Editoriaux - 7 avril 2019

On reparle de déchéance de nationalité… mais en Allemagne !

Il est de bon ton de prendre en exemple l’Allemagne. Pour le meilleur et pour le pire. Comme modèle de la transition énergétique, oubliant qu’elle est un grand consommateur de charbon. Dans le domaine de l’emploi, comme si les « petits boulots » étaient un objectif à atteindre. Ou encore pour sa santé économique et son système de cogestion entre les entreprises et les syndicats. Elle vient, encore, de se singulariser : le Parlement devrait valider, d’ici cet été, un projet de loi instaurant la déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux. Pas certain, cette fois, qu’on cherche à l’imiter.

François Hollande doit en pâlir d’envie. Après avoir envisagé cette mesure, soutenu par Manuel Valls, comme réponse aux attentats du 13 novembre 2015, il avait dû y renoncer en mars 2016, faute de consensus. Elle nécessitait l’adoption d’une révision constitutionnelle, perdue d’avance, une partie de la majorité se rebellant, tandis que la droite tergiversait, ne voulant pas servir de force d’appoint à un président de la République en mauvaise posture. C’est ainsi qu’en France, les arrière-pensées politiciennes prennent souvent le dessus sur l’intérêt du pays.

Mais il est peu probable que Macron suive la même voie que Mme Merkel. D’abord, parce qu’il avait, dès le départ, critiqué le projet de déchéance de nationalité sous prétexte que les démocraties ne doivent pas reculer sur leurs valeurs au nom du terrorisme. Ensuite, parce qu’une grande partie des socialistes sont passés dans son camp et qu’il n’y a pas de raison qu’ils aient changé d’avis sur ce point. Sans compter qu’à l’approche des élections européennes, il ne siérait pas de paraître approuver « l’extrême droite », qu’il cible comme l’adversaire principal.

Au moins pourrait-il aménager l’article 411-4 du Code pénal, selon lequel « le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450.000 euros d’amende ». C’est ce que réclame Marine Le Pen depuis longtemps. On pourrait régler, en partie, le problème du retour des djihadistes s’ils étaient considérés comme des traîtres à leur patrie.

Mais quel sens pourrait avoir le terme de « patrie » pour qui se considère avant tout comme un citoyen de l’Europe et du monde ? Manuel Valls, lui-même, a troqué sans état d’âme son amour de la France contre l’amour de l’Espagne. Pour qui le moteur du progrès, c’est la finance qui, comme chacun le sait, n’a pas de patrie. Afin de ne pas paraître trop cyniques, nos dirigeants soulignent la nécessité de respecter les droits de l’homme et l’État de droit. Comme c’est confortable de se présenter comme un chevalier blanc, en mettant de côté ses principes quand on commerce avec une puissance dictatoriale ! Tartuffe n’a pas fini de se réincarner.

Sur le retour des djihadistes dans leur pays d’origine, les Européens sont loin d’être d’accord. Si le Royaume-Uni, la Belgique ou les Suédois estiment que les terroristes doivent être jugés prioritairement sur les lieux de leurs crimes, d’autres pays, comme la France ou l’Allemagne, acceptent le principe d’un retour, à condition de les juger à leur arrivée. Encore faudrait-il avoir l’arsenal judiciaire pour le faire. La déchéance de nationalité en fait partie, mais ce n’est pas demain la veille qu’on l’adoptera en France.

L’option privilégiée du gouvernement, c’est de ne porter aucune atteinte aux droits des ennemis de notre civilisation, souvent fanatisés, qui veulent la soumission ou la mort de la France. Les droits de leurs concitoyens à la sécurité passent après.

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