« Ils étaient des milliers à rendre hommage à , mort à motocross », titrait Le Parisien, jeudi soir : « Une marche blanche s’est tenue dans le calme pour rendre hommage au jeune homme de 18 ans décédé dimanche après avoir heurté un poteau au guidon de sa motocross. »

« Je veux rendre hommage [à mon fils] de la plus belle des façons », a confié Khalid Chouhbi, père de Sabri. On le comprend. C’est l’aspiration bien légitime qui anime tous ceux – parents, enfants, frères, amis – qui viennent de perdre un être cher : quelle tristesse, quel déchirement, quel sentiment de honte, ces dernières semaines, de devopr l’enterrer à la sauvette et en comité réduit, avec des choix déchirants à la clé quand il y a « trop » de petits-enfants ou de filleuls, quand le défunt était si apprécié que tout un village se bouscule pour avoir le droit de l’accompagner. Pas plus de vingt, a décidé le gouvernement, et le récent déconfinement n’y a rien changé. Même nos deux légionnaires du 1er REC tombés au , Kevin Clément et Dmytro Martynyouk, n’ont pas eu droit à l’hommage populaire habituel : leurs dépouilles ont franchi un pont Alexandre-III tristement désert, ou presque. Le père et la mère de chacun auraient pourtant bien voulu, eux aussi, leur « rendre hommage de la plus belle des façons ».

Enfin, tout cela est désormais terminé, n’est-ce pas ? Puisque cet hommage à , qui a duré deux heures et demie, s’est déroulé « sans incident », la police n’étant pas intervenue et n’ayant verbalisé personne, c’est donc que les Français ont désormais le droit de se réunir dans la rue à plusieurs milliers pour honorer leurs morts ? Une jurisprudence de fait, qui ne vient que conforter celle de la semaine dernière dans l’Oise, où 600 personnes se sont rassemblées pour dire un dernier adieu à Souleymane Traoré, jeune footballeur du quartier du Clos des Roses (nord de Compiègne), décédé d’une crise cardiaque : « Nous sommes intervenus pour gérer le flux des voitures, mais nous n’avons dressé aucune contravention », avait expliqué, au Parisien, une « source policière ».

Quel bonheur de pouvoir enfin renouer avec nos libertés sans risquer d’être verbalisés, n’est-ce pas ? René et Yvette vont pouvoir être, à présent, escortés vers leur dernière demeure par leur parentèle et leur voisinage réunis, comme il se doit. Car on ne peut imaginer, bien sûr, que cette mansuétude empreinte d’humanité soit réservée à Argenteuil, théâtre de violentes émeutes ces derniers soirs, ou au Clos des Roses, de sinistre réputation chez les forces de l’ordre qui, en janvier dernier, y ont encore été victimes d’un « guet-apens » (Oise Hebdo), et plus généralement à tous les quartiers hors de contrôle… et que cette compassion à géographie variable rime démission.

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