La pandémie du Covid-19, selon les chiffres officiels très incertains, a depuis trois mois un impact beaucoup plus modéré et progressif en que sur les autres continents. Parmi 1,3 milliard d’êtres humains en majorité pauvres, jeunes et entassés dans des zones urbaines insalubres, on recense, au 21 mai, « seulement » un peu plus de 90.000 contaminés, dont 2.800 décès et près de 50 % de guérisons.

On se tromperait à attribuer cette accalmie à une gestion supposée prévoyante et maîtrisée par les gouvernements africains, comme le suggère un article dans L’Opinion intitulé « L’Afrique a-t-elle gagné la guerre contre le Covid-19 ? » écrit depuis la métropole par un ancien ambassadeur de France reconverti dans l’accompagnement commercial de groupes privés en Afrique. « Le continent ne s’est pas contenté d’appeler au secours la communauté internationale, il s’est pris en charge lui-même », dit l’auteur.

Vu d’Afrique, l’observateur indépendant voit les choses différemment. On a déjà expliqué combien la gouvernance publique était mise à rude épreuve par cette crise sanitaire ; les faits confirment les craintes initiales. Si les appareils statistiques africains ont peut-être fait « des progrès rapides depuis quelques années », ce n’est pas par la fiabilité des données qui les alimentent comme tous les rapports et classements internationaux, les guichets administratifs et douaniers, les bureaux de promotion et de prospective économique mis en place ces dernières années à grand renfort de technologies avancées et coûteuses, vite contournées par le facteur humain, malin, qui garde la main. Rubbish in, rubbish out, dit un dicton.

Reconnaissons aux dirigeants africains d’avoir su s’inspirer, avec le bénéfice d’un mois de décalage, des constatations de terrain faites ailleurs, ainsi que des annonces et des mesures prises par leurs homologues étrangers. La dramaturgie politico-scientifique internationale leur a permis d’obtenir des mesures d’aide d’urgence comme le moratoire de leurs dettes.

, l’apparente faible ampleur et létalité de cette pandémie – dont on ne peut que se réjouir pour les populations – ne doit rien à l’action publique ; au contraire, elle se retient malgré l’état persistant de délabrement généralisé des infrastructures sanitaires.

Aussi, l’état actuel, vide, des caisses publiques doit moins au ralentissement des économies nationales qu’au pillage institutionnalisé et au détournement des aides et des plans gouvernementaux de soutien, dont les entreprises et les populations n’ont pas encore vu grand-chose d’autre que des dispositifs cosmétiques.

En réalité, la « coopération panafricaine qui a permis aux solidarités de s’exprimer » mise en avant par l’article de référence ne concerne que les États et leurs partenaires étrangers, dont la France ; pas les populations, qui continuent de survivre grâce au « système D ».

Pire : avancer que l’Afrique « a trouvé, sur le plan sanitaire, dans le domaine de la recherche, comme dans ses interventions économiques et sociales, ses propres solutions » est en grande partie faux et dangereux. Parmi ces « solutions », celle baptisée « Covid-Organics » dont le président de Madagascar a annoncé la mise au point – et en vente – par son pays il y a un mois. Cette solution contient de l’artemisia, plante médicinale utilisée en Chine depuis 2.000 ans et qui montre des résultats très encourageants dans le traitement du paludisme. Or, ses molécules, efficaces quand elles sont correctement combinées et dosées, semblent jouer également un rôle bénéfique dans la lutte contre le Covid-19. Pourquoi s’en priver ?

Le problème est que la formule « Covid-Organics », mise précipitamment en vente en bouteilles pour des raisons commerciales et de fierté nationale et continentale, n’est pas stable. Alors qu’un nombre croissant de pays africains achètent comptant ce médicament présenté comme « un remède miracle africain », le risque est que, d’une part, le « Covid-Organics » ne produira pas les effets escomptés sur les patients et que, d’autre part, son échec jettera injustement le discrédit sur l’artemisia, qui se heurte déjà à de fortes oppositions de puissants lobbies. Car son principal défaut est qu’elle coûte peu à cultiver et qu’elle est accessible au plus grand nombre.

C’est le combat courageux et déterminé que mène l’association La Maison de l’Artemisia qui suscite un intérêt croissant de scientifiques honnêtes, selon SFRpresse, de cercles de pouvoir réellement soucieux de la santé publique, et des populations, premières concernées.

Ainsi, le compte du mérite et des bénéfices réels de la faible pandémie en Afrique, si elle se confirme, est loin d’être fait.

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