Depuis l’assassinat de Samuel Paty, l’ensemble des journalistes, de gauche comme de droite, mettent l’accent dans les médias sur la tranquillité supposée édénique de la ville de Conflans-Sainte-Honorine… L’inénarrable Yassine Belattar, qui est né à Conflans, évoque même avec emphase son « charme provincial ».

Une manière, pour les uns comme pour les autres, de condamner l’acte terroriste pour mieux occulter le fait que cette ville moyenne des Yvelines a beaucoup changé, depuis vingt ans. C’est un habitant de Conflans qui écrit ces mots. Vivant ici depuis mes trois ans, j’ai vu ma ville évoluer à partir des années 90 jusqu’à aujourd’hui. Il était effectivement impensable, autrefois, d’imaginer la moindre violence dans nos rues ; ma petite enfance fut, en cela, des plus pacifiques. Je me souviens pourtant, pendant mon adolescence, de la réputation sulfureuse du quartier des Hautes Roches où un réseau de trafic de drogue fut démantelé en 2004, je me souviens aussi des bagarres entre bandes en bas de la Cité bleue. Au lendemain du 11 septembre 2001, mon professeur d’espagnol du collège Montaigne, chahutée par une bande de racailles, n’avait même pas pu faire respecter en classe la minute de silence… Le lycée Simone-Weil, lui, a renoncé, en 2012, à faire appliquer dans la cour une autre minute de silence, celle prévue pour les victimes de Mohammed Merah… La proviseure, conseillée par son intendant (mon père), s’est rabattue sur une tentative en classe, sans succès…

Le collège du Bois d’Aulne, que l’on présente aujourd’hui comme un havre de paix perturbé par la violence islamiste, avait déjà la réputation, dans les années 2000, d’être l’établissement scolaire le plus malfamé de la ville, les flics s’y rendaient tous les quatre matins, souvent pour y interpeller ceux qu’on appelait communément « les tanges » (les gitans), qui vivaient à proximité du collège et semaient régulièrement le désordre. De nos jours, et dans les trois collèges de Conflans, la violence s’est directement introduite en classe, il n’est pas rare que les élèves répondent aux professeurs, les insultent, les menacent – ce qui n’existait pas de mon temps.

Malgré ce que disent les journalistes, les faits divers ne manquent pas non plus. En juin dernier, un homme de 43 ans a été condamné à dix ans de réclusion pour tentative de meurtre à l’arme blanche sur le parking de la piscine municipale, des faits qui se sont déroulés en 2017. Le 27 février 2019, une prostituée de 20 ans a été gazée, frappée, et rackettée à son domicile par deux hommes. En avril de la même année, des policiers ont été attirés dans une embuscade et ont mis la main sur un jeune qui transportait dans son sac un fusil à canon superposé et des cartouches. En février 2020, deux bandes ont été interpellées. Issues de Conflans et de Cergy, elles s’étaient battues à coups de barres de fer dans la résidence des Clos. Le même mois, quinze mineurs isolés (douze Marocains et trois Algériens, âgés de 11 à 17 ans), occupant un squat, étaient soupçonnés d’avoir commis plusieurs cambriolages chez des particuliers et dans des commerces de la ville. En mai 2020, un homme de 21 ans a été passé à tabac par quinze types pour une banale histoire de cocufiage. En juin, un jeune à moto a fauché volontairement un policier qui a été projeté sur six mètres. Le 20 juillet, un homme de 31 ans, blessé par balle, est mort une heure après avoir été pris en charge par les secours, vers 4 heures du matin. Le 6 septembre dernier, un couple a été braqué par deux hommes dans un hall d’immeuble de la résidence des Maréchaux après avoir répondu à une annonce-piège sur leboncoin. N’oublions pas, également, les bagarres régulières entre bandes de Conflans et d’Herblay, la ville voisine, où deux policiers se sont fait tirer dessus il y a quinze jours… La liste est conséquente, et s’allonge un peu plus chaque mois.

Tout cela fait beaucoup pour une ville de trente mille habitants.

Il n’y a manifestement pas qu’un problème de terrorisme islamiste dans nos banlieues…

20 octobre 2020

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