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Coronavirus - Editoriaux - Politique - 14 mars 2020

Municipales et coronavirus : vers une abstention historique ?

Longtemps, le maire et le président de la République furent les élus les plus connus, les mieux identifiés et, en un sens, les plus proches des Français. Et, donc, les élections municipales et présidentielles celles qui connaissaient la plus forte participation. Ces deux espaces – la commune et la nation -, ceux dans lesquels les Français se reconnaissaient vraiment, plus que dans des régions artificiellement découpées ou une Europe coupée des réalités et impuissante.

En maintenant la date des élections municipales, alors que la France connaît une situation de crise sanitaire inédite qui la contraint à réduire drastiquement toute vie collective, le président de la République a pris le risque de faire de ces élections municipales les plus boudées des électeurs : un record d’abstention n’est pas à exclure. En effet, les personnes les plus fragiles à qui l’on demande de réduire leurs sorties et leur vie sociale sont les personnes âgées, les plus de 70 ans, comme l’a dit Emmanuel Macron. Or, la démographie française étant ce qu’elle est, ce sont elles qui constituent plus de 20 % du corps électoral ! Et elles qui sont, d’ordinaire, les plus civiques. On peut donc s’attendre à ce que nos aînés, d’eux-mêmes ou conseillés par leurs proches, s’abstiennent pour ces élections municipales. Le président de la République aurait dû prendre en considération cette donnée. À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Pour la vie démocratique aussi. D’autant plus qu’il y a déjà eu, par le passé, un report de ces élections, en 2007, car les municipales auraient dû tomber une année de présidentielles et de législatives et le pouvoir de l’époque avait décidé de reporter d’un an ces municipales qui eurent, finalement, lieu en 2008, en prolongeant d’un an le mandat des maires de l’époque. Et ceci pour favoriser la participation. Les circonstances étaient différentes, mais l’objectif démocratique était le même. On peut donc regretter le manque de courage d’Emmanuel Macron. Et l’attitude d’une grande partie de la classe politique qui a plaidé pour un maintien de ces dates.

Si l’abstention se révèle élevée, dimanche et dans une semaine, cela pourra lui être reproché et, si les maires élus ce printemps le sont avec une abstention forte historique, cela posera, de nouveau, un problème démocratique de représentativité. Or, la démocratie française est engagée sur cette mauvaise pente depuis un certain temps. Y compris pour ces élections prétendument mobilisatrices que sont les présidentielles. Rappelons que François Hollande, en 2012, ne rassembla, au second tour, que 39,1 % des inscrits et Emmanuel Macron, élu pourtant dans les conditions que l’on sait, n’obtint que 43,5 % des suffrages des électeurs inscrits.

Mais on a moins remarqué que, pour les municipales aussi, de nombreux maires de grandes villes – et non des moindres – ont été élus, en 2014, par une faible proportion du corps électoral. Pierre Vermeren le rappelait, cette semaine, dans Le Figaro : « À Bordeaux comme à Montpellier, le maire de la commune centre est élu par un petit carré : Alain Juppé a été élu en 2014 par 46.489 électeurs (soit 33,1 % des inscrits de Bordeaux) ; le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a été élu avec 29.928 voix (soit 20,55 % des inscrits de la ville et 6,64 % des habitants de l’agglomération). La distorsion n’est pas moins forte en banlieue : Jean-Christophe Lagarde a été élu en 2014 à Drancy par 36,35 % des inscrits (18 % des habitants de sa ville) et Patrick Balkany par 31,7 % des inscrits à Levallois-Perret. »

Déjà, en 2014, on avait battu des records historiques d’abstention, qui s’éleva à près de 39 % au second tour. Le premier chiffre qu’il faudra scruter, dimanche soir, sera donc celui de la participation. S’il s’avére qu’environ un électeur sur deux ne s’est pas rendu aux urnes, les « vainqueurs » devront avoir le triomphe modeste. Et cela posera, avec encore plus d’acuité, la question de la représentativité des élus.

Il n’est pas bon qu’une démocratie ne marche que sur un pied. Cela ne peut durer éternellement. Cela signifie que des pans entiers de la société ont fait sécession, pour différentes raisons, et que l’offre politique ne répond pas aux attentes populaires. On sait déjà tout cela. Nouvelle preuve, dimanche soir ?

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