La minute de silence s’achève quand s’élève un « Allons enfants de la patrie », repris en chœur par la foule. « On n’a pas de mots », répètent les habitants de cette ville tranquille. Près de 200 personnes se sont rassemblées, dans le quartier où il vivait, pour une minute de silence en sa mémoire. « Nous sommes tous choqués, horrifiés », a souligné le maire de la commune. « Nous devons avoir une pensée pour sa famille. » Le maire a également appelé « à ne pas réagir sous le coup de l’émotion » et à « ne pas faire d’amalgames », avant d’inviter tous les participants du rassemblement à se tenir par la main pour observer une minute de silence. Le ministre de l’Intérieur déclare : « Face à ce nouvel attentat, j’ai senti, dans la France entière, au plus profond de notre France, une émotion et une indignation intactes. J’ai senti une détermination collective à résister face au défi sanglant que nous lancent les terroristes, parce que nous les combattons au nom des valeurs de la démocratie, avec toute la force de la République. »

Toute ressemblance avec des faits réels n’est, hélas, pas fortuite. Nous sommes en juin 2016, un an après l’attentat qui a visé Hervé Cornara, 54 ans, retrouvé mort décapité en Isère. Et, à part les masques sur les visages qui permettront sans doute, à l’avenir, de distinguer les marches blanches, les hommages, les bougies et les nounours, rien n’a finalement changé en cinq ans. Bernard Cazeneuve, alors ministre, pouvait bien déclarer avec la même assurance que notre Darmanin : « Il est essentiel que le pays se rassemble contre cet ennemi redoutable, qu’il fasse taire ses querelles, qu’il célèbre son unité autour de la République dont nous sommes tous les enfants, quels que soient nos origines, notre religion ou nos convictions. »

Ces paroles n’auront pas permis d’épargner la vie du commandant de police et de sa compagne à Magnanville, des 86 personnes sur la promenade des Anglais à Nice, du père Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray, des deux jeunes femmes en gare de Marseille, des victimes du marché de de Strasbourg, d’Arnaud Beltrame à Carcassonne, des policiers de la préfecture de police de Paris, des deux passants à Romans-sur-Isère et, plus récemment, de Samuel Paty.

Bouleversé d’apprendre que l’histoire se répète, Didier Cornara, le frère de la victime décapitée il y a cinq ans, se confiait dans les colonnes du Parisien : « Après la mort d’Hervé, plusieurs ministres sont venus nous voir pour nous dire que ce qui s’était passé était terrible, qu’ils n’allaient pas laisser faire, qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Finalement, ils n’ont rien fait. Cinq ans après, un professeur est décapité. Et qu’est-ce que je vois à la télé ? D’autres ministres qui viennent dire que l’on va faire une journée d’hommage, un rassemblement et une minute de silence… » s’insurge-t-il, tout en s’interrogeant : « On attend donc qu’une troisième personne se fasse décapiter? C’est juste scandaleux […] nos politiques vont-ils sortir les mains de leurs poches et mettre dehors ces imams, ces prédicateurs et tous ces gens qui prêchent et attisent la haine ? […] Quand je dis ça, ce n’est pas du racisme. On est juste en guerre. Et il faut combattre l’ennemi. Lorsqu’on décapite un professeur sur un trottoir, si ce n’est pas une guerre, c’est quoi, alors ? »

On le sent dans les profondeurs du pays : les mots ne suffisent plus, il faut des actes ; assez des solutions, place aux résolutions ; plus besoin d’essuyer des larmes si, enfin, on prend les armes. Qui, pour mener cette juste guerre ?

20 octobre 2020

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