Nuñez et l’islam : la volonté de faire taire tout débat

Voltaire, Renan, Tocqueville ont montré que critiquer l’islam comme un système politique relevait du débat républicain.
Capture d'écran CNews
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Lors de son passage à la grande mosquée, le 12 mars dernier, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait affirmé que « faire croire que l’islam serait incompatible avec la République, c’est tout simplement inaudible ». Une parole qui écarte la possibilité même d’un examen rigoureux de la doctrine musulmane, comme si toute analyse historique ou politique devenait automatiquement suspecte. Pourtant, depuis des siècles, de grands penseurs européens ont formulé des critiques argumentées de l’islam sans que celles-ci ne soient perçues comme une injure à l’égard des musulmans, mais bien comme une contribution à une réflexion intellectuelle et politique. Les propos du ministre conduisent dès lors à rappeler que le débat sur la compatibilité entre l’islam et la République ne relève pas d’une atteinte aux croyants mais d’un exercice légitime de la liberté d’expression.

Voltaire et Mahomet

Dès le XVIIIᵉ siècle, Voltaire, dont l’opposition à l’islam ne peut être expliquée par un quelconque parti pris religieux, le philosophe des Lumières étant simplement déiste, s’est confronté à la figure de Mahomet et à la structure de son message coranique. Dans sa lettre de 1740 à Frédéric II de Prusse, il déclare ainsi : « Mais un marchand de chameaux excite une sédition dans sa bourgade ; qu’associé à quelques malheureux coracites il leur persuade qu’il s’entretient avec l’ange Gabriel ; qu’il se vante d’avoir été ravi au ciel, et d’y avoir reçu une partie de ce livre inintelligible qui fait frémir le sens commun à chaque page ; que, pour faire respecter ce livre, il porte dans sa patrie le fer et la flamme ; qu’il égorge les pères, qu’il ravisse les filles, qu’il donne aux vaincus le choix de sa religion ou de la mort, c’est assurément ce que nul homme ne peut excuser, à moins qu’il ne soit né Turc, et que la superstition n’étouffe en lui toute lumière naturelle. » Cette vision sévère est prolongée dans Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, en 1742, où Voltaire analyse la dimension politique d’un prophète législateur et le risque de fusion entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. S’il lui arrive parfois de parler, par la suite, dans des termes élogieux de l’islam, c’est pour mieux critiquer indirectement le catholicisme et dénoncer les dérives d’une religion influençant l’organisation d’une société dans ses moindres détails.

Renan : l'islam, un frein au progrès

Plus tard, au XIXᵉ siècle, Ernest Renan développe, dans sa conférence de la Sorbonne « L’islamisme et la science », en 1883, une analyse historique où il affirme : « Toute personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement l’infériorité actuelle des pays musulmans, la décadence des États gouvernés par l’islam. » Cette critique s’inscrit dans une réflexion sur les régimes musulmans de son époque comme l’Empire ottoman, devenu progressivement incapable de se réformer, au point de devenir l’homme malade de l'Europe, accusant un retard industriel dès le XVIIIᵉ siècle, affaibli militairement et politiquement jusqu’à son effondrement, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Pour Renan, cette lente agonie montre que lorsque l’islam s’érige en système politique total, elle peut entrer en concurrence avec la science, le progrès, la raison et le pluralisme, ce qui justifie que la question soit traitée rationnellement. Aujourd’hui, ce constat demeure visible dans plusieurs pays musulmans, où les femmes sont traitées comme des êtres inférieurs, où les autres religions sont persécutées et où les minorités sexuelles sont pourchassées.

Tocqueville : la religion peut être un régime politique

Alexis de Tocqueville, dans ses réflexions sur les religions, avait également voulu distinguer clairement le christianisme et l’islam : « Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques. L’Évangile ne parle, au contraire, que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n’enseigne rien et n’oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montrer que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de lumières et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres. » Par cette analyse, Tocqueville met ainsi en lumière le caractère politique du Coran, qui prescrit des normes civiles, pénales et sociales. Son argument n’est pas théologique mais bien institutionnel : un système religieux qui se présente aussi comme un code juridique complet entre naturellement en compétition avec d’autres régimes.

Critique et débat républicain

La tradition intellectuelle européenne montre ainsi que la critique des religions a toujours été comprise comme un acte de discernement, non comme une stigmatisation. Confondre critique doctrinale et attaque contre les croyants revient à empêcher tout débat sérieux, alors que la République repose précisément sur l’expression et la confrontation des idées. Les propos de Laurent Nuñez tendent au contraire à fermer la discussion en assimilant l’analyse nécessaire de l’islam à de la stigmatisation.

Or, débattre de la compatibilité d’un système politico-religieux avec la République n’a rien d’une entreprise hostile : c’est exercer un droit fondamental, et même une nécessité démocratique, dès lors que ce système prétend organiser la société et la loi. Plutôt que de déclarer ces réflexions « inaudibles », la République devrait les accepter pour ce qu’elles sont : des instruments de lucidité au service du bien commun.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Je vais conserver cet article. Je me permet d’ajouter à ces 3 auteurs, Montesquieu qui a produit avec ses Lettres persanes un brulot sociétal contre cette idéologie. Soucieux de sa carrière, Mr Nunez n’a bien évidemment pas eu le temps de lire quoique ce soit.

  2. Un grand merci pour ce très intéressant article de fond qui redonne sa place à la possibilité d’une analyse et d’une critique d’un système ou d’une religion, ce que conteste Mr Nunez dans sa soumission…

  3. Ce ministre, comme tous les autres, ne se permettrait pas une telle sortie sans avoir l’autorisation de Macron qui contrôle tout

  4. oui, monsieur Nunez, l’islam est absolument incompatible avec un système démocratique républicain : il suffit pour cela de relire les livres d’histoire ( depuis 13 siècles …) , et de lire le coran. Votre complaisance confirme votre soumission

  5. Et trois fois rien ce n’est pas grand chose , mais ce président du néant existe encore pour le malheur de la France .

  6. Avoir un ministre de l’intérieur comme M. Nunez, c’est comme se tirer une balle dans le pied.

  7. A trop fréquenter les mosquées, Nunez est obnubilé par l’idéologie du Coran. Les dogmes de cette religion font de la femme une inférieure que l’on peut punir ce qui est contraire aux lois en France. Contrairement aux autres religions, l’Islam est un texte de lois, en plus des lois contraires à la démocratie. Je pense très nettement, rien que pour les raisons citées, que cette religion devrait être interdite dans toute l’Europe.

  8. Faire croire que l’islam est compatible avec la République n’est pas faux, c’est juste incomplet. La phrase exacte est la suivante : « l’islam est compatible avec la république islamique. » Cette formulation est la bonne, mais elle entraîne tout de même quelques menus changements et conséquences pour le pays d’accueil. Ce petit détail semble avoir été malencontreusement omis par M. Nuñez, aussi je me suis permis de compléter son propos en espérant qu’il ne m’en tiendra pas rigueur.

    • EXACT ! C’est pour cela que tous les voleurs menteurs qui se succèdent aux GVTS depuis trop longtemps, me font sourire jaune lorsqu’ils nous rabâchent les esgourdes avec leurs  » valeurs de la république  » ; comme celle d’Iran ou celle de Corée du Nord ?

  9. Rien d’étonnant de la part de Nunez Il ne faut oublier que c’est un socialiste pur et dur devenu macroniste et peut être près à devenir autre chose suivant le sens du vent tant que sa carrière évolue Il a vraiment pris le vent en poupe sous Hollande en devenant Préfet de Police à Marseille avant de devenir secrétaire d’état sous Macron, puis Préfet de Police à Paris avant d’être ministre de l’intérieur Il a donc ancré en lui toutes les idées de Gauche et de temps à autre il laisse échapper quelques propos qui peuvent surprendre les personnes qui ne le connaissent pas et qui ne savent pas à qui elles ont affaire

  10. nunez, ce gauchiste pro-immigrationniste ! au pied du mur !
    alors à la bonne méthode gaucho : il ne voit pas parce que’il ne veut pas voir – il justifie l’injustifable car, à défaut, il se donnerait tort à lui-même
    au moins on sait où ce type et les autres gauchistes du macronisme nous ont conduit : à une submersion migratoire qui les dépasse

  11. Laurent Nunez ne craint donc pas les oxymores quant à la critique libre…il est d’ailleurs à craindre qu’il doive se faire appareiller au plan auditif…

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