Vous êtes assis dans le bus, le train, le métro, ou bien vous vous promenez dans la rue. Des jeunes sont à côté, discutent entre eux et… vous ne comprenez strictement rien à ce qu’ils racontent. Pourtant, ce ne sont pas des « zivas », pas des gosses des quartiers – à comprendre « des jeunes de la diversité », comme il faut dire aujourd’hui. Non, ce sont des ados des « beaux » quartiers, qui fréquentent les bons lycées.

Votre cerveau mouline, votre oreille se tend… rien à faire, vous ne comprenez toujours pas. Quelle langue peuvent-ils bien parler ?

Cette langue, ce n’est pas le globish, qu’ils adopteront bientôt dans leur école de commerce ; c’est l’arabe. Car il faut se rendre aujourd’hui à cette évidence : l’arabe des quartiers a envahi le langage des jeunes.

C’est Le Figaro qui se penche, ce mercredi, sur ce qui s’apparente à un nouvel argot. De fait, les jeunes ont toujours cherché à se forger un langage qui n’appartient qu’à eux. D’une certaine façon, c’était jusqu’ici un langage de classe. Comme les Anglais cherchent dans l’accent le marqueur social, il y avait chez nous l’argot des bandes, le parler ouvrier, le langage affecté des Marie-Chantal au temps des surprises-parties, des électrophones Teppaz et des cravates ficelle.

La nouveauté, aujourd’hui, c’est que tous les jeunes ont adopté l’arabe. Comme confie une jolie Bertille au Figaro, « c’est une mode, on l’utilise juste pour être à jour ». Sur quoi son copain Arthur renchérit : il veut « casser les codes », « montrer qu’il n’est pas coincé et fermé d’esprit ». Les mots, « on les utilise pour dire des petites choses du quotidien, des émotions », dit-il. Par exemple : la hchouma pour la honte, la smala pour la famille, la moula pour l’argent ou la drogue, « l’un et l’autre étant souvent liés », précise Le Figaro. On dit aussi bsahtek pour bravo, khapta pour la fête, assorti d’expressions comme Wallah, c’est la hess, Fais belek, etc.

Les linguistes trouvent cela parfait. C’est une façon de régénérer la langue, disent-ils.

Luc Biichlé, un sociolinguiste, maître de conférences à l’université d’Avignon qui a, nous dit-on, écrit sa thèse sur « les langues et parcours d’intégration d’immigrés maghrébins en France », relève qu’il s’agit « majoritairement de l’arabe maghrébin, l’arabe littéraire étant très peu parlé en France ». Les mots adoptés sont ceux du quotidien, « ce sont des mots de jeunes, transmis par des jeunes, à destination des jeunes ».

Mais comment les jeunes des beaux quartiers les apprennent-ils ? Pourquoi les utilisent-ils, et pourquoi – chose qui n’est pas abordée dans ce papier – toutes les couches ou presque de la société parlent-elles maintenant avec cet accent typique des jeunes Maghrébins ? Pourquoi ce parler « ziva » alors que nos accents régionaux sont bannis de l’espace public, cela, au prétexte qu’ils donnent une image ringarde ? En quoi truffer ses conversations d’expressions arabes est-il un gage de modernité ?

C’est Bertille et ses amis qui répondent : « Ça vient du rap mais aussi des réseaux sociaux, de la télé-réalité, du foot et des loisirs comme les jeux en ligne. » C’est certes un élément de réponse, mais pas une explication. Quoi qu’il en soit, cela signe une réalité, et s’il en est pour contester le « Grand Remplacement », ils ne peuvent nier que s’exerce sur toute la société française une « grande influence »…

10 novembre 2021

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