité et même la démettre, via une motion de censure. C’est la voix des peuples qui s’exprime à Strasbourg, plus difficilement contrôlable, d’autant moins influençable que les élus européens siègent dans un environnement agréable, indemne de tout groupe de pression ou de lobby bruxellois. À Strasbourg, le Parlement européen peut à tout moment faire sécession, affirmer son autonomie… Vouloir remettre en cause son siège strasbourgeois, inscrit dans les traités, procède en fait d’une volonté délibérée d’étouffer toute renaissance politique sur les bords du Rhin.

7 mai 2021

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