[UNE PROF EN FRANCE] Parlez-vous « jeune » ?
De tout temps, certains groupes sociaux ou certaines générations ont développé un langage propre, qui les distingue, les isole et sert de signe de reconnaissance. La Gen Z et la Gen A, si l'on poursuit la logique alphabétique, ne dérogent pas à cette tradition dont on pourrait même dire qu'elle trouve un regain de vigueur.
Trois grandes tendances semblent se dégager : l’influence de l’anglais, via les séries et la chanson ; celle de l’arabe, via le rap ; et celle du mot-qui-veut-tout-dire, sous l’influence de leur manque cruel de vocabulaire, qui entrave nécessairement, à terme, la finesse des perceptions comme de la pensée.
Pour faciliter votre dialogue avec un moins de vingt ans
Donc, si vous croisez un moins de vingt ans, de quels mots aurez-vous besoin pour établir la communication avec lui et comprendre de quoi il essaie de vous parler ? Je vais laisser de côté les choses trop simples, ou déjà anciennes et donc bien connues, pour me concentrer sur ce qui pourrait vraiment fausser votre dialogue.
S'il vous parle d'une gadji, c'est une jeune fille ; si c'est une tana, elle n'est guère fréquentable car elle a un goût prononcé pour les garçons ; de même, si c'est une pick me, une fille qui cherche à attirer les regards. Si c'est sa gow, c'est sa petite amie ; mais si c'est une 92i, c'est qu'elle ressemble aux filles des milieux populaires, maquillées en « full face ». Le S, c'est le sang, c'est ainsi qu'il désignera sa meilleure amie, qui est aussi sa bestah (l'évolution de BFF, best friend forever). Ses potes garçons, ce seront plutôt ses reuffs (verlan de frères), qu'il appellera frérot, gros ou magl (ma gueule). Comme ami, on peut avoir une frappe (quelqu'un qui a bon goût), voire un charo (pour charognard : désigne un coureur de jupons), mais ni un boloss (bêta), ni un cassos (cas social, celui qui est toujours en galère, qui a toujours des problèmes ou qui n’a pas les bonnes références…), ni un michto (qui fait les choses par intérêt). Un crush, c'est quelqu'un envers qui on a un coup de cœur. Un bail, c'est quelqu'un avec qui on « parle », c'est-à-dire flirte, depuis longtemps. Mais dans un autre contexte, c'est aussi simplement une activité, un « truc » ». C'est quoi, le bail ? C’est juste : que se passe-t-il ? Ou : que nous proposes-tu ?
Allez, plus difficile !
Un truc déclassé ? Quelque chose de vraiment très bien !
Finir en deuspi ? Très vite (= speed).
Ghoster quelqu'un ? Ne plus lui donner de nouvelles.
Et le ban ? Le supprimer de ses contacts.
Dead ça ? Réussir ! J’ai dead ça au contrôle d’allemand !
Se taper des barres ? Rire et s'amuser.
S’enjailler ? S’ambiancer, faire la fête.
Si celui qui vous parle est rapta, c'est qu'il a trop bu ; s'il bade, c'est qu'il est triste ; si son voisin est cringe, c'est qu'il est gênant, qu'il met les autres mal à l’aise. Vous allez voir un film ? Il sera peut-être guez (décevant, de piètre qualité) ou ce sera un banger (une pépite, quelque chose d’incontournable).
Mais dans tous les cas, quoi qu'il vive, votre interlocuteur, à un moment, sera choqué. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, cet adjectif exprime à peu près l'intégralité des émotions que l’on peut ressentir...
Voilà, grâce à ce petit lexique, vous ne serez plus un PNJ dans la conversation. Pardon : un personnage non joueur…
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41 commentaires
Du coup aussi ça, peut résumer beaucoup… Mais bon on n’est pas encore à l’américain « You’re standing on my neck » pour, dire en gros « casse toi tu me les brises »… mais on risque de sortir « Tu est debout sur mon cou » la traduction littérale…
Ok, my Bro