Cinéma - Culture - Editoriaux - Videos - 19 septembre 2019

Nicolas Gauthier : « Le public d’aujourd’hui a la nostalgie d’une certaine France d’Audiard »

À l’occasion de la soirée Audiard organisée à La Nouvelle Librairie, Boulevard Voltaire a rencontré son animateur, Nicolas Gauthier.

Il évoque l’univers du dialoguiste et la fascination qu’il exerce encore de nos jours, y compris chez les jeunes, presque 35 ans après sa mort.


Une soirée Audiard a eu lieu à La Nouvelle Librairie.
Pourquoi avez-vous tenu à animer cette soirée ?

Parce qu’on me l’a demandé et que le numéro hors série de Valeurs Actuelles consacré à la France d’Audiard est un succès de librairie. Rappelons qu’il a été fait sous la direction de l’excellent journaliste, Arnaud Folch. On est là pour se retrouver entre gens de bonne compagnie, pour parler de Michel Audiard.


Comment expliquez que 50 ans après, Michel Audiard fascine toujours autant ?

Il avait du talent. Avec des gens comme Henri Jeanson ou Jacques Prévert, Michel Audiard est à ma connaissance le 3e dialoguiste qui ait pu accéder à une telle célébrité. On allait voir un film d’Audiard en oubliant que c’était un film de Georges Lautner. Voyant ce que la France est en train de devenir, la nostalgie d’une certaine France d’Audiard est quelque chose qui rencontre un large public.


Ce qui saute aux yeux quand on regarde les films de Michel Audiard c’est la gouaille, l’argot, les tempéraments virils et les jolies femmes. C’est tout ce qui serait condamné aujourd’hui.
Michel Audiard aurait-il le droit d’écrire aujourd’hui ce qu’il écrivait ?

Je ne sais pas s’il aurait le droit de l’écrire, mais en tout cas ce serait compliqué.
Pour reprendre une terminologie actuelle, on a affaire à un cinéma assez genré.
Dans le film Le cave se rebiffe, on montre des femmes comme Martine Carol et Ginette Leclerc. On est loin des actrices à cheveux gras célébrées par Télérama.
Dans Les tontons flingueurs, c’est Dominique Davray. Madame Mado, la mère maquerelle, a une vision assez complice des problèmes de la gent masculine. Ce serait compliqué pour lui aujourd’hui de faire l’apologie des bobinards.


Question à cent francs : de droite ou de gauche ?

Il le disait assez bien : « des gens de droite qui me rendent de gauche et des gens de gauche qui me rendent de droite ». Je partage assez cette définition. Pour être plus précis, à la fin du film Mort d’un pourri de Georges Lautner, Alain Delon dit « deux fléaux menacent l’humanité, l’ordre et le désordre, la corruption me dégoûte, la vertu me donne des frissons ». C’est une indication supplémentaire.
Pour le reste, Michel Audiard aimait à dire que le talent littéraire était à droite et surtout que dans ses dîners avec des gens de droite, je pense à René Fallet, Jacques Perret ou Marcel Aymé, l’ambiance était toujours à la déconne. Je n’ai jamais vu ces gens-là dresser des listes d’autres écrivains à guillotiner. Alors que les dîners de Sartre, c’était du lourd, du sérieux. Ils faisaient des listes. On n’était pas là pour rigoler.
Audiard avait cette légèreté parce qu’il faisait partie d’une génération élevée dans le souvenir de la Grande Guerre et qui avait vécu les affres de la Seconde. Il a grandi aussi dans les guerres coloniales. Quand on a vécu tout cela, on ne peut être que léger.
Jean-Paul Sartre au contraire a survolé l’Occupation. C’est le problème avec les gens de gauche. Les gens de gauche ont une pesanteur. Ils sont lourds. Ils pensent être graves, alors qu’ils sont juste pesants.


Diriez-vous que c’est la légèreté qui caractérise le personnage Audiard ?

Il y a effectivement une légèreté. Mais on ne peut pas résumer Michel Audiard à ses films drôles. Il y a aussi le Audiard plus noir. Dans Garde à vue, il y a une gravité évidente. Dans Mort d’un pourri ou Le président, chef d’œuvre d’Henri Verneuil, il parle politique. Alors, oui il y a une véritable gravité, mais qui est toujours désamorcée par une petite pirouette. Jamais, il ne se prend totalement au sérieux. Il parle légèrement des choses graves et, de façon grave, des choses légères.

Parlons du président d’Henri Verneuil. Il y a beaucoup de prophéties dans ce film. Notamment deux phrases : « Les partis ne seront plus que des gigantesques syndicats d’intérêts », « On ne vous demandera plus, messieurs, de soutenir un ministère, mais d’appuyer un gigantesque conseil d’administration ».
On a l’impression qu’Audiard avait compris énormément de choses sur son époque et surtout sur ce qu’il allait advenir après…

Cela fait de nombreuses années que nous sommes en plein dedans. Hormis des journaux véritablement indépendants comme Le Canard enchaîné ou Boulevard Voltaire, la majeure partie des journaux appartiennent à des groupes industriels. Vous achetez Le Figaro, vous financez Dassault. Vous regardez TF1, c’est Bouygues. Même aux États-Unis, la loi antitrust interdit à un groupe médiatique d’être la possession d’un groupe industriel.
En France, entre les élus, les médias et les groupements d’intérêts, c’est entre consanguinité et grande partouze !


Audiard est-il relayé dans la catégorie de nos nostalgies passées ou au contraire, reste-t-il très actuel ?

Je pense qu’il n’a jamais été autant d’actualité. Je ne sais pas si le mot nostalgie est juste. On peut parler d’une mélancolie où on pouvait dire certaines choses. Audiard se serait régalé avec Greta Thunberg. La fille qui dit dans son CV « militante du climat et syndrome d’asperger ».
Imaginez qu’elle ait des hémorroïdes, cela ferait déjà moins chic sur la carte de visite.

Y a-t-il des artistes, scénaristes, comiques, réalisateurs ou acteurs d’aujourd’hui que n’aurait pas Audiard ?

Parmi la filiation de Michel Audiard, elle est évidente chez Jean-Marie Poiré avec lequel Audiard a fait pas mal de films dans les années 60. Jean-Marie Poiré est celui qui a fait Le père noël est une ordure et Mes meilleurs copains. Ces films sont très audiardiens parce qu’ils sont très bien écrits.
C’est aussi la bande du Splendid. Ce sont des films dont on se répète de génération en génération les répliques comme autant de noms de code et de petits signes de la même appartenance.

Et chez les humoristes…

Laurent Gerra et Gaspard Proust me viennent à l’esprit. Ils poussent la barque assez loin. J’entends des gens aujourd’hui qui radotent comme un mantra, « Desproges et Coluche nous manquent ». Comme disait très bien Josiane Balasko, « si vous cherchez à avoir des gens qui parlent fort, vous avez au moins ces trois-là. Ils sont plutôt un trio de tête ».

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